F. & S.,
En cette année A, année de la lecture de l'évangile de saint Matthieu, ces dimanches d'automne nous ramènent quelques unes des inoubliables paraboles de Jésus.
Dimanche dernier : Le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne...
le dimanche d'avant : Le Royaume des cieux est comparable à un Roi qui voulu régler ses comptes avec ses serviteurs...
Dimanche prochain : Ecoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta un vigne...
Dans quinze jours : Le Royaume des cieux est comparable à un Roi qui célébrait les noces de son fils...
Et aujourd'hui encore, à la mi-temps de ces cinq dimanches "paraboliques" : Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : "Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne...
Admirables paraboles... qui contiennent comme dans un fruit d'automne, le noyau qui contient à son tour le germe d'un arbre qui ne demande qu'à pousser.
I Ces fruits que l'automne de l'année liturgique nous sert en abondance sont à portée de main : c'est à dire que ces paraboles ne sont pas compliquées, hors de notre atteinte. Ce sont des histoires simples. Il faut les accueillir comme telles : même si elles ne sont pas des histoires "logiques"... Justement, accueillons-les comme des enfants accueillent des histoires. Savourons-les comme on savoure un bon fruit, sans nous poser des questions sur le noyau d'abord : il y a une pulpe savoureuse dans les paraboles : cette pulpe savoureuse c'est souvent l'histoire elle-même, ses personnages, ses situations délicieuses :
Ce maître qui sort le soir comme pour réconforter les ouvriers de la onzième heure.
Les sommes pharaoniques qui sont le montant de la remise de dette que le roi accorde à son débiteur.
La vigne que le propriétaire plante avec amour et savoir-faire, qu'il entoure d'une clôture et protège avec une tour.
La noce du fils du roi ouverte à tous les pauvres du royaume...
Aujourd'hui : c'est la parabole des caprices des enfants de l'homme qui avait deux fils.
Oui, pour nous faire aimer son Royaume, Jésus nous livre une Parole bonne à voir et à manger. Allons la déguster, ouvrons l'Evangile durant la semaine. Cela nous fait du bien. Elle est douce à mon palais ta promesse chante le psaume CXVIII plus suave que le miel en ma bouche (v. 103). N'ayons pas peur et ne soyons pas négligeants : cueillons les fruits de l'évangile.
II Tous les fruits ont quelque chose de résistant : comme un noyau dur.
Le fruit qui ne contiendrait que de la pulpe... serait peut-être délicieux, mais il n'existe pas : quel fruit décevant ce serait s'il n'y avait ni pépin, ni noyau. Couramment, nous dégustons un fruit puis nous laissons de côté le noyau. Pourtant c'est pour nourrir le noyau que l'arbre a donné de la
pulpe au fruit.
Je veux dire que dans les paraboles il y a toujours quelque chose qui résiste à notre sensibilité, à notre logique, à nos habitudes de pensées sur Dieu, sur Jésus, sur le Royaume de Dieu.
Quelque chose qui nous scandalise : Le maître qui donne le même salaire à celui qui a travaillé douze heures qu'à celui qui en a travaillé qu'une seule.
Quelque chose qui nous fait réviser notre vision d'un Dieu bonnasse, qui ne serait pas chrétien : Le roi dont la miséricorde bafouée impose un complet remboursement de la dette.
Quelque chose qui nous dénonce notre propre ingratitude envers Dieu : La rapacité des vignerons qui vont jusqu'à tuer le fils du propriétaire.
Quelque chose qui nous dérange dans notre vision de l'amour de Dieu : ce roi qui rejette les premiers invités à la noce et qui rempli son palais de n'importe lesquels des vagabonds : mauvais ou bons.
Quelque chose qui contredit notre morale superficielle : "Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu."
Sommes-nous heurtés par les paraboles de Jésus ? C'est normal. Il le fait exprès. Ou plutôt : il choisi souvent de nous parler en parabole pour nous exposer quelque chose qu'il serait trop difficile de nous expliquer avec un raisonnement logique ou de nous imposer comme un commandement. La douceur d'un récit nous "fait avaler" un enseignement substanciel et éternel.
C'est normal que nous trouvions difficile l'enseignement de Jésus dans la parabole d'aujourd'hui : "vous les prêtres et les anciens du peuple, vous n'avez pas cru à sa parole... malheureux ! vous êtes perdus ! Tandis que les publicains et les prostituées ont cru dans sa parole... Bienheureux ! Ils sont sauvés !" Dans la parabole il y a le noyau dur qui résiste et sur lequel nous nous cassons les dents.
Certes la Parole de Dieu a un goût de miel dans la bouche mais elle est amère dans l'estomac et brûlante, comme dit un prophète.
III Tous les fruits sont porteurs d'une semence pour l'avenir.
Si la parabole est comme un fruit délicieux, si elle contient quelque chose de dur, c'est que comme un fruit d'automne, elle est destinée à faire pousser quelque chose de bon dans notre coeur.
Ainsi, les paraboles contiennent en germe un enseignement vital, dynamique et capable de renouveller nos vies.
Jésus ne nous prend pas comme des petits soldats obéissants à ses commandements, des réciteurs de convictions, des idéologues religieux. Il nous raconte une parabole, nous la retenons dans notre coeur, par coeur ! comme on retient une histoire, elle nous enseigne des choses difficiles, et quand nous l'avons assimilée elle produit plus de connaissance de Dieu, plus d'amour pour lui, plus d'adhésion à son projet de salut pour les hommes, plus d'amour pour l'Eglise, plus de sens de notre vie... et en nous confiant ainsi l'histoire de ses paraboles : Jésus fait confiance à notre sen-sibilité, à notre intelligence, à l'Esprit saint qui va nous per-mettre de faire germer le noyau de la parabole dans notre vie.
Lorsque nous lisons la Parole ensemble, avec d'autres chrétiens, le dimanche quand nous sommes rassemblés pour la messe, ce travail est bien plus efficace. Nous mangeons ensemble le fruit de sa Parole, nous y trouvons un germe à l'intérieur, ce germe va porter du fruit pour le royaume. C'est à dire que nous entendons l'enseignement de Jésus, nous considérons ce qu'il a de profond et de constructif tout cela pour que nous le mettions en pratique pour qu'il agisse dans nos vies, nos familles, notre ville, notre monde. Et en plus ensuite à l'autel, Jésus se donne lui-même en nourriture pour soutenir en nous notre projet hebdomadaire de mise en pratique de l'Evangile.
Ainsi aujourd'hui, Jésus nous dit-il que c'est par le témoignage d'une vie juste qu'on attire au repentir.
Ainsi aujourd'hui, Jésus nous dit-il que c'est en voyant le témoignage de vie dans la justice de Jean-Baptiste que les plus grand pécheurs se sont convertis... alors que ce même témoignage n'a rien produit chez ceux qui avaient le coeur réticent, alors qu'ils avaient la bouche pleine de paroles hypocrites : "alors il répondit : 'oui Seigneur' et il n'y alla pas." On peut être tout rempli de convictions sur Dieu, de promesses à Dieu... et de mots creux, en même temps que l'on peut être tout vide d'action.
Au contraire on peut avoir une bouche vide de paroles qui plaisent à Dieu, une vie pleine d'actions qui déplaisent à Dieu, et puis, sur le témoignage de la Parole transmise par un témoin lumineux comme Saint Jean-Baptiste, et puis s'ouvrir, et laisser entrer dans son âme la foi, l'amour pour Dieu, qui va produire le repentir et la conversion.
Les saints n'ont pas toujours bien commencé, disait Saint Jean-Marie Vianney, Les saints n'ont pas toujours bien commencé, mais ils ont tous bien fini !
Père Roland Bresson