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Homélie prononcée par père Emmanuel le dimanche 18 juillet
Même si vous attendiez que je commence par commenter l’Evangile, surtout les mères de famille, je vais commencer par la deuxième lecture.
Nous entendons une phrase choquante pour certains : « Je trouve la joie dans les souffrances », mais il faut continuer : « dans les souffrances que je supporte pour vous. » La finalité est la passion. Une passion au sens d’une passion intérieure, dévorante, de l’amour que Saint Paul a pour ceux qui l’entourent, d’une charité débordante qui vient du Christ, de l’amour du Christ lui-même qui est présent dans son cœur ; cet amour même, est source de souffrance : cela s’appelle la souffrance de compassion, souffrance dans les persécutions que Saint Paul subit pendant toute sa vie apostolique, mais nous voyons que toutes ses souffrances sont orientées vers l’amour du Christ et l’amour de ses frères. La joie ne réside pas dans les souffrances mais dans la passion qui anime notre cœur, la passion pour Dieu, la passion pour les autres. Nous savons que tout amour fait souffrir mais ce que nous retenons c’est l’amour lui-même. L’amour fait souffrir parce que nous souffrons des souffrances des autres, parce que nous sommes sensibles à ce qu’ils vivent, parce que nous voulons qu’ils soient heureux, mais si c’est l’amour qui est premier et l’amour qui est dernier alors les souffrances ne sont qu’un passage et elles sont aussi le signe de cet amour. Si je n’aimais pas l’autre, je ne souffrirais pas de le voir malheureux ou de le voir souffrir. C’est la souffrance dont vit le Christ lorsqu’il est sur la croix ; cette souffrance est orientée vers notre salut et notre bonheur. Il est dévoré de passion et lorsque Saint Paul parle de la croix, du scandale de la croix, de porter sa croix, il parle toujours de l’évènement de la passion et non pas de l’objet de la torture, donc en premier lieu de celui qui est sur la croix. Saint Paul parle de l’évènement pascal, de l’amour du Christ qui a été jusqu’au bout, qui n’a pas refusé la souffrance pour nous sauver, pour nous aimer. Dans cet amour du Christ, il y a une place pour chacun de nous puisqu’il veut nous associer au mystère pascal, c’est ce que Saint Paul nous dit : « ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair pour son corps qui est l’Eglise ». Tout est accompli au mystère de la Croix, le Seigneur le dit, pourtant Saint Paul nous dit : « ce qu’il reste à accomplir ». Tout est accompli et pourtant le Seigneur veut nous faire participer à sa passion pour les hommes, quitte à souffrir. Dans un magnifique commentaire du mystère de la Croix, le pape Jean Paul II avait suggéré la participation de l’Eglise au mystère du salut en disant que, lorsque le centurion romain transperce le cœur de Jésus avec sa lance, cet évènement fait partie de la passion ; pourtant Jésus ne l’a pas souffert puisqu’il était déjà mort et donc, qui a souffert le plus de cet acte de barbarie ? C’est sa mère, la Vierge Marie. Le Pape Jean Paul II introduisait ainsi la participation de l’Eglise, dans la figure de Marie, au mystère de la croix. Dans la souffrance de la compassion, nous sommes associés à la souffrance du Christ parce qu’il nous aime parce qu’il ne veut rien faire sans nous et qu’il a besoin de nous pour que nous transmettions son amour, pour que nous en vivions. C’est à la lumière de cette lecture de Saint Paul que nous pouvons commenter l’Evangile d’aujourd’hui. Evidement Jésus ne condamne pas le service, lui qui est venu servir et donner sa vie. Ce qu’il va condamner chez cette pauvre Marthe, c’est qu’elle est accaparée par les multiples occupations du service. Si notre service n’est pas finalisé par l’amour, on est accaparé ; les multiples occupations du service doivent être finalisées par la rencontre. Lorsque vous recevez des amis, ce que les amis attendent en premier lieu, ce n’est pas d’abord un bon repas, c’est d’abord votre présence, votre amitié, c’est la discussion qui va suivre, c’est la rencontre qui est toujours première même si le bon diner ne vient rien gâcher à cette rencontre mais ce que les convives attendent de vous, c’est que vous soyez présents. C’est ce que Jésus reproche à Marthe : elle est tellement accaparée par le service, qu’elle est absente. Finalement c’est aussi une façon de dire à Marthe : « je t’aime et tu as du prix à mes yeux ». En fait, Jésus dit à Marthe : « Ce que tu es, est pour moi plus important que ce que tu fais », quelle belle révélation dans un monde où nous voulons toujours faire plus, construire, faire des multitudes d’activités, pour que nous oubliions qui nous sommes, pour que nous nous évadions. Le Seigneur nous dit à chacun de nous : « ce que tu es, est beaucoup plus important que ce que tu fais, tu es mon ami et si tu es mon ami, la première chose que j’attends de toi c’est que tu sois présent à moi comme je suis présent à toi ». Il y a une priorité même si les deux ne s’opposent pas et cette priorité c’est l’amour du Seigneur. C’est une vérité spirituelle très importante, que nous ne pouvons donner que ce que nous avons reçu. Le Seigneur nous invite à recevoir de son cœur transpercé, à recevoir son amour, à recevoir son esprit de service pour que nous puissions agir en lui, par lui, avec lui et si nous agissons ainsi, il n’y aura pas de retour sur nous-mêmes. C’est aussi ce que Jésus reproche à Marthe : il y a un retour sur elle-même et sur ce qu’elle fait car Marthe réagit : « Seigneur, cela ne te fait rien ? », elle est tellement accaparée par le service qu’elle ne voit que ce qu’elle fait. Lorsque nous sommes mus par l’amour du Seigneur, lorsque nous sommes finalisés par la rencontre, nous sommes tournés vers celui que nous aimons plus que sur nous même. Quelle délivrance de ne plus être tournés sur nous-mêmes mais vers celui que nous aimons. Toutes les souffrances disparaissent dans l’amour. Le Seigneur nous invite à choisir la meilleure part et il nous dit que la meilleure part, c’est d’abord de recevoir avant de donner, recevoir de lui la force de donner, recevoir son amour et sa grâce pour que nous puissions servir avec son cœur ; alors nous recevrons beaucoup, nous serons tournés vers celui que nous aimons mais nous donnerons beaucoup plus à ceux qui nous accueillent parce que la finalité, et c’est le sens de toute évangélisation, ce n’est pas d’attirer à soi mais d’attirer au Christ, parce que moi-même je ne peux pas sauver ceux qui m’entourent, je peux les aimer, les aider, les servir mais je ne peux pas les sauver. Le seul qui puisse les sauver, c’est Dieu lui-même, le Christ Jésus venu pour nous servir et nous sauver. Alors la véritable évangélisation, c’est de renvoyer vers le Christ et de finaliser le service, les souffrances ; c’est de tout orienter vers l’amour de celui dont l’amour est infini, qui ne nous décevra jamais et qui finalement nous sauvera du péché et de la mort par son amour infini qui nous est donné jusque dans la souffrance, sur la croix. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Maryline Reymond
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HOMELIE DU 22 JANVIER 2012, 3ème dimanche du temps ordinaire par le Père Roland Bresson

