Homélie prononcée par le Père Emmanuel Gobilliard le dimanche 7 février



Les lectures d’aujourd’hui peuvent être pour nous un éclairage et un enseignement sur les étapes qui nous mènent à une vocation. Ces étapes sont aussi des conditions qui peuvent nous permettre d’accueillir paisiblement une vocation.

La première étape, c’est la rencontre avec Jésus. La rencontre entre les apôtres et Jésus se fait ici au bord du lac. Tout va partir de cette rencontre. Pour chacun d’entre nous cette rencontre se vit habituellement dans la prière ou les sacrements.

La deuxième étape, c’est de reconnaître son péché, sa petitesse.

Reconnaitre sa petitesse c’est bien ce que fait Isaïe comme l’avait fait Jérémie la semaine dernière dans sa vocation. Isaïe sait qu’il ne peut pas voir Dieu sans mourir, Isaïe sait qu’il ne peut pas servir le Seigneur sans trembler et il lui dit : « Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures », il reconnait son péché et en même temps sa faiblesse et sa petitesse face à la mission qui lui est confiée, mission d’un prophète. Voilà pourquoi il parle de ses lèvres et celui qui est l’artisan de ce relèvement, de cette guérison, c’est le Seigneur lui-même. « L’un des séraphins vola vers moi au nom du Seigneur, tenant un charbon brulant…il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. »

Reconnaitre son péché est la condition pour accepter et recevoir la miséricorde de Dieu, être dans la vérité de l’amour, la vérité de ce que nous sommes. Et d’ailleurs pour ceux qui auront plus tard comme vocation de manifester la miséricorde du Seigneur, comment peuvent ils manifester cette miséricorde si eux même n’en ont pas été bénéficiaires et s’ils n’en ont pas vécus profondément.

Je ne peux pas annoncer le Christ sans en vivre moi-même et la façon que j’ai d’en vivre est de recevoir sa miséricorde, miséricorde de celui qui me choisit, miséricorde de celui qui me donne la force et qui met sur mes lèvres sa parole.

Cela demande un acte d’humilité profond de la part de celui qui va recevoir l’appel du Seigneur, humilité de celui qui se dit pourquoi ai-je été choisi ? Parce que c’est moi ! Parce que c’est un acte gratuit, parce que ce n’est pas pour le mérite ; La vie chrétienne et la sainteté excluent les héros. Les seuls qui n’ont pas leur place dans la vie chrétienne dans l’appel à la sainteté ce sont les héros parce que les héros ce sont ceux qui sont tellement forts, puissants qu’ils peuvent s’élever par eux-mêmes.



Dans la vie chrétienne, un homme seul est un homme en danger car il se croit plus fort. Il se coupe de la grâce de Dieu. Son cœur étant déjà rempli de lui-même, il n’y a plus de place pour Dieu. L’humilité fondamentale de la créature face au créateur est nécessaire si je veux recevoir simplement le créateur et me laisser agir, mouvoir par lui.

En même temps que cette reconnaissance de mon péché et de ma faiblesse, il y a l’acte de l’adoration par lequel je reconnais que le Seigneur me dépasse infiniment et tout ce que moi-même je ne peux accomplir, lui il peut le faire à travers moi. L’acte d’adoration c’est ce que proclament les séraphins dans la première lecture ; « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu de l’univers ». Nous savons que le prophète Isaïe sera le prophète de la sainteté de Dieu. Le seul Saint, celui sans lequel je ne peux pas être saint et celui avec lequel je peux être saint s’il manifeste sa sainteté et si je la reçois, c’est Dieu !

Reconnaitre la puissance de Dieu, c’est aussi reconnaitre qu’il peut agir en moi. C’est lui qui donne du fruit, c’est lui qui féconde, c’est lui qui va remplir les filets des apôtres. Ce que je suis, ce que je fais, je le fais par la grâce de Dieu.

Pour reconnaitre que Jésus peut agir en moi, il faut que je le laisse monter dans ma barque. C’est la troisième étape. Ce n’est pas si simple. Dans l’Evangile, les apôtres en étaient descendus et lavaient leurs filets. Ils avaient prévu de rentrer tranquillement chez eux. Jésus monte dans une des barques. Imaginez la scène, ils rentrent tous et Jésus monte dans la barque comme s’ils allaient partir alors qu’ils reviennent. Cela demande de la part des apôtres un changement dans leur vue sur cette journée.


Laisser Jésus montait dans la barque c’est surtout laisser monter Jésus dans la barque de ma vie. La barque symbolise toute ma vie avec tous les éléments qui la composent, ce n’est pas seulement la messe du dimanche ou la prière, c’est toute ma vie morale, spirituelle, professionnelle, familiale. C’est le laisser me toucher dans le quotidien de mes jours et me laisser surprendre par lui, par sa volonté. « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets.»


Même si je ne comprends pas cette volonté, je dois avoir la force intérieure avec la grâce de Dieu de répondre à cette volonté et j’en serais surpris, surpris par les résultats comme le sont les apôtres, la fécondité qui nait de cette obéissance. La véritable obéissance est toujours féconde. Elle n’est pas toujours féconde à notre rythme, elle est féconde au rythme de Dieu.


 J’aime beaucoup prendre l’exemple du padre Pio qui a reçu dans l’obéissance la demande de son supérieur de ne pas célébrer la messe en public et de ne plus confesser, lui qui avait une telle fécondité dans la célébration de la messe et dans la confession. Il a obéit. Ils sont plus de dix millions à aller dans son sanctuaire d’Italie tous les ans en ce moment ; il a été canonisé grâce à cette obéissance humble, pauvre, incompréhensible aussi. Maintenant les fidèles viennent au Seigneur recevoir son pardon, son eucharistie parce que simplement le padre Pio a été obéissant. Il en a été sans doute surpris mais maintenant il doit être surpris de la fécondité qui nait de cette obéissance. Faire la volonté du Seigneur même si elle m’étonne. 

Cela implique aussi une certaine ascèse. Celle de renoncer parfois aux biens matériels que sont les poissons même si dans cette pêche miraculeuse, les biens matériels sont donnés en abondance, le Seigneur précise : « Désormais ce sont des hommes que tu prendras » ceci indique une priorité : celle de toute vocation, c’est le bien des âmes, des hommes et des femmes qui nous entourent et en premier lieu de ceux qui nous sont confiés.


Pour le prêtre, ce sont ses fidèles ; pour les époux,  c’est la famille, et puis finalement tous ceux qui nous entourent. Savoir préférer le bien des hommes et des femmes aux biens matériels c’est parfois très difficile.


 Voilà donc les différents éléments d’une vocation, ils peuvent être compliqués mais parfois ils se résument dans ce mot : écoute ! Ecouter le Seigneur que je croise, qui me pardonne, qui met dans mon cœur sa propre volonté même si elle me surprend, écouter le Seigneur qui m’inspire lui-même ses propres mots, lorsque je dois répondre à ma vocation de prophète comme Isaïe, écouter toujours le Seigneur.

Ensuite lorsque j’ai reçu ma vocation, que j’ai la joie d’avoir entendu cet appel, je peux tout reprendre à zéro, je peux reprendre toutes ces étapes chaque jour de ma vie, le rencontrer, le laisser me toucher par sa miséricorde, écouter sa parole, lui obéir : les étapes d’une vocation  sont quotidiennes. Ce qu’il y a de plus beau c’est que le Seigneur nous propose une deuxième pêche miraculeuse à la fin de l’Evangile, après la résurrection.


Le Seigneur invite ses apôtres à une deuxième pêche miraculeuse pourquoi ? Est-ce que la première n’a pas suffit ? Oui, la première n’a pas suffit. Ils n’ont pas été toujours fidèles à leur vocation, ils sont retombés dans leur orgueil de croire qu’ils étaient capables de survivre par eux-mêmes, qu’ils étaient capables de se passer du Seigneur et de sa miséricorde. Nous savons comment les apôtres ont fuit au moment de la croix, alors le Seigneur dans son infinie miséricorde leur propose une deuxième pêche miraculeuse, un renouvellement profond de leur vocation, ils vont être renouvelés par le Seigneur dans leur vocation. Nous connaissons tous des crises, des difficultés ; il est bon de le reconnaître au nom de la vérité et de se faire toucher par Dieu qui nous relève à nouveau, qui nous re-propose notre vocation, qui nous invite à nouveau à le suivre, à toucher sa miséricorde, à prendre un nouveau départ : un nouveau départ encore plus beau que le premier ! La différence entre les deux pêches miraculeuses c’est que dans la deuxième pêche, les filets ne craquent pas. Nous avons l’expérience, nous avons su suivre le Seigneur et être touché par sa miséricorde, nous avons fait l’expérience encore plus de notre faiblesse et de notre péché alors nous savons que nous sommes faibles. Sachant cela, nous savons nous reposer sur le Seigneur, sur lui seul.

 

Demandons au Seigneur la grâce de savoir l’inviter dans notre vie parce que c’est lui qui fait tout, demandons lui la grâce d’être aimé par lui de manière à ce que nous puissions vivre de cette grâce et si jamais nous ne pouvons pas en vivre, demandons lui la grâce de nous faire tomber du cheval comme Saint Paul puisque dans la deuxième lecture nous avons entendu comment Saint Paul lui même, le pire de tous, l’assassin, le traitre, ayant reconnu son péché et sa faiblesse a pu devenir apôtre. Lui qui n’avait pas vécu le mystère pascal avec les autres apôtres, le Seigneur l’a élevé à la dignité des apôtres par sa seule miséricorde. Il s’est reconnu dans sa faiblesse et son péché, le Seigneur lui a conféré la mission d’être apôtre et à mit sur ses lèvres sa propre parole. Alors si Saint Paul, le pire de tous, a eu cette profonde humilité de s’abaisser devant le Seigneur, et a reconnu que cet appel venait du Seigneur alors oui moi aussi, je sais que je peux être appelé par Dieu, que je le suis, que le Seigneur m’aime, qu’il m’invite à exercer une mission dans le monde, il suffit seulement que je sois pauvre. Amen

 

 

Père Emmanuel GOBILLIARD


Maryline Reymond
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