Homélie prononcée par le Père Paul DENIZOT le dimanche 24 janvier



Les trois textes de la liturgie de ce dimanche nous invitent à contempler trois moments de l’histoire du Salut, trois commencements qui nous aident à entrer chacun dans la découverte de trois beaux mystères de notre foi.

Le premier commencement, qui est plutôt un re-commencement, est évoqué dans le livre de Néhémie. Nous sommes dans la période de la restauration du culte à Jérusalem après le traumatisme de la destruction et de la déportation à Babylone. Le reste fidèle d’Israël revient sur sa terre pour reconstruire le temple et la cité. Durant cette phase de reconstruction, le peuple s’assemble pour écouter la Loi du Seigneur proclamée par le prêtre Esdras. Et les fils d’Israël sont touchés, émus par la redécouverte de l’Alliance que YHWH a voulu faire avec leurs pères et avec eux. Larmes d’émotion, larmes de repentir sans doute aussi devant les refus de l’Alliance et les nombreuses infidélités dont Israël prend conscience.

La loi proclamée, priée, est la loi de Dieu, la parole de Dieu. Elle rejoint les cœurs de l’auditoire. Elle n’est pas seulement la transmission d’un message abstrait mais elle touche l’existence de chacun.

Aujourd’hui, il me semble que cette première lecture du livre de Néhémie nous invite à renouveler notre relation à La Parole de Dieu. Si seulement nous pouvions avoir la grâce, nous aussi, de pleurer en écoutant cette parole de Dieu, de nous émerveiller de cet amour de Dieu pour nous.  

N’est elle qu’un texte antique, une histoire passée qui ne change rien à ma vie? Où est-t-elle la Parole vivante de Dieu qui s’adresse à moi aujourd’hui et qui a quelque chose à me dire à moi en particulier ?

Souvent nous entendons dire : « Dieu ne me parle pas, Il semble muet… » Pourtant, Il ne cesse de nous parler par sa Parole. Sommes nous attentifs ? Par exemple, comment avons nous écouté les textes d’aujourd’hui ?

Peut être est-ce l’occasion pour nous de prendre une petite résolution : lire les textes du dimanche avant la messe pour nous préparer à les accueillir.

Le deuxième commencement, nous le trouvons dans l’épître de saint Paul aux Corinthiens qui nous renvoie aux commencements de l’Eglise de Corinthe. Cette toute jeune Eglise, chère au cœur de l’Apôtre, traverse de graves difficultés : des scandales mais aussi de lourdes divisions : les uns se réclament de Pierre, d’autres de Paul, d’autres encore d’Apollos.

Paul leur rappelle que l’Eglise est l’Eglise du Christ. Son unité n’est pas d’abord le résultat d’une œuvre humaine, le fruit de la bonne volonté de chacun des membres. Si l’Eglise est Une c’est d’abord l’œuvre de l’Esprit Saint qui l’assiste. Cette unité est donnée, elle vient de Dieu, elle est un don de Dieu. L’Apôtre porte un regard de foi sur ce beau mystère qu’est l’Eglise, le corps du Christ dont nous sommes les membres solidaires.

Il nous fait comprendre que nous n’appartenons pas à l’Eglise à la manière d’une société humaine, d’un groupe social ou d’une association dont les membres se réunissent en fonction de leurs affinités. L’Eglise et son unité sont d’abord un don de Dieu que je peux accueillir et dont je deviens responsable, en particulier en priant pour son unité et pour chacun de ses membres, notamment les membres souffrants (comme l’Eglise d’Haïti)

L’Evangile de Luc nous rapporte un troisième commencement en relatant les débuts du ministère public de Jésus en Galilée. Après son baptême et le temps de la tentation au désert, Jésus commence sa prédication et se rend à Nazareth. Dans la synagogue de son village natal, Il donne la lecture d’un passage du prophète Isaïe qui annonce un messie qui réconfortera et libèrera les opprimés. Implicitement, Jésus se présente comme celui qui accomplit cette prophétie, comme celui qui a été consacré, mis à part et envoyé. Consécration et mission, Jésus est prêtre. Il est le prêtre. Consacré par son Incarnation, Homme et Dieu, médiateur entre Dieu et les hommes, et envoyé par le Père pour nous donner le Salut, la libération.

Aujourd’hui nous aussi avons besoin d’être rejoints par ce Salut. Pour cela, le Seigneur a fait un don magnifique à son Eglise qu’il aime et qu’il protège : le don du sacerdoce.

Je ne vous parle pas ici de la personne du prêtre : il est un homme, comme vous. Il a des qualités, comme vous ; il a des défauts, comme vous. Comme vous, il a besoin d’être atteint par la Bonne Nouvelle, comme vous il a besoin d’être libéré, éclairé et sauvé. Non, je veux parler du don du sacerdoce et cette année sacerdotale voulue par le Saint Père est une belle occasion pour nous de nous émerveiller de ce don.

Dieu aime tellement l’Eglise qu’il appelle de pauvres pécheurs, malgré et même pour leurs pauvretés (le curé d’Ars ne semblait pas avoir beaucoup de qualités humaines) pour donner Son salut au monde.

Jean-Marie Vianney disait « S’il n’y avait pas le prêtre, la mort et la passion de notre Seigneur ne servirait de rien ». Sans le prêtre, nous ne pourrions pas être touchés et associés au sacrifice de la croix rendu présent sur l’autel. Nous le voyons, ce don magnifique du sacerdoce nous dépasse. Dans le prêtre c’est d’abord le don de Dieu à son Eglise qu’il faut contempler. Le prêtre n’est pas prêtre pour lui mais pour vous, pour vous donner la joie de Dieu en particulier par l’eucharistie et la confession.

Priez donc pour les prêtres, pour qu’ils ne s’habituent pas au don merveilleux que Jésus leur a fait le jour de leur ordination.

Dans cette eucharistie demandons la grâce de nous émerveiller de ces commencements, de nous émerveiller de cette parole de Dieu qui est vivante, de nous émerveiller de ce mystère de l’Eglise qui nous dépasse, de nous émerveiller de ce don du sacerdoce à l’Eglise et au monde. 


Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen 
 

Père Paul DENIZOT


Maryline Reymond
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