Homélie prononcée par père Emmanuel GOBILLIARD le dimanche 11 juillet



Aujourd’hui nous célébrons la solennité de la dédicace de la Cathédrale. Je m’excuse par avance d’avoir à vous parler de géologie et de volcanisme et en même temps les écritures nous parlent de pierre. Nous avons encensé les pierres, les pierres qui se trouvent sous nos pieds. La question se pose, pourquoi la Vierge Marie a choisi ce lieu pour en faire une terre sacrée, pour apparaître à cette pauvre femme ?



Il y avait tellement de lieux bien plus beaux, plus prestigieux. En revenant sur le volcanisme du Velay, je me rappelle qu’il y avait un volcanisme majestueux dans ce bassin du Puy, deux grands volcans, volcans péléens, qui se situaient à Espaly et à St Michel D’Aiguilhe qui ont donnés ces deux necks, cheminées volcaniques. Il y avait aussi un pauvre cône éruptif, c’est le rocher corneille. Un cône éruptif, c’est la terre qui se fend et qui vient vomir une lave visqueuse, rien de prestigieux ; la terre du Velay, la terre de ce bassin du Puy a souffert, s’est déchirée, a vomi sa lave rouge puis noire. La fracture s’est faite sur du granit dur et des argiles sous-jacentes, les blocs de granit ont été malmenés et calés sur la pente glissante des argiles sous-jacentes puis recouverts par la lave. 


Je développe beaucoup parce que les pierres de cette Cathédrale ont été faites avec le basalte de cette roche qui a souffert, a été fracturée, blessée. Pourquoi la Vierge Marie a choisi d’apparaitre sur ce lieu qui n’était sans doute pas le plus majestueux ? D’ailleurs la première communauté chrétienne s’était installée à Espaly, proche de ce beau volcan, de ce qu’il en restait.



La Vierge Marie a décidé de s’installer ici pour panser nos blessures, pour recueillir nos souffrances parce que nous sommes comme cette terre fracturée, meurtrie, pas toujours très belle, pas la plus prestigieuse, mais celle que le Seigneur a choisie pour en faire se demeure. Avec ces pierres, le Seigneur a construit ce temple spirituel, cette Cathédrale majestueuse, comptant sur la technique des architectes et l’art des hommes.



Comme pour rajouter un peu plus à la prouesse et à la comparaison que je voudrais établir, la Cathédrale a été bâtie sur l’anfractuosité de ce rocher qui se poursuit vers la statue Notre Dame de France où il n’y avait que peu de place ; le chœur où nous sommes repose sur le rocher mais, à partir de la grille, vous êtes tous dans le vide comme si le Seigneur s’était servi de notre pâte humaine pour établir sa demeure, et tout le reste, c’est sa grâce. 
 

1/3 de participation de nous même à notre propre sanctification, 2/3 de grâce et encore la comparaison devrait être beaucoup plus disproportionnée. Nous faisons ce que nous pouvons, nous construisons comme nous pouvons, nous guérisons comme nous pouvons, le Seigneur fait le reste, c'est-à-dire finalement 90% par sa présence aimante. Il nous aime, nous pardonne, nous sauve. 



C’est magnifique d’avoir ce texte de la Samaritaine pour illustrer la dédicace de la Cathédrale. D’abord parce qu’avant le texte que nous avons entendu, nous nous souvenons que la Samaritaine était venue vers Jésus le cœur blessé bien que cela n’apparaissait pas, et le Seigneur, en exprimant sa propre soif, va susciter en elle une soif. Comment faire pour être guéri par le Seigneur, comment faire pour être ce temple spirituel dont je parle : commencer par exprimer notre soif au Seigneur, notre désir de lui : « Seigneur, j’ai soif de toi, j’ai besoin de toi, viens me guérir », une fois que ce cri du cœur a jailli alors il nous faut nous enraciner dans la vérité. Le Seigneur veut des adorateurs en esprit et en vérité. Quelle est cette vérité dont il parle ? cela n’est certainement pas la vérité intellectuelle, celle qui nous pousse toujours à avoir raison ; cette vérité trop intellectuelle et imposante, elle n’entretient pas en nous l’esprit de vérité dont parle le Seigneur, le Seigneur veut que nous fassions la vérité sur nous-mêmes avant de la faire sur nos idées ; Le Seigneur nous rappelle qui nous sommes comme il le rappelle à la Samaritaine. Il lui rappelle qu’elle est blessée, qu’elle a souffert, qu’elle a besoin d’être guérie, nous devons établir avec le Seigneur une relation vraie, nous présenter à lui tel que nous sommes si nous voulons qu’il nous bénisse, qu’il nous guérisse et qu’il nous construise.



Nous présenter au Seigneur tel que nous sommes et aussi nous présenter aux autres tels que nous sommes pour être dans une relation paisible ; habituellement nous nous dévalorisons nous-mêmes, à mesure que nous nous survalorisons aux yeux des autres. Il y a comme un énorme hiatus, nous avons une mauvaise image de nous-mêmes mais nous voulons donner une excellente image de nous-mêmes quitte à y rajouter le mensonge, la mythomanie, nous nous inventons des histoires, des personnages, des projets, nous nous mettons en valeur alors qu’au fond de notre cœur, nous savons que nous sommes blessés et meurtris. La vérité dont parle le Seigneur c’est la vérité qui va permettre de rétablir la situation par la véritable humilité : c’est le regard de Dieu sur moi, le regard de Dieu qui m’aime et je dois rentrer dans ce regard pour apprendre à m’aimer, pour ne pas d’abord voir mes péchés, toutes mes blessures mais pour voir un cœur qui a soif d’aimer et d'être aimé. 


Rentrer dans le regard de Dieu, c’est me remettre au niveau où Dieu lui-même me voit : comme son fils bien aimé, comme celui qu'il aime. Ma valeur c’est d’être aimé quelles que soient mes blessures et mes souffrances. Ma valeur, c’est aussi le projet que le Seigneur a pour moi : il veut faire de moi son temple spirituel, sa demeure ; alors sous son regard, je vais me rétablir tel que je suis et me présenter aux autres de plus en plus tel que je suis car je serai heureux de ce que je suis, je serai fier de ce que le Seigneur construit en moi par son amour et l’équilibre sera rétabli, je serai en paix, tout simplement. Je ne mentirai plus, je ne me construirai plus un personnage, je serai moi-même, avec sa grâce reposant sur une base solide et tout le reste soutenu par son amour et sa présence.



 Dans le dialogue avec la samaritaine, nous voyons que le Seigneur rétablit cette vérité dans la charité, sans juger, sans rabaisser l’autre mais en lui permettant d’ouvrir une brèche comme celle ouverte dans la terre, lui permettant de lui exprimer sa souffrance et sa détresse comme cette lave qui a jailli de la terre, pour ensuite la recueillir par son amour et la reconstruire petit à petit, avec son aide et sa grâce. Le Seigneur accueille, écoute pour ensuite pardonner ; il ne peut pardonner que ce que nous lui offrons. Il ouvre la brèche ; à nous d’exprimer ce que nous sommes, de lui dire nos souffrances parce qu’il respecte trop notre liberté pour s’imposer à nous. N’ayons pas peur, dans la prière, dans le dialogue intime avec lui, dans la confession, de lui exprimer tout ce que nous sommes pour qu’il puisse avec nous, nous reconstruire, faire de nous sa demeure, son temple. 


« Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là et vous, vous dites que le lieu où il faut adorer est Jérusalem, Jésus lui dit : ‘Femme, crois moi, l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas, nous, nous adorons celui que nous connaissons ; l’heure vient et c’est maintenant où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » : alors vous comprendrez que le lieu de la présence de Dieu n’est pas seulement cette Cathédrale. Où que nous soyons nous pouvons adorer le Père parce qu’il veut faire en nous sa demeure et qu’il va la faire aujourd’hui par le mystère de l’Eucharistie. Il va descendre dans sa demeure qui est l’Eglise, qui est chacun de nos cœurs par le mystère de l’Eucharistie pour que nous l’accueillions et l’ayant accueilli pour qu’il nous reconstruise, pour qu’il nous aime, voilà la véritable reconstruction. Aimer et être aimé : nous avons besoin de sa présence pour nous aimer nous-mêmes et pour être aimés des autres en esprit et en vérité.



Demandons au Seigneur la grâce d’avoir cette humilité, de reconnaitre qui nous sommes, cette humilité de lui crier notre soif, notre désir de lui, l’humilité enfin de savoir nous laisser reconstruire, par lui, avec lui, en lui. Amen





Père Emmanuel GOBILLIARD




Maryline Reymond
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