Homélie prononcée par père Emmanuel Gobilliard le jour de l'Annonciation le 25 mars 2010



Homélie prononcée par père Emmanuel Gobilliard le jour de l'Annonciation le 25 mars 2010

Nous avons la grâce au Puy d’avoir un sanctuaire à saint Gabriel, un petit sanctuaire niché au creux du rocher Saint Michel et d’avoir un sanctuaire à Notre Dame de l’Annonciation nous permettant ainsi de relier symboliquement ces deux sanctuaires et de suivre ainsi le Christ dans le mystère de son Incarnation.
Nous cheminons et nous arrivons aux portes du sanctuaire qui s’ouvrent et nous entrons alors par ce petit escalier qu’une tradition a appelé « l’escalier du ventre » comme si nous étions invité dans l’intimité qui est celle de la Vierge Marie : « le roi m’a introduite dans ses appartements ». La Vierge Marie a répondu à l’appel du Seigneur, elle a été introduite dans le chœur de Dieu pour que son fils puisse y faire sa demeure et nous avons le sentiment, dans ce sanctuaire, de le vivre presque physiquement, d’ailleurs nous voyons sur le bas relief de l’autel de la Vierge une représentation de l’annonciation qui se trouve aussi sur un bas relief de la salle des états du Velay au dessus du cloitre, nous voyons aussi ici sur cette tapisserie, où à chaque fois la Vierge Marie est comme dérangée par l’ange dans son oraison, sa prière, comme si l’ange venait rompre cette intimité que la Vierge Marie a établie avec son Seigneur. Elle est dans cette intimité profonde et aujourd’hui elle nous y invite et nous verrons pourquoi.

Elle nous y invite et l’Evangile nous rappelle ce qu’est le fruit de cette intimité avec le Seigneur.


« Réjouis toi » : c’est un commandement de la joie, c’est l’action de grâce qui nait naturellement du cœur qui se tourne vers Dieu.
« Comblée de grâce » : la raison de sa joie. Le Seigneur l’emplit de lui-même, de sa plénitude.
« Le Seigneur est avec toi » « Réjouis toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». Nous avons un résumé de tout l’Evangile, un résumé de toute vie chrétienne qui tend vers la sainteté, nous avons aussi le but à atteindre, réjouis toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. Ce message est adressé à chacun de nous. Plus loin dans l’Evangile, le Seigneur nous invite à la confiance : « Ne crains pas, n’aie pas peur, je suis avec toi », fruit de cette confiance, notre vie va connaitre une réalisation inattendue qui dépasse toutes nos espérances, c’est le Seigneur qui donne une fécondité à toutes nos entreprises, nous devons avoir à cœur de les mener avec le Seigneur en lui et par lui.

Je vous ai dit tout à l’heure que la Vierge Marie nous introduisait dans son intimité et j’ai ajouté je vais vous dire pourquoi, c’est vrai que cela n’est pas naturel, on a l’impression de gêner quand on voit les scènes représentées par les artistes, on a l’impression que nous nous introduisons sans permission dans la demeure de la Vierge Marie, dans l’intimité de son cœur, dans une relation avec le Seigneur qui n’appartient qu’à elle et pourtant depuis le mystère pascal, cette intimité n’appartient plus qu’à elle et nous allons voir comment le mystère de l’Annonciation et le mystère pascal sont intimement liés. C’est ce que notre sanctuaire nous rappelle si bien lorsqu’il célèbre son jubilé, jour où le vendredi saint coïncide avec la solennité de l’Annonciation. Pour unir les deux mystères de l’Incarnation et le mystère de la Rédemption qui dans cet Evangile se font écho, l’espérance est déjà là, la résurrection est déjà présente et ce que l’ange dit à la Vierge Marie, le Seigneur va nous le dire après la résurrection dans les mêmes termes : « Réjouis toi » dit-il à la Vierge Marie, « Réjouissez-vous » dit-il aux femmes au moment de la résurrection, toujours par l’ange. Dans cet Evangile, on entend : « On l’appellera Fils de Dieu », à la croix, en notre nom à tous, le centurion, pécheur comme nous, proclame : « Cet homme est vraiment le Fils de Dieu». « Bienheureuse celle qui a cru », le Seigneur après la résurrection dira à chacun d’entres nous : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». L’écho de l’Incarnation c’est la Rédemption et cette Rédemption inclut le mystère de l’Eucharistie.


Par le mystère de l’Eucharistie par ce don immense de l’amour du Seigneur, nous allons pouvoir imiter Marie en portant le Fils de Dieu. La Vierge Marie à la croix est devenue notre mère, la mère de Dieu est devenue mère de l’Eglise prolongeant ainsi son intimité pour nous y inviter tous et pour que l’Eglise toute entière puisse participer aux mystères du Seigneur, de l’Incarnation et de la Rédemption. L’un est en vue de l’autre, les deux se répondent, ils sont en écho. 
Le très haut aujourd’hui se fait, pour reprendre un terme de la spiritualité contemporaine, le très bas.

Comment pourrions-nous être invités à le suivre s’il ne s’était d’abord pas mis à notre portée ? Le très haut se fait le plus petit ; j’ai un souvenir vague que Mère Térésa dans sa prière a demandé au Seigneur d’être la dernière et le Seigneur lui répondait : « Tu ne pourras jamais être la dernière, la place est prise », c’est lui qui se fait le dernier pour que, comme la Vierge Marie à l’Annonciation, nous n’ayons pas peur, pour que nous n’ayons pas peur de le suivre. Combien même vous vous considéreriez comme le dernier, il y en a un en dessous de vous, plus pauvre que vous, plus humble, plus humilié, plus souffrant : notre Dieu se fait le dernier pour que nous puissions monter avec lui, le Seigneur nous tend les bras, s’abaisse jusqu’à nous, jusqu’à notre misère, jusqu’à notre péché pour que nous puissions vivre en lui avec lui par lui. 


La miséricorde du Seigneur c’est le Christ lui-même, la miséricorde du Seigneur c’est cette action de Dieu qui vient épouser notre humanité, blessée par la souffrance et le péché, pour l’attirer jusqu’à lui. La véritable miséricorde ne s’arrête pas au pardon, elle trouve son achèvement dans la résurrection. La véritable miséricorde c’est que les hommes pécheurs que nous sommes vont devenir fils dans le fils. Aujourd’hui, dans le mystère de l’Incarnation, il nous ouvre déjà les portes de la vie éternelle.


 Rendons grâce au Seigneur pour le don inestimable qu’il nous a fait dans la personne de la Vierge Marie qui l’accueille en notre nom à tous, figure et modèle de l’Eglise. 
Rendons grâce au Seigneur parce qu’il l’a choisie pour être sa mère et notre mère et demandons lui la grâce de faire comme elle, sa volonté pour être introduit dans ses appartements, dans son cœur où il n’y a que vie éternelle.


Amen 







Père Emmanuel GOBILLIARD







Maryline Reymond
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