Homélie prononcée par père Emmanuel le dimanche 14 février



A la différence de saint Matthieu, saint Luc, dans l’évangile que nous venons d’entendre met dans la bouche de Jésus, nous seulement les célèbres béatitudes, leurs opposés. Jésus va prévoir le malheur pour certains. Ce texte peut nous étonner, voire nous choquer pour deux raisons : 
           -comment Dieu qui est amour et qui veut le bonheur de ses enfants peut il nous maudire ? 
            - Comment peut il considérer que ceux qui souffrent sont plus heureux qui ceux qui vont bien, lui qui n’a cessé de combattre l’injustice, de guérir les malades…


Imaginons un homme qui travaille, qui réussit et donc qui gagne de l’argent légitimement, qui a une famille unie, qui n’est pas malade, qui est admiré par ceux qui l’entourent et qui ne souffre ni de calomnie, ni d’accusations quelconques. Cette personne, c’est celle que nous voudrions être. Nous travaillons à cela d’ailleurs et nous nous le souhaitons les uns aux autres, en particulier au nouvel an : santé bonheur, prospérité. Une telle personne, nous le voyons dans la bible aussi d’ailleurs, est un idéal à atteindre. Prenez Salomon par exemple, l’homme de paix, le sage. Il a tout, et en particulier la richesse. Pourtant la bible le présente comme le plus heureux des hommes. Il jouit d’une bonne réputation, il est admiré, et pas par n’importe qui, par la reine de Saba elle-même. L’évangile d’aujourd’hui le condamne-t-il donc ? L’écriture semble se contredire aussi quand je lis chez saint Paul : » soyez toujours joyeux » alors que je lis aujourd’hui : « Malheureux vous qui riez ». Alors Dieu veut il notre bonheur ou notre malheur ?


Pour répondre à la première question, prenons la première lecture : nous sommes confrontés à la même interrogation : « Maudit soit l’homme qui met sa confiance dans un mortel. » Faut-il ne faire confiance à personne ? Il faut cependant poursuivre la citation: « Maudit soit l’homme qui met sa confiance dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair tandis que son cœur se détourne du Seigneur. » Nous pouvons à la lumière de cette lecture mieux comprendre l’évangile d’aujourd’hui. Le Seigneur nous dit : « surtout, appuyez vous sur moi, mettez dans votre vie ce qu’il y a de plus important : la foi, l’espérance et la charité. » La vraie richesse n’est pas toujours là ou nous le pensons.



Pour répondre à la deuxième interrogation, gardons en mémoire ce que nous avons peut être vu à la télévision cette semaine : le peuple Haïtien dans la joie. Le peuple haïtien qui chante et qui prie alors qu’il devrait pleurer, se lamenter et même rejeter Dieu. Combien de fois a-t-on entendu cette semaine : leurs prières ne feront pas revenir leurs morts. Cette joie était choquante pour les médias français sécularisés et sans espérance. Ceux qui n’ont pas la foi ne peuvent pas comprendre qu’ils avaient préservé l’essentiel : leur foi ! Tous ce qu’ils ont perdu, même leurs proches, ils savent, dans la foi, qu’ils les retrouveront, que l’amour ne meurt pas. Quelle espérance ! Par opposition, combien dans notre civilisation du confort ont tout ce dont ils ont besoin et plus encore, alors qu’ils demeurent tristes et sans espérance. Ils ont une tête d’enterrement alors qu’ils n’ont perdu personne.



Jésus se présente dans cet évangile se présente comme un prophète et nous savons que le prophète, Jérémie en est un bel exemple, aime prendre le contrepied de ce que vivent les gens auxquels ils s’adressent. Lorsque nous sommes dans l’opulence il dit : attention, cela ne suffit pas, cela risque de vous détourner de Dieu, donc de la joie véritable. Quand au contraire le peuple est dans l’affliction, comme lors de l’exil à Babylone, le prophète lui promet le bonheur et l’invite à l’espérance, comme si le prophète voulait rééquilibrer la situation. Ici Jésus fait de même. Il dit : « hélas vous les riches » Cette expression d’ailleurs traduit mieux le grec que le terme « malheureux ». Jésus ici ne veut pas notre malheur, il s’attriste surtout de l’orientation que nous donnons à notre vie. Pour mieux résoudre ces apparentes contradictions, nous pouvons aussi lire le psaume :


« Heureux est l’homme …qui se plait dans la loi du Seigneur…tout ce qu’il entreprend réussira. » Cet homme prie, il aime le Seigneur, il donne du fruit en son temps et surtout il réussit. Il réussit et il est bienheureux. Ce n’est donc pas parce que nous réussissons que le Seigneur nous condamne, c’est parce que nous ne mettons pas notre foi en lui. Il y a quelque chose de plus important que notre réussite. Nous pouvons aussi souhaiter pour nous les béatitudes, mais si nous sommes déjà dans le bonheur, en demandant au Seigneur : « donne-moi la soif que je n’ai pas assez, la faim que je n’ai pas assez. Donne-moi la soif de toi, la soif d’aimer mes frères et de les servir ; alors nous pourrons reprendre cette phrase que le père Fournier nous a laissé sur le site de l’Eglise de France pour commenter l’Evangile d’aujourd’hui : " Heureux, vous qui êtes affamés, qui souffrez non du manque de pain, mais du manque de justice et de paix." Ceux qui veulent réaliser la paix dans une volonté de partage qui est issue de l'amour et la génère à son tour quand elle rejoint l'amour que Dieu nous porte. Il est Père. Nous devons le vivre comme les frères d'un même père.

" Heureux, non pas ceux qui nivellent les difficultés, mais qui résistent à toutes les puissances de division et de haines qui sont à l'œuvre dans le monde. Heureux ceux qui n'ont pas peur de se ridiculiser pour sauvegarder l'unité et qui deviennent des sources de
réconciliation et d'apaisement au cœur des inévitables tensions.

" Heureux ceux qui pleurent, ceux qui sont capables de pleurer et de se réjouir avec leurs frères. Ceux qui ne connaissent pas la sécheresse de l'indifférence et qui, avant de parler, savent poser sur tout être un regard d'amour. Ceux qui n'ont pas honte de consoler et qui s'ouvrent aux cris de leurs frères parce qu'ils ont leur cœur pour unique mesure. Ceux qui, révoltés par la douleur du monde, gardent l'
espérance au cœur de la souffrance. »


C’est le sens du carême : éprouver une insatisfaction, une soif : celle de l’amour. Amen


Père Emmanuel Gobilliard



Maryline Reymond
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