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L'aspersionLe rite de l'eau béniteNous prenons en ce moment le rite de l'aspersion en rite pénitentiel les dimanches qui précèdent l'Avent. Pourquoi ce rite ? Non seulement le Missel Romain nous le propose, mais les prières de bénédictions sont une véritable catéchèse, capables de redonner un sens au simple sacramental par lequel nous nous signons au bénitier en entrant dans une église :Les prières de bénédiction
« Dieu éternel et tout-puissant, tu as donné aux hommes l'eau qui les fait vivre et les purifie ; tu veux aussi qu'elle puisse laver nos âmes et nous apporter le don de la vie éternelle ; daigne bénir cette eau, pour que nous en recevions des forces en ce jour qui t'est consacré. Par cette eau, renouvelle en nous la source vive de ta grâce, défends-nous contre tout mal de l'âme et du corps ; nous pourrons alors nous approcher de toi avec un cœur pu et profiter pleinement du salut que tu nous donnes… ». Le texte de la bénédiction, comme on peut l'entendre, est magnifique. On ajoute à ce rite, celui du sel, ce sel « que tu as toi-même créé. Jadis, tu as ordonné au prophète Elisée d'en jeter dans les eaux pour qu'elles n'engendrent plus la mort. Permets, Seigneur, qu'en tout lieu où l'on répandra l'eau que nous allons mêler de sel, la présence de ton Esprit éloigne l'Adversaire et nous protège continuellement. »
Signification du rite
Mgr Le Gall explique le rite : « Le mot latin aspersio vient du verbe ad-spargere « répandre vers ou sur ». L'aspersion est donc l'action de répandre un liquide ou de la poussière sur quelque chose ou sur quelqu'un. Dans la liturgie, l'aspersion consiste habituellement à projeter de l'eau sur des personnes ou sur des objets, en signe de purification. L'aspersion principale est celle du baptême : par trois fois, l'on verse de l'eau sur la tête de celui que l'on baptise ; c'est la façon la plus habituelle de baptiser — on dit aussi « infusion » (voir ce mot) —, bien que le baptême par immersion soit plus ancien et plus significatif. Le geste implique à la fois le fait d'être lavé et le fait de recevoir un principe vital, celui de la vie divine. Toute aspersion comporte ce double effet, négatif et positif. Au cœur de la Vigile pascale, après la rénovation des promesses du baptême, le célébrant asperge solennellement l'assemblée « en souvenir du baptême ». Un rite analogue peut être accompli chaque dimanche au début de la messe (chant de l'Asperges me). Quand on se signe soi-même en prenant de l'eau bénite, on appelle sur soi une plus grande libération du mal et une nouvelle effusion de grâce divine. Les rites d'aspersion, qui sont nombreux dans la célébration des sacramentaux, ont la même signification : ils visent à éliminer des objets que l'on veut bénir toute contagion du mal et à les rendre aptes à toute œuvre bonne. »
Pénitence et Vie Nouvelle
Si le rite de l'eau bénite renvoie directement au baptême en Temps Pascal, la liturgie semble insister plus sur le caractère pénitentiel en Temps Ordinaire. En effet, le Temps pascal célèbre cette vie nouvelle que nous recevons du cœur transpercé du Christ d'où jaillit l'eau vive (le baptême est bien une nouvelle naissance). On chante alors le Vidi aquam : « J'ai vu l'eau vive jaillissant du cœur du Christ ! ».
Tandis qu'au Temps Ordinaire, on chante le Psaume 50, le miserere, attribué à David pleurant son grand péché, après qu'il eût pris la femme d'Ourias le Hittite, et qu'il ait fait assassiner ce dernier pour dissimuler son adultère. Dans ce psaume, au verset 9, on dit : « purifie-moi », en latin, « asperges me », d'où le nom du rite : « asperges ». A la Cathédrale
Nous avons choisi de faire ce rite en plein Temps Ordinaire, à une période de l'année liturgique où les textes de la Parole de Dieu parlent beaucoup du retour du Christ (épîtres et évangiles à forte tonalité eschatologique), car de même que Jean-Baptiste a préparé la venue du Christ par le rite du baptême, de même nous voulons préparer son retour par ce qui nous rappelle notre baptême.
Pour aller un peu plus loin…
St Thomas dit que ce rite est là pour « exciter quelque mouvement de révérence envers Dieu et les choses divines »; En effet, le fait de pratiquer occasionnellement ce rite, alors qu'un simple kyrie suffirait, nous réveille dans l'action que Dieu fait à ce moment là et nous donne une lumière nouvelle sur la démarche pénitentielle. « Purifie-moi, Seigneur, de mon péché, je serai net, lave-moi… » chantons-nous à ce moment-là… Ah, oui, j'ai besoin d'être purifié, d'être lavé, car le péché a sali mon âme. Et pour ne pas trop cérébraliser cette prise de conscience, l'eau qui me mouille au passage du prêtre me fait toucher physiquement cette nécessité spirituelle, car c'est le propre du sacramentel de rendre visible les choses invisibles, de révéler les choses spirituelles par des signes sensibles. Et ça mouille ! Aussi, j'en viens à « détester » ce qui me salit, mon péché, et à me tourner avec plus d'amour vers Dieu.
St Thomas ajoute : « Ces rites inclinent l'âme à un mouvement de pénitence qui est une détestation implicite ou explicite des péchés véniels ». Mais, précise-t-il : « La dette de peine est remise en proportion de la ferveur plus ou moins grande de l'élan vers Dieu que ces rites peuvent provoquer. » (Somme Théologique, III Qu.87 a.3). Autrement dit, ce rite nous purifie de ces petits péchés quotidiens qui risquent d'être une inclination à des péchés plus importants. Mais il ne remplace pas le sacrement de réconciliation qui seul peut nous faire goûter la miséricorde de Dieu qui nous relève quand nous ne nous sommes pas seulement écorchés, mais que nous sommes vraiment tombés. De plus, l'efficacité de l'asperges du dimanche sera proportionnelle à la ferveur avec laquelle nous vivrons ce geste. Si on n'y fait pas attention, si on banalise le geste sans même plus le prier, la purification ne peut aller jusqu'au bout. Mais si tout notre cœur rejoint la prière du psalmiste qui crie vers Dieu, conscient de sa très grande faute, de sa misère et de la nécessité pour lui de l'intervention du Sauveur, alors, oui, Dieu agira avec force à travers ce sacramental. Alors, puissions-nous vivre avec intensité le signe de l'eau afin que la vie du Christ nous prenne tout entier et nous inonde de joie ! Les serviteurs de la liturgie | A l'écoute de la liturgie | Autres services liturgiques |
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