Homélie prononcée par père Florent de Rugy, le dimanche 18 septembre, 25ème dimanche ordinaire



Homélie prononcée par père Florent de Rugy, le dimanche 18 septembre, 25ème dimanche ordinaire
Dans la liturgie, des trésors nous sont donnés. Aujourd’hui n’ayons pas peur de l’extraordinaire, saint Paul parle :
 
« En effet pour moi, vivre c’est le Christ et mourir est un avantage ».
 
Ne partons pas d’ici sans avoir retenu ses paroles de Paul. « Mourir est un avantage. » Nous allons comprendre ce que dit saint Paul.
Saint Paul ne parle pas d’euthanasie, il ne dit pas qu’il faut mettre fin à ses jours ou à ceux d’autrui, Paul n’est ni suicidaire ni criminel. Il parle de lui. « Pour moi, dit-il, vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage. » il ne s’arrête pas, il poursuit : « Mais si en vivant dans ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : - et voilà ce qui nous intéresse- je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurez en ce monde est encore plus nécessaire. »
 
Donc, pourquoi saint Paul dit : « Pour moi vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage » ? Parce que, ce qu’il recherche dans sa vie, c’est d’être avec le Christ, « car c’est bien cela le meilleur » ; et si mourir lui permet d’entrer dans une communion plus grande avec le Christ, alors la mort, qui ne manquera pas d’arriver, est un avantage. Je repense au texte de Paul dans la première épître au Corinthiens, chapitre XIII : « parmi les dons de Dieu vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur », puis il ajoute : « S’il me manque l’amour, je ne suis rien » ; c’est un passage que l’on aime bien lire pour les mariages. Nous voyons que Paul recherche toujours ce qu’il y a de meilleur. Parmi les dons de Dieu, ce qu’il y a de meilleur, ce qu’il y a de plus grand, c’est l’amour, la charité. Nous savons par saint Jean que « Dieu est Amour ». Donc ce qu’il y a de meilleur c’est le Christ, qui est l’amour et qui donne l’amour. Voilà ce que veut Paul. Je vous propose de prendre cela comme programme, de chercher ce qu’il y a de meilleur, de chercher le Christ, pour être avec lui. Ce matin nous sommes là pour cela, alors profitons-en.
 
C’est ce que va nous rappeler Jésus dans l’Évangile mais que n’ont pas bien compris les ouvriers de la première heure.
« Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce moi, je suis bon ? » Qu’y a-t-il de mauvais dans leur regard ? Les ouvriers de la première heure oublient que leur salaire est juste, ils oublient leur relation avec le maître et ils oublient que finalement le maître leur dit : « Mon ami ». Les ouvriers ne voient plus ce qu’est le meilleur pour eux ; le meilleur pour eux, ce n’est pas de toucher une pièce d’argent comme salaire, déjà cela est bien et juste, le meilleur pour eux c’est d’être à la vigne du maître donc d’être avec le maître. Voilà ce qui est le meilleur et que le maître propose à tous les autres. « Pourquoi êtes-vous restés là ? Ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a embauchés. » « Il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. »Il leur dit travaillez à ma vigne, c’est-à-dire aussi soyez avec moi, et, je vous donnerai ce qui est juste, c’est-à-dire je vous donnerai un salaire et aussi je vous appellerai ami. On comprend alors le sens de ce que Jésus dit : « Mon ami, je ne te fais aucun tort ». Nous sommes souvent devant cette difficulté : nous entendons le message du Christ, il nous appelle ami, mais souvent cela reste au niveau du message et cela a du mal a passé dans notre vie ; nous n’entrons pas vraiment en relation avec notre Maître, le Christ, nous sommes arrêtés par exemple par la jalousie ou la comparaison. Nous comprenons mieux le chemin à parcourir pour que nous puissions dire avec saint Paul « Mourir est un avantage », attention Paul ne termine pas comme cela, il conclut en disant : « Quant à vous, menez une vie digne de l’Evangile du Christ ». Il fait bien cette distinction entre là où il en est et ce qu’il propose, marcher sur ce chemin pour être avec le Christ.
 
C’est dans la première lecture que nous trouvons une clé qui va nous permettre d’accepter la conversion de notre cœur pour reconnaître le Christ, sa présence, pour savoir le chercher, pour être avec lui. C’est Isaïe qui parle : « Chercher le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche ».  Tant qu’il se laisse trouver, c’est pour nous. Tant que nous sommes dans la situation où nous pouvons le trouver, le chercher, si nous attendons trop, cela deviendra de plus en plus difficile. Il existe une autre traduction, chercher le Seigneur puisqu’il se laisse trouver ; du côté de Dieu, Dieu se laisse toujours trouver. Ce qui va nous arrêter, c’est ceci : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur ». Si on fait comme les ouvriers de la première heure, on regarde selon une logique humaine, on regarde son porte monnaie et on pense, selon cette logique, que l’on aurait dû avoir plus. Si nous fonctionnons selon cette logique, nous nous trompons parce que nous nous sommes plus dans la logique de la pensée de Dieu. Nous ne regardons plus les choses de manière pleinement humaine car cette manière n’est pas non plus divine et nous n’avons plus ce regard qui nous permet de nous élever à ce qui est invisible. Tout à l’heure nous allons voir le Christ dans l’Eucharistie mais sous les espèces du pain et du vin donc ce sera plus difficile que l’image que nous voudrions nous faire de cet homme qui est le Christ, de l’image que nous reconstituons à partir des récits de l’Evangile, à partir d’une œuvre d’art, à partir de ce que nous comprenons.
 
Aujourd’hui le Seigneur nous donne une petite leçon pour notre vie intérieure pour que nous puissions avancer, pour que nous ayons un moteur intérieur, pour que l’amour du Christ soit dans notre cœur, pour que nous puissions être avec lui.  Et, pour être avec lui, il nous invite à regarder comme lui regarde pour voir aussi ce qui est invisible. Le Seigneur nous alerte en même temps sur les obstacles qui nous empêchent de nous approcher de lui : le fait de rester sur nos manières de penser et, plus particulièrement, la jalousie et la comparaison. Ces obstacles coupent notre relation avec notre Maître, jusqu’à nous faire oublier d’entretenir cette relation.
 
Saint Paul, par sa phrase « Pour moi vivre c’est le Christ », nous rappelle ce sur quoi nous devons toujours veiller, cette relation avec le Christ. Elle va nous permettre de regarder avec lui et de ne jamais oublier que ce que le Seigneur veut : que nous soyons avec lui pour qu’il puisse nous appeler, « mon ami ».
 
 
 
Père Florent de Rugy


Maryline Reymond
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