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LES COLONNES DE PORPHYRE DE LA CATHEDRALE DU PUY

Pèlerin, touriste et même habitué de Notre-Dame du Puy, avons-nous remarqué les deux colonnes de pierre pourpre (porphyre) qui encadrent « la porte d'orée » de la cathédrale, cette grille en partie moyenâgeuse qui précède la récente porte de bronze donnant accès à l'ultime volée d'escalier qui surgit dans la nef du sanctuaire marial ?



LES COLONNES DE PORPHYRE DE LA CATHEDRALE DU PUY
Celle de gauche a fière allure même si de loin sa verticalité paraît peu assurée. Celle de droite fut brisée puis réparée ; sa partie inférieure, disparue, est noyée dans un mortier qui assure sa jonction à la base qui la supporte.
Le Porphyre (du grec, pourpre) C'est une roche d'une extrême dureté extraite durant les Ier – Ve siècles après Jésus-Christ seulement, dans une unique carrière égyptienne, sous le contrôle et pour l'usage exclusif des empereurs romains, et dont l'extraction était confiée exclusivement à l'expertise de légions romaines. La situation de la carrière entre 1000 et 1500 mètres d'altitude, les 200 kilomètres de désert à parcourir en charrois tirés par des bœufs, le difficile transport des blocs sur le Nil, le transbordement sur des vaisseaux qui devaient traverser la méditerranée jusqu'à Ostie, le second transport fluvial jusqu'à Rome et la taille extrêmement longue et délicate du matériau, constituaient un véritable « travail de romain » et augmentaient vertigineusement le prix des sculptures en porphyre.
On transformait les blocs en colonnes monumentales (et monolithes : d'une seule pièce) pour temples et monuments, ou en « rotæ » décoratives pour les pavements des basiliques impériales, en énormes baignoires décoratives pour les thermes, en sarcophages impériaux. La salle où accouchaient les impératrices de Byzance était tapissée de placages de porphyre. On en faisait parfois aussi des urnes funéraires dont la finesse et la légèreté sont étonnantes eu égard à la dureté du matériau et au fait qu'aujourd'hui on est incapable de déterminer et d'employer une technique pour reproduire de telles œuvres d'art (on pense que les colonnes –dépassant parfois 6 mètres et plusieurs tonnes– étaient obtenues par tournage !). Toutes ces sculptures étaient destinées à marquer la puissance personnelle et la divinité de l'empereur ou de la fonction impériale. Ce matériau tirait son prestige non seulement de son prix et de sa dureté comparable à celle de l'acier mais aussi de sa couleur qui était celle de la pourpre, couleur emblématique et quasi divine des empereurs. En dépit de la célébrité de cette matière, du fait que la dispersion des sculptures en porphyre a été relativement large après le Ve siècle puis la chute de l'empire romain, c'est un matériau rarissime.


LES COLONNES DE PORPHYRE DE LA CATHEDRALE DU PUY
Comment donc de telles colonnes, ont-elles pu venir en Velay pour y magnifier l'entrée principale de la Cathédrale du Puy ? comment le sanctuaire d'Anis, si éloigné de Rome a-t-il pu honorer la Reine du monde d'un tel impérial parvis ?
M. Philippe Malgouyres, conservateur au département des objets d'art du musée du Louvre, auteur d'un article sur le sujet dans la livraison 2006 des Cahiers de la Haute-Loire, propose une piste intéressante et argumentée pour résoudre cette énigme qui garde toujours une part de son secret. La découverte récente de morceaux de porphyre dans les fouilles du baptistère lèvera-t-elle l'énigme ?
Porphyre et christianisme
Après la Paix constantinienne, les nouvelles basiliques chrétiennes et plus tard les demeures papales se parèrent des sculptures de porphyre données par l'empereur ou arrachées aux monuments païens. Les colonnes soutinrent les ciboriums au dessus des autels, les baignoires devinrent des baptistères ou encore des reliquaires pour les corps des plus célèbres martyrs ou docteurs de l'Eglise, les ambons furent décorés de mosaïques où les débris de porphyre rehaussaient de rouge le pupitre où l'on chantait l'Evangile, et le chandelier où brillait le cierge pascal…
Porphyre et pèlerinage
M. Malgouyres pense que c'est le pape Calixte II, au XIIe siècle, qui offrit les deux colonnes du Puy. Ce XIIe siècle est un âge d'or : reconstruction de la cathédrale devenue trop petite pour accueillir les pèlerins, visites empressées des rois. Il y avait peu alors que l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, avait guidé au nom du pape l'une des deux expéditions de la première croisade. Deux conciles s'étaient tenus au Puy, plusieurs papes viennent alors en pèlerins, dont notre Calixte II. Léon IX résume bien le regard de la chrétienté d'alors sur le pèlerinage du Puy de Notre-Dame :  « le culte plus spécial et plus filial de respect, d'amour et de vénération est rendu par les fidèles de la Gaule entière dans cette église du Mont-Anis ».
Porphyre et ex voto
Calixte II est connu à Rome pour avoir fait grand usage du porphyre dans les chantiers qu'il organisait. A l'époque : Venise reçoit des colonnes de porphyre pour la basilique saint Marc, de même Pépin le bref s'en était vu offrir par le pape. Ainsi l'Eglise du Puy pourrait avoir reçu de Calixte II, pèlerin, nos deux colonnes en hommage à la Mère de Dieu « filialement et amoureusement vénérée » en son sanctuaire d'Anis.
La présence exceptionnelle des colonnes de porphyre reste hautement symbolique malgré leur discrétion dans la douce pénombre de l'espace qu'elles occupent au seuil de l'entrée et au delà de l'énigme de leur venue ici.
- Elles seraient données par un Pape. Elles symbolisent alors la joie de l'Eglise qui authentifie le culte spécial rendu ici, culte filial de respect, d'amour et de vénération envers la Vierge Marie.
- Elles ont une valeur exceptionnelle de symbole de l'empire reconnu désormais au Christ et à sa Mère. Elles nous invitent alors à ne pas entrer ici sans le désir d'adorer le Sauveur et de proclamer « bienheureuse » la Servante du Seigneur.
- Leur couleur pourpre est celle des vêtements qui passèrent dans l'iconographie, des empereurs au Christ : il n'est qu'à contempler le magnifique Christ reliquaire de saint Michel d'Aiguilhe, pour remarquer la même couleur pourpre de son vêtement. La matière pourpre des colonnes  faitt repasser alors sur nos lèvres la profession de foi du Credo : « Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils Unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, Vrai Dieu, né du Vrai Dieu… »
- Cette même couleur fut associée au Moyen-Age au sang du sacrifice du Christ sur la croix. Les colonnes sont alors présentes pour nous annoncer le Sacrement du corps et du sang du Christ qui est célébré quotidiennement dans la cathédrale.
- Le Moyen-Age encore, dans son goût pour les reliques, considéra plusieurs urnes de porphyre comme celles des noces de Cana et ce dans différentes cathédrales d'Europe. La pierre rouge des colonnes de porphyre, couleur de vin, continue de nous y faire penser : aux noces de Cana, en présence de Marie, le Vin de l'Alliance Nouvelle commença à jaillir.
Et c'est encore à ces noces que Marie prononça une parole de feu. Une parole qui  nous saisira quand nous auront passé entre les colonnes de porphyre, quand nous auront gravi les dernières marches de l'escalier, un peu plus haut, quand nous verrons  la statue de Notre-Dame du Puy qui nous présentera son Fils à accueillir et qu'elle semblera nous dire : « Faites tout ce qu'il vous dira ».


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