|
|
||
S'identifier
|
Homélie prononcée par Père Emmanuel Gobilliard, le 24ème dimanche ordinaire, le 11 septembre « Ne garde pas de rancune » ; « L’homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur » ; « Renonce à toute haine ». Toutes les lectures d’aujourd’hui nous invitent au pardon, parce que Dieu est amour et que lui-même nous pardonne. Le pardon est bon parce qu’il est manifestation de la charité qui vient de Dieu. Mais le pardon n’est pas seulement moralement bon il est aussi, comme tout ce que Dieu nous invite à vivre d’ailleurs, particulièrement intelligent. Notez que le pardon n’est pas l’oubli. Il ne s’agit pas de passer l’éponge, mais de donner par-dessus tout, par dessus la faute ou la blessure, de « pardonner ». Il s’agit de dépasser la faute, d’aller plus loin que la rancune et la haine, plus loin que le péché. Parce que si le péché des autres nous arrête, alors combien plus le nôtre devrait arrêter la miséricorde de Dieu ! Le pardon est une nécessité absolue, cela n’échappe à personne. La question n’est donc pas tant de comprendre qu’il faut pardonner que de savoir comment pardonner. Ici l’expérience de nos pères nous est d’un précieux secours. Notre sacrement de la réconciliation s’est inspiré de la notion de pardon dans le peuple juif. Chez les juifs en effet, il y avait deux façons de rendre la justice : Le Rîb et le Mispât Imaginons une querelle entre deux personnes, Pierre et Paul, à la suite d’un vol. Pierre, qui a été volé par Paul, se doit d’aller trouver ce dernier pour l’accuser. Ici l’accusation n’est absolument pas une condamnation : elle est une mise en lumière de l’événement. Pierre va trouver Paul et lui dit : « Tu m’as volé 20€ ». Cette mise en lumière est très importante et règle au moins 50% du litige, en particulier lorsque l’accusé n’a pas conscience d’avoir blessé l’accusateur. Ainsi un mari peut tomber des nues lorsque sa femme lui dit « hier ta réflexion sur tel sujet m’a profondément blessée » L’homme prend alors conscience qu’il a été indélicat, il peut demander pardon à son épouse et recevoir son pardon. Si on élude ce temps de l’accusation, le pardon ne peut être donné puisque la conscience de la faute n’est pas la même d’un côté et de l’autre. Combien de conflits naissent de cette incompréhension, s’enveniment et s’achèvent dans un dialogue de sourds du style -« Je te promets que je n’avais aucunement l’intention de te blesser » -« Ne fais pas l’imbécile, tu l’as fait exprès » etc. L’accusation à condition qu’elle soit vécue le plus calmement possible, comme une objectivation des faits, permet à l’accusé de comprendre qu’il a blessé quelqu’un, même s’il n’en a pas conscience, alors il pourra demander pardon. Le pardon est nécessaire à partir du moment où une faute est perçue, même si elle n’est pas volontaire. Revenons à notre histoire de vol ! Pierre accuse Paul de l’avoir volé. Paul ainsi découvert reconnaît sa faute et a le devoir de demander pardon. Pierre lui suggère alors une réparation qui est habituellement inférieure au préjudice subit. Il peut lui dire par exemple : « tu m’as volé 20 €, rends-moi 15 € ! » Cela peut surprendre et pourtant le but de cette accusation qui débouche sur le pardon n’est pas seulement le rétablissement de la justice qui aurait plutôt rajouté 5 €, mais le rétablissement de la relation. Le plus grave, n’est pas que Pierre ait été privé de 20 € mais que la relation entre les deux ait été profondément blessée. Le but est de rétablir la relation. Ainsi Pierre en ne proposant de n’être remboursé que de 15 € dit implicitement : « Le plus important pour moi n’est pas que je retrouve mon argent, mais que nous restions frères et que nous continuions à nous aimer ». Tout se termine par une belle accolade et la charité entre frères, qui avait été blessée, est d’autant plus développé et accrue que le pardon a été donné. C’est la structure de notre sacrement : Dieu accuse par sa parole, par ses commandements, l’homme reconnaît qu’il a blessé Dieu, son prochain et lui-même, c’est la confession ! Dieu, par le prêtre propose une pénitence toujours inférieure (en l’occurrence infiniment inférieure) au préjudice subi, le pardon est donné et la charité est augmentée. C’était, je le rappelle la façon habituelle de rendre la justice dans le peuple juif. En revanche, si Paul ne reconnaît pas son tort, soit parce qu’il est malhonnête soit parce que Pierre l’accuse à tort, alors on a recours au juge et donc à la deuxième façon, imparfaite celle-ci parce qu’elle n’accroît pas la charité, de rendre la justice. La justice sera alors rendue sur la foi de deux témoins. L’épisode, dans la bible, de Suzanne et des vieillards en est une illustration. La crédibilité des témoins est liée au fait que s’ils mentent, ils encourent la peine requise contre l’accusé initial. Et c’est ce qui se passe avec les vieillards : ils ont produit un faux témoignage, donc ils subissent la peine encourue par Suzanne, la peine de mort. Maintenant je vous propose d’appliquer tout cela au procès de Jésus, pour mieux comprendre jusqu’où va le pardon du Christ à notre égard. Dans sa vie publique, Jésus à toujours eu recours à la forme la plus parfaite de la justice, celle qui fait grandir l’amour. Il ne cesse de pardonner. Mais lorsque les hommes accusent Jésus, ils en réfèrent directement au juge. Jésus est accusé à tort, et pour qu’il soit condamné, il faut deux témoins qui sont de faux témoins puisque, bien évidemment, Jésus n’est pas coupable. Les deux témoins c’est chacun de nous qui accusons Jésus par notre péché. Si Jésus fait comme Daniel, s’il confond les deux témoins, donc l’humanité, il nous condamne à mort. Nous subissons automatiquement la peine qu’il encoure en étant accusé. Alors il se tait, son silence nous sauve de la mort et il prend sur lui notre condamnation. Ainsi, par le fait même il nous pardonne. Il subit la mort à notre place pour nous en délivrer. S’il avait parlé, à ce moment du procès, soit il aurait menti, ce qui est impossible, soit il nous aurait condamné, alors il se tait : « Les juifs dirent à Pilate : « nous avons une loi et selon la loi il doit mourir parce qu’il s’est prétendu Fils de Dieu ». Quand Pilate entendit ces paroles il redoubla de crainte, il rentra dans son palais et dit à Jésus : « D’où es tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse. » Voilà pourquoi nous devons pardonner sans cesse, parce que Jésus nous a pardonné, parce que son amour infini nous a sauvés de la mort, conséquence de notre péché. La raison du pardon c’est l’amour, c’est la relation retrouvée. Sans le pardon il n’y a plus aucune relation, alors je vous supplie de pardonner tous les jours à votre conjoint, à vos enfants, à vos parents, à vos frères et sœurs, surtout au moment des questions d’héritage. Si vous ne pardonnez pas, vous serez malheureux parce que vous interrompez la relation. Si vous refusez de pardonner, vous êtes seuls et, bien pire, vous risquez de ne plus recevoir le pardon de Dieu. Oh non pas parce qu’il refusera de vous le donner, mais parce que, ayant asséché l’amour dans votre cœur, vous n’aurez pas assez d’amour pour vous précipiter à ses pieds et recevoir l’amour et le pardon qu’il vous donne. Le pardon est donc intelligent parce qu’il me permet d’entretenir la relation avec ceux qui me sont les plus chers, il est bon parce qu’il me sanctifie et sanctifie en même temps celui qui le reçoit, il est nécessaire parce qu’il me dispose à recevoir le pardon de Dieu régulièrement dans le sacrement. Mais tout cela n’est possible que si je fais taire en moi l’orgueil, cette voix du démon qui veut me persuader que je suis meilleur que les autres que j’ai raison, que j’ai un rang et une réputation à tenir. Tout cela est démoniaque. Si vous ne savez pas pardonnez, demandez à la Vierge Marie de vous révéler le secret de l’humilité et allez vous confesser. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Maryline Reymond
Lu 452 fois
Autres documents :
Actualités | Horaires messes et offices | Vie spirituelle | Prédications | Nous contacter |
Abonnez-vous à la lettre du site
Liste de liens
|
|
ADP © Eglise Cathédrale 2006
|
||
Vie de la cathédrale
Actualités
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable








2ème DIMANCHE DE PÂQUES HOMELIE prononcée par PERE FLORENT DE RUGY

