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Homélie prononcée par le Père Gilles Debay 31ème dimanche du temps ordinaire Année ADimanche 30 octobre 2011
En écoutant cet Evangile, nous pouvons nous demander : « Qui peut se sentir concerné aujourd’hui par ces paroles de Jésus » ? Elles visent l’esprit des pharisiens : cette manière si fausse et hypocrite de pratiquer la loi… Au-delà des pharisiens du temps de Jésus, demandons-nous qui, aujourd’hui, doit se sentir interpelé par ces paroles du Seigneur. Qui sont-ils, ces pharisiens aujourd’hui ?
Est-ce que ce sont les prêtres auxquels le prophète Malachie adresse cet avertissement : « Si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom, j’enverrai sur vous la malédiction, je maudirai les bénédictions que vous prononcerez… ». Si cela s’adressait à ceux qui, aujourd’hui, portent le sacerdoce ministériel du Christ, les Evêques, les prêtres qui les assistent, les diacres chargés eux aussi d’annoncer, d’enseigner ; si cela était le cas, terrible serait la conséquence du pharisaïsme parmi eux : « Je ferais que vos bénédictions deviennent des malédictions ! » Oui, certes : prions pour le sacerdoce ministériel, pour les Evêques, les prêtres et les diacres, c’est nécessaire et c’est important. Mais n’oublions pas que nous sommes tous, par la grâce du baptême, investis d’une participation au sacerdoce du Christ : « Peuple de prêtres, de prophètes, et de rois… » Nous sommes tous concernés à notre manière et à notre place, nous sommes tous membres de l’unique corps du Christ, nous portons tous ensemble cette charge sacerdotale prophétique et royale. Tous ensembles, nous avons mission de témoigner par tous les actes de notre vie aux yeux du monde. Nous avons donc tous à nous laisser toucher par ces paroles du Seigneur aujourd’hui. Les pharisiens sont investis de cette charge d’enseigner, ils ont une mission ; malheureusement, ils en font un honneur, ils ramènent à eux tous les avantages au lieu d’être au service du Peuple de Dieu qu’ils ont mission d’enseigner. Du coup, ils sont dans le mensonge, ils sont dans une attitude hypocrite : leur comportement lui-même n’est pas en accord avec ce qu’ils enseignent : « Pratiquez et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire, demande le Seigneur, mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas ». Et nous, comment vivons-nous de la Parole de Dieu ? Que faisons-nous de notre participation au Corps du Christ dont nous sommes les membres ? Est-ce que nous témoignons à travers tous les gestes de notre vie de cette présence du Christ dans le monde ? Regardons la figure de l’Apôtre Paul que la deuxième lecture nous permet d’admirer ; elle contraste avec l’attitude des pharisiens et des scribes : « Frères nous avons été pleins de douceur, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l’Evangile de Dieu, mais tout ce que nous sommes… » Non seulement Paul veut annoncer, enseigner, il veut être apôtre au milieu de ces églises, de ces communautés qu’il a fondées, mais il veut l’être dans le don, la générosité : « Nous voudrions vous donner non seulement l’Evangile de Dieu mais tout ce que nous sommes car vous nous êtes devenus très chers. » Voilà une attitude qui part des profondeurs du cœur de Paul, qui ne retient rien pour lui et qui se tourne vers ce peuple pour lequel il est apôtre, pour lequel il porte le sacerdoce ministériel, pour lequel il est chargé d’enseigner, pour lequel il a cette mission de guide. Mais il y a encore autre chose qui différencie l’attitude de l’Apôtre. Là où les pharisiens, dans leur vanité, aiment à s’entendre donner des titres tels que Rabbi, Maître ou Père, Saint Paul, lui, accueille la paternité qui vient du Père, ainsi qu’il nous le dit dans sa lettre aux Ephésiens : « Je tombe à genoux devant le Père, qui est la source de toute paternité au ciel et sur la terre. » L’Apôtre ne se dit pas "père" au sens où Jésus met en garde ce jour là les pharisiens et tous ceux qui l’écoutent. Personne ne doit se dire père à moins de recevoir cette paternité du Père éternel, à moins de se tenir à la source de cet amour et de cette paternité du Père. Le Père qui aime d’un Amour si grand, si total, "prototype", pourrait-on dire, de toute forme d’amour créé, le Père, donc, aime tellement que son amour est paternel et maternel à la fois. Si bien que Paul peut prendre sans hésiter l’exemple de l’amour maternel pour dire à ses chers chrétiens de Thessalonique l’amour dont il brule pour eux : « Nous avons été pleins de douceur comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons ». Toute paternité a sa source dans le Père. Si quelqu’un peut se dire père (ou maître à la manière du Christ), ce n’est que parce qu’il se reçoit lui-même dans cette paternité qu’il a pour mission d’exercer, ce n’est que parce qu’il se reçoit lui-même du Père par le Christ Jésus dans la force de l’Esprit Saint. « Ce n’est plus moi qui vit, dira l’apôtre, c’est le Christ qui vit en moi ». C’est ainsi que l’apôtre peut se dire légitimement père : parce qu’il est effectivement établi dans l’amour, parce qu’il ne veut être à la charge de personne parce que, il nous l’a dit, « c'est en travaillant nuit et jour, pour n'être à la charge d'aucun d'entre vous, que nous vous avons annoncé l'Évangile de Dieu. » C’est ainsi que l’apôtre a annoncé l’Evangile de Dieu et c’est très certainement dans cette force de son amour intérieur, qu’il reçoit du Père par Jésus, qu’il devient si efficace : il suffit de regarder le travail gigantesque de l’apôtre Paul, la fécondité invraisemblable de son apostolat pour comprendre que cela ne vient pas de lui mais de cette puissance d’Amour qui est en lui. Qui que nous soyons, quelle que soit notre mission, notre place dans l’Eglise, souvenons-nous toujours que nous n’avons à en attendre aucun avantage humain. Accueillons seulement cette tendresse du Père, cette puissance de son amour donnée par le Christ Jésus notre Seigneur. Soyons à notre place pour construire l’Eglise du Christ : notre place, c’est d’aimer, selon ce que l’Esprit nous donne d’aimer… Juste au moment où nous préparons à célébrer l’eucharistie, faisons encore mémoire de ce que le Christ dira à ses apôtres : « Vous m’appelez Maitre et Seigneur, et vous avez raison. » Pour nous, si nous voulons à notre tour que l’on nous appelle "maitre" ou "père" alors rappelons-nous : « Oui vous m’appelez Maître et Seigneur, et vraiment je le suis ; mais si, moi, le Maître et Seigneur je vous ai lavé les pieds, vous aussi faites-le les uns pour les autres. » Comprenons : « Si je suis allé jusqu’à mourir sur une croix par amour pour vous, c’est pour vous manifester cette force de l’amour du Père et pour que soyez prêts à tout donner vous aussi pour vos frères ». Amen Maryline Reymond
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