La liturgie, rencontre de l'époux et de l'épouse

L’époux et l’épouse dans l’enseignement de Jean-Paul II,
fondement anthropologique d’une réflexion sur la place de la femme dans la liturgie.



Voici un sujet sur lequel je pourrais parler pendant une semaine !

Les 3 grandes parties :

1)                 L’alliance dans l’Ancien Testament

2)                 L’alliance dans le Nouveau Testament

3)                 L’alliance sacramentelle




I-                   L’alliance dans l’Ancien Testament




Cf. Enseignement JPII dans catéchèse du mercredi dans années 81 (sujet ancien chez lui, cf. Gaudium et spes) : Point de départ : la Genèse. L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dans le chapitre 1 (le plus récent), suite de 6 jours, pour arriver à la création de l’homme. Première question, celle de l’image et de la ressemblance.

On a beaucoup insisté sur la dimension spirituelle qui fait l’image de Dieu. Le Pape nuance cette théorie. Si l’homme a été créé corps et âme, c’est toute la personne humaine qui doit ressembler à Dieu, dans toutes ses dimensions. On verra cela dans ce qu’on appellera l’intégration de l’amour. Autrefois, l’âme faisait la ressemblance avec Dieu. Corps, lieu de toutes les basses passions de la terre, le péché. Problème par rapport à la dimension sexuelle. L’homme et la femme s’ouvrent à la relation des corps, parce qu’ils y sont « obligés ». Jean-Paul II va mettre en lumière la dimension sexuée de l’amour humain.

La pape souligne le fait que pour la 1ère fois, Dieu parle au pluriel, En hébreu le nous de majesté n’existe pas. La notion de pluriel dans l’hébreu a donc quelque chose de particulier. « Faisons l’homme à notre image… ». Dieu se présente déjà comme une communion d’amour, 1ère trace d’une manifestation de la Trinité. Et c’est justement au moment de la création de l’homme et la femme qu’il veut exprimer cette dimension communion d’amour et cette dimension plurielle en Dieu.

Jean-Paul II aux séminaristes : « Quand j’étais au séminaire j’ai appris que Dieu était Trinité, c’est-à-dire le Père se donne infiniment au Fils, le Fils qui se reçoit totalement du Père, dans une communion d’amour qui fait jaillir un 3ème, égal en dignité aux deux premiers, donc Dieu lui-même, l’Esprit Saint… Quand je vois dans la création un homme qui aime sa femme du mieux qu’il peut, et qui se donne à elle, et la femme qui se reçoit de lui et aime du mieux qu’elle peut, et cet amour est si fort et si puissant qu’il est fécond et fait naître un troisième, égal en dignité aux deux premiers… ». Donc pour le pape Jean-Paul II, la ressemblance à Dieu doit être plurielle puisque Dieu est pluriel. Elle ne peut-être dans la solitude. L’homme et la femme ressemblent d’autant plus à Dieu qu’ils sont pluriels et donc différenciés et unis. L’image de Dieu dans l’homme et la femme est dans un amour qui se donne et cet amour est nécessairement fécond. La dimension nuptiale est présente dans le cœur de Dieu depuis toujours et dans le récit de la création depuis la création de l’homme et la femme.

On peut poursuivre, dans la genèse, au chapitre 18, l’apparition au Chêne de Mambré… On passe sans cesse du singulier au pluriel et du pluriel au singulier : 3 hommes (plur), Monseigneur (sing), ils lui demandèrent (plur) « Où est Sarah ta femme ? » Autrement dit « Moi, je suis 3, toi tu es tout seul, on ne peut pas… où est ta femme ? Voilà ta femme, vous êtes deux, mais nous sommes 3… l’an prochain vous serez trois, Vous aurez réalisé l’image de Dieu. Vous nous ressemblerez.» L’image la plus parfaite de Dieu c’est le couple homme et la femme qui vivent une fécondité dans une qualité d’amour. Question : Mais qu’en est-il pour nous qui avons choisi le célibat. L’image de Dieu c’est qu’à partir du moment où j’aime et je me donne il y a une fécondité.




II-                L’alliance dans le Nouveau Testament

Dans la deuxième alliance : la figure de Jean-Baptiste, présenté comme l’ami de l’époux. Jean-Baptiste baptise, Jésus arrive. « Voici celui dont je ne suis pas digne de délier la courroie des sandales ». On entre dans une dimension nuptiale. Possession : La loi du lévirat faisait que le frère du défunt était tenu d’épouser la femme de son frère, pour des questions d’unité du patrimoine familial (échange de propriété). 40 jours du deuil, à la suite de quoi liturgie matrimoniale le beau-frère allait chez son frère en grande cérémonie. Sa belle-sœur ouvrait. Si elle acceptait de le recevoir comme mari elle se courbait pour lui délier la courroie de ses sandales… sinon elle lui crachait au visage. (cf. Gn 38, Dt 4,5, Ruth 4, et dans la littérature rabbinique). En disant cette phrase, Jean-Baptiste se met dans cette dimension nuptiale. Qui joue de rôle de quoi ? Jean-Baptiste se présente du côté de la femme mais indigne. Ce n’est pas lui qui va délier la courroie. Il n’est pas l’épouse véritable. « Vous me prenez pour l’élu, mais je ne le suis pas. En revanche, celui qui vient c’est lui l’époux ». C’est le nouvel époux puisqu’on passe à un nouveau type d’alliance (il ne s’agit pas d’un deuil). Mais alors, qui est l’épouse ? A la lumière de l’Ancien Testament qui présente Israël comme l’épouse, Jean-Baptiste, par cette parole, semble vouloir dire « l’épouse c’est vous », le peuple d’Israël.

Cf. Jean 3 : « Nul ne peut rien s’attribuer qui ne lui soit donné du ciel. Vous-même vous m’êtes témoin que j’ai dit : je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant lui. Qui a l’épouse est l’époux, mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui entend est ravi de joie à la voix de l’époux. Voilà ma joie elle est maintenant parfaite. » Cf. Les mariages américains où le garçon d’honneur est l’ami des époux et celui qui les a fait se rencontrer.




III-             L’alliance sacramentelle :

L’alliance sacramentelle est nuptiale par la parole du Christ dans la question du jeûne. « Tant que l’époux est parmi vous… ». L’époux enlevé c’est la période dans laquelle nous sommes, après la Pentecôte.

De nombreux textes parlent de la liturgie comme rencontre de l’époux et de l’épouse, mais c’est très insistant dans la liturgie de Paul VI. Dans la liturgie de Saint Pie V, dans le contexte de la création des séminaires, de la structuration de la messe, selon une règle, où on refond tout dans la règle, la formation, etc… on insiste surtout sur la dimension sacrificielle. Avec la liturgie de Paul VI, la liturgie, tout en restant sacrificielle, met en valeur la dimension nuptiale.

La célébration de l’Eucharistie, le prêtre représente l’époux et l’assemblée représente l’épouse. Le prêtre e fait est des deux côtés.

Dialogue de l’époux et de l’épouse :

1-                            Le prêtre est face au peuple. L’époux est face à son épouse, pour instaurer un dialogue. Ça ne veut pas dire qu’il est dos à Dieu. Dieu est présent dans l’autel. Nous sommes face a un époux parfait.

2-                            1er dialogue : la demande de pardon, préliminaire au dialogue.

3-                            Chant de l’épouse (gloria), où on se réjouit

4-                            Dialogue, parole de l’époux : 1ère lecture

5-                            Réponse : psaume responsorial. (La 2ème lecture le dimanche a une raison pédagogique et d’enseignement)

6-                            L’évangile : expérience de la vie commune de l’époux et de l’épouse. L’époux était parmi nous, vie commune a été instaurée, culminant dans le mystère pascal. Dialogue pas seulement verbal mais qui s’est fait dans la vie.

7-                            Union des corps : la communion. D’abord dans le cœur. Petit à petit l’assemblée apprend à se donner toute entière. L’union des cœurs précède l’union des corps avec la Prière Eucharistique où on associe toute l’humanité, où on la présente, elle qui est l’épouse.

8-                            Per Ipsum : Unité retrouvée de l’humanité, corps total du Christ est présenté au Père. L’unité est nécessaire pour que l’offrande soit totale.

9-                            Ite missa est : « Allez dans la paix du Christ », c’est « missus », envoyé. Voilà la fécondité. S’exprime par le témoignage, la vie quotidienne. Mission d’être le levain dans la pâte.




Tous les sacrements ont cette dimension nuptiale : étape pénitentielle, dialogue, geste qui est geste d’amour.

Dans la liturgie, cela se concrétise par des gestes proprement féminins pour l’assemblée, et par des gestes proprement masculins à l’autel. A la cathédrale on chante le psaume à partir de l’assemblée (et non à l’ambon), ainsi que la prière universelle dite face au chœur. Elle s’adresse à Dieu et vient du cœur de l’épouse.

 

Conclusion :


C’est normal que tout cela s’exprime dans la liturgie. La réflexion autour du dialogue entre l’époux et l’épouse trouve son fondement dans l’Ecriture, en Dieu, ce que nous révèle Jean-Paul II.

Notre travail à nous c’est de voir comment intégrer dans la liturgie toutes ces dimensions. L’erreur serait dans l’indifférenciation : croire que la femme peut faire tout ce que l’homme fait, et inversement. Ce peut-être vrai dans certains domaines, c’est rarement vrai symboliquement. Or la liturgie est le lieu de l’expression symbolique d’un mystère qui nous dépasse.

Cela implique un travail du côté de l’homme, du prêtre, qui aura tendance à tout vouloir faire : l’homme orchestre ! Mais aussi du côté de la femme. Ça demande de retrouver cette richesse de la différence au-delà des blessures. Si la liturgie devient le lieu de l’expression de toutes les blessures, ou des vengeances, le lieu d’une expression un peu trop dialectique… ça ne va jamais fonctionner ! Très important pour notre vie chrétienne qui est un prolongement de la vie liturgique.

Notion de pudeur est réaliste. Elle est expression de honte quand l’autre essaie de me posséder. Mais aussi réaction positive… Sentiment dans ce qu’il a de réaliser et dont la finalité est d’entrer en communion. Etre attentif dans la liturgie : « est-ce que j’utilise l’autre ? », service trop servile qui pourrait les faire réagir à juste titre.


Maryline Reymond
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