Homélie prononcée par père Emmanuel Gobilliard le 14ème dimanche du temps ordinaire, le 3 juillet



Homélie prononcée par père Emmanuel Gobilliard le 14ème dimanche du temps ordinaire, le 3 juillet

Il y a plusieurs choses dans cet évangile qui semblent parfois s’opposer ou qui nous interrogent. Dans cet évangile, vous avez vu qu’il y a trois parties : la première partie concerne l’enfance spirituelle : « ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tous petits », la deuxième partie concerne la relation entre Jésus et son Père : « personne ne connais le Fils  sinon le Père et personne ne connais le Père sinon le Fils » et la troisième partie parle du rapport entre la souffrance et le repos : « le joug » évoque le mystère de la croix.



Dans cette première partie que nous connaissons bien, nous voyons dans notre imaginaire, l’image bucolique d’une mère qui porte son enfant et la belle image de l’enfance spirituelle, du désir du Seigneur que nous soyons entre ses bras, dans la confiance, dans la paix, dans l’abandon. Image joyeuse, image apaisante, que nous désirons réaliser dans notre propre vie : être dans la confiance, dans la paix, dans le bonheur apparent de celui qui est dans les bras de sa maman.



Dans la deuxième partie il y a une image beaucoup plus violente ; quand on entend « prenez sur vous mon joug », on s’imagine que le Seigneur nous inflige des souffrances.



Alors on va essayer de réconcilier ces deux dimensions de l’évangile.



D’abord le joug, c’est une pièce de bois qui sert à diriger un attelage de bœuf et sous  cet attelage de bois il y a place pour deux têtes. « Prenez sur vous mon joug », cela veut dire que le Seigneur est celui qui va être à côté de nous, qui va être à notre côté pour porter cette pièce de bois qui permet de diriger l’attelage. Le but de cette pièce de bois c’est que les deux bœufs puissent aller dans la même direction et qu’ils puissent porter l’attelage ou tirer la charrue.
Cela signifie que quand le Seigneur nous invite à mettre notre tête sous le joug qu’Il porte déjà, c’est pour aller dans sa direction, c’est pour qu’Il nous accompagne. Evidemment, n’imaginez pas que le Seigneur dans cet évangile vous dit «  je vais vous infliger ma croix et ma souffrance, je vais vous faire porter ma souffrance ». Ce n’est certainement pas cela, ça ne peut pas être cela, parce que le Seigneur a vécu le mystère de la passion et de la croix une fois pour toute. Il ne veut pas nous infliger des souffrances. Il arrive qu’Il veuille nous faire participer à son mystère pascal d’une manière particulière, dans la compassion, en l’imitant, en imitant sa compassion. Alors là, oui, il nous invite à porter une souffrance mais cela concerne les grands mystiques qui participent d’une manière extraordinaire à la souffrance de Jésus, qui sont invités par Jésus à participer à sa souffrance, à la souffrance de ses membres : c’est la compassion. Il peut y avoir des douleurs intérieures, des douleurs mystiques profondes, nous voyons cela chez de grands mystiques,  qui sont comme une grâce de compassion pour que le monde par Jésus soit sauvé. Le Seigneur nous introduit dans son mystère, c’est une grâce d’amour, c’est une grâce de participation à son mystère pascal mais je vous assure que c’est assez rare, en tout cas sous cette forme, de souffrance directe proposée par le Seigneur, le reste du temps on a bien assez de porter nos propres souffrances qui sont de deux ordres : nos souffrances personnelles mais aussi la souffrance des autres. A partir du moment où nous aimons. Si nous aimons les autres, dés qu’ils souffrent nous participons à leur souffrance.





Donc le Seigneur ne nous inflige rien de plus que ce que nous vivons habituellement, au contraire Il nous invite à porter les difficultés et les souffrances différemment, en nous ouvrant à sa présence. La souffrance la plus intime et la plus difficile à supporter c’est celle de la solitude, de l’isolement plutôt. L’isolement de celui qui se croit mal aimé, qui ne se croit pas aimé du tout : c’est l’isolement profond du cœur ; or dans cette pièce de bois, il y a la place pour deux têtes. Cet isolement le Seigneur le guérit par sa présence, par son amour, alors nous voyons le lien avec la première partie de l’évangile, le Seigneur nous propose sa présence pour nous accompagner dans nos difficultés et nos souffrances, Il nous propose de porter la moitié de notre propre souffrance, pour ne pas dire la totalité. Quelle délicatesse du Seigneur qui a l’air de nous proposer une souffrance qui vient de lui alors qu’il est là pour porter la notre. Quelle délicatesse du Seigneur qui veut nous soulager discrètement.




Le lien avec la première partie de l’évangile et avec cet esprit d’enfance, il est fait aussi par le fait que, le Seigneur nous invite par cette image agricole à demander de l’aide. Si vous êtes seul à porter votre souffrance, vous risquez de vous égarer, vous risquez de ne plus pouvoir porter la souffrance que le monde nous inflige. Vous risquez de ne plus pouvoir avancer. Le Seigneur nous invite à demander de l’aide, son aide mais l’aide aussi de nos frères. C'est le bon sens de l’évangile ; dés que je dois porter une souffrance trop forte, j’ai le devoir comme chrétien de demander l’aide du Seigneur et l’aide de mes frères, et c’est cela l’esprit d’enfance. L’enfant c’est celui qui n’a pas peur de demander de l’aide, qui crie lorsqu’il en a besoin, qui sait qu’il peut compter sur la présence des autres et en particulier sur la présence de ceux qu’il aime par-dessus tout, ses parents. Le Seigneur nous révèle dans cette lecture qu’Il est pour nous comme un père et que l’on peut toujours compter sur Lui et que parfois il devance nos appels dans sa miséricorde, qu’Il est à nos côté sur la route de notre vie, pour notre bien, pour notre bonheur, pour notre soulagement, pour notre repos.




Remarquez aussi que cette image agricole dit quelque chose du travail. Curieusement on a une image du travail agricole connotée comme étant un travail rude, difficile et pourtant en parallèle de cette image nous avons cette phrase « vous trouverez le repos ». Cela m’inspire deux réflexions, la première c’est que pour se reposer, il faut avoir bien travaillé. On se repose d’autant plus que, effectivement, on a bien travaillé. Le repos sain de celui qui a fait son devoir d’état, qui a accompli sa mission ou réalisé sa vocation. Ce repos est un repos physique, psychologique, c’est le repos de celui qui a accompli sa tâche. Cela m’inspire aussi une deuxième réflexion, c’est le repos dans le travail. Qu’est ce que cela signifie le repos dans le travail, c’est le repos de celui qui accompli la volonté du Seigneur, qui sait que en travaillant, en accomplissant sa mission, en réalisant sa vocation, il fait la volonté du bon Dieu, il est sur la bonne route. Ce repos intérieur est capable de supporter bien des difficultés et bien des peines physiques. Lorsqu’on sait qu’on est sur la bonne voie, que l’on fait la volonté du Seigneur, on est capable d’aller très loin. Ce repos du cœur c’est celui que vivent tous les grands saints qui sont capables de se dépenser sans compter et en même temps d’avoir cette paix intérieure profonde que recherche le monde et que nous avons la chance de découvrir dans la personne de Jésus. Cette paix intérieure de savoir que nous faisons sa volonté.



 Demandons cette grâce au Seigneur de savoir travailler lorsqu’il le faut, de savoir nous reposer lorsqu’il le faut, de savoir même nous reposer dans le travail lorsque nous accomplissons la volonté du Seigneur.




Amen
Père Emmanuel Gobilliard





Maryline Reymond
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