Le 2 novembre, allons-nous en rester au niveau du pot de chrysanthème ?

Cette année, le 2 novembre tombe un dimanche. Mais la mémoire de la Résurrection de notre Sauveur va "s'éclipser" si j'ose dire pour nous permettre de prier pour nos chers disparus... Cela est-il donc si imortant pour que le Seigneur accepte de laisser passer nos défunts devant sa Résurrection ? Oui, la prière pour les défunts est nécessaire. Prier, faire dire une messe pour eux, voilà le témoignage de notre affection qui ne passe pas. A ce sujet voici quelques pistes de réflexion, données par le P Bresson lors d'une homélie...



Le 2 novembre, allons-nous en rester au niveau du pot de chrysanthème ?
« Catholiques, en cette période où les défunts sont rappelés à notre souvenir, allons-nous nous réduire à la posture des visiteurs de cimetières, allons-nous en rester au niveau du pot de chrysanthème ? » C’est ainsi que s’exprimait Mgr Vingt-Trois, le 2 novembre 2006 durant la messe pour les défunts du congrès de la nouvelle évangélisation à Bruxelles. Je voudrai, en ce premier dimanche de novembre, que nous nous laissions interpeler par cette question. Mgr Vingt-Trois poursuivait à peu près ainsi : « Catholiques, nous ne parlons pas aujourd’hui d’une vie après la mort, parce que nous aurions eu une révélation extraordinaire, ou bien parce que nous serions pétris d’une autre pâte humaine, mais nous parlons parce que nous possédons cette certitude particulière qu’est la foi au Christ ressuscité »
Méditons sur la valeur de ce jour des défunts que nous célébrons le 2 novembre et aussi plus généralement sur la valeur de la prière pour les morts et la valeur plus grande encore des messes que nous offrons et célébrons pour les défunts.


Le 2 novembre, allons-nous en rester au niveau du pot de chrysanthème ?
Quelle est l’origine de ce jour de prière du 2 novembre ?

C’est Saint Odilon qui a diffusé ce jour de prière du 2 novembre pour les défunts. Odilon de Mercœur est un grand saint de l’an mil, né à Saint Cirgues, dans notre diocèse, à 45 minutes d’ici en voiture. Il fut chanoine de cette cathédrale avant de devenir chanoine de Brioude, moine puis abbé de Cluny, et conseiller des papes et des grands de son époque, promoteur de la paix de Dieu, de la vie monastique et de la prière pour les défunts.

Savez-vous que le jour du deux novembre, comme durant les seules nuit et journée de Noël, tout prêtre peut célébrer trois fois la messe. Cet usage ancien a été universalisé par Benoît XV en 1915 pour deux raisons dont celle qui consistait à prier plus instamment pour les victimes de la guerre de 14 dont le nombre commençait déjà à consterner le Pape.

Qu’a voulu faire l’Eglise, en couronnant l’initiative de Saint Odilon ? que veut-elle nous faire faire en favorisant la célébration de l’Eucharistie pour les défunts ?

            Par le choix d’Odilon : le lendemain de la Toussaint pour faire mémoire des défunts, l’Église veut nous dire d’abord, que notre destinée c’est la sainteté qui consiste dans le bonheur du ciel. Ne soyons pas des parvenus d’un petit-bonheur-la-chance, au jour le jour… Désirons voir Dieu. A la fin de notre vie, serons-nous contents de ce que nous aurons fait en matière de réussite sociale ou matérielle, où désirerons-nous que Jésus nous dise ce qu’il a dit dans l’Évangile d’aujourd’hui : Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Pas de vrai bonheur, si à la fin, ce bonheur a une fin… Les saints n’ont pas toujours bien commencé mais ils ont tous bien fini. Ils ont reçu ce bonheur sans fin, alors l’Eglise ne peut être en repos lorsqu’elle constate ou qu’elle pense que certains de ses enfants sont mort alors qu’ils n’étaient qu’en chemin, qu’ils ne désiraient pas généreusement ce bonheur, que leurs actes pardonnés par le sacrement ou pas, entachent  encore leur âme, la rendent encore réfractaire au don que Dieu veut leur faire en plénitude.

L’Eglise comprend, à la lumière de l’Ancien Testament, du deuxième livre des Maccabées, que Dieu a voulu le purgatoire. Est-ce un lieu ? un temps ? non. C’est bien difficile pour nous qui vivons forcément dans un lieu donné, et durant un temps donné, de nous imaginer cet état de l’âme du défunt qui est mort alors qu’il ne désirait pas assez le bonheur que Dieu ne veut que lui accorder, où l’âme du défunt qui a agit contre l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Ici, rappelons-nous que nous avons une certitude : Dieu n’est qu’amour, il ne veut que partager son bonheur, c’est cela la « certitude particulière puisée dans la foi au Christ ressuscité » dont parlait Mgr Vingt-Trois. Ne disons pas : après la mort, Dieu décide et distribue selon une volonté restrictive ! non car Jésus a dit : La volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donné. Nous sommes sûrs de la volonté de Dieu, mais sommes-nous sûrs de la volonté humaine en réponse ??? Alors nous prions non pas pour que Dieu change d’avis sur nos défunts car il les attire tous, nous prions pour que Dieu les attire et ainsi leur accorde la purification complète de leur désir de l’aimer sans aucune retenue. C’est là qu’il faudrait parler de l’enfer : l’état possible des âmes des défunts qui auraient refusé avec un ferme propos le bonheur de Dieu. Que l’enfer existe, c’est certain, car Dieu ne veut forcer personne à l’aimer, qu’il y ait quelqu’un dedans hors mis Satan et ses anges, nous n’en savons rien.

Le 2 novembre, allons-nous en rester au niveau du pot de chrysanthème ?
L’Eglise nous invite donc à dépasser le niveau du pot de Chrysanthème. Elle respecte cette trace de Dieu dans l’homme qui le pousse à entourer le corps de ses défunts de respect et de rites, qui le pousse à l’ensevelir par exemple. Jésus lui-même a laissé son corps entre les mains de Joseph d’Arimathie et de ces compagnons pour être mis dans un linceul, déposé dans un tombeau. Comme il est frappant de voir que Jésus est rencontré ressuscité par des femmes qui venaient lui rendre de justes devoirs de piété envers un défunt. C’est comme s’il venait nous dire : non, n’en restez pas aux aromates et aux chrysanthèmes, pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? 

            Mais alors, que pouvons-nous faire pour les défunts ? j’ai déjà dit que face à notre incertitude finale sur leur amour sans retenue de Dieu, comme un réflexe nous crions vers lui : Requiem æternam dona eis Domine : Donne-leur le repos éternel (il semble que cela devienne à la mode de parler latin !). Nous pouvons faire plusieurs choses. Je commence par les moins connues : nous pouvons accomplir pour notre prochain des actes de charité envers le prochain (évangile de ce jour) en les offrant à Dieu pour les défunts. Nous pouvons, pendant le Jubilé on l’a fait, accomplir pour eux des démarches de foi, leur donner l’indulgence jubilaire, ou bien telle ou telle indulgence plus ordinaire. Ce n’est pas nouveau, saint Paul parle d’un certain baptême (sans doute à la manière du baptême de saint Jean-Baptiste) que les chrétiens recevaient pour les morts. Nous pouvons faire un don à telle où telle œuvre en mémoire d’un défunt et pour continuer son action ou bien réparer, tant que faire se peut, ses fautes, ses erreurs. Voilà déjà des choses concrêtes.

Mais comme le disait S. J M Vianney : « toutes les bonne œuvres réunies n’équivalent pas au sacrifice de la messe parce qu’elles sont les œuvres des hommes, et la Sainte Messe, l’œuvre de Dieu : elle est le sacrifice que Dieu fait aux hommes de son Corps et de son Sang. »  Je voudrais, pour expliquer la valeur de l’Eucharistie pour les défunts, spécialement à l’intention des plus jeunes à qui on ne l’explique pas souvent, commenter un petit paragraphe du catéchisme universel :

L’Eucharistie est le cœur de la réalité pascale de la mort chrétienne.

La Mort de Jésus ressemble à notre mort : il est mort, il s’est fait mortel  comme  nous ,  il  a  assumé notre  mort,  il  n’a  pas  cherché  à échapper à notre mort. MAIS il est ressuscité, et notre résurrection ressemblera à la sienne, il nous a sauvé de la mort en passant par la mort : là où passe la tête, le corps suivra…

C’est lors de la célébration de l’Eucharistie que l’Église exprime sa communion efficace avec le défunt : offrant au Père, dans l’Esprit Saint, le sacrifice de la mort et de la résurrection du Christ, elle lui demande que son enfant soit purifié de ses péchés et des ses conséquences et qu’il soit admis à la plénitude pascale de la table du Royaume.

En célébrant la messe pour un défunt, en offrant une messe pour un défunt ou pour des défunts, nous offrons et célébrons ce qu’il y a de plus beau, nous nous unissons à ce que Jésus a fait sur le Calvaire : voici mon sang versé pour vous et pour la multitude. Cette puissance d’amour et de pardon que Dieu déploie dans l’offrande du Christ : cette purification du péché et de ses conséquences, nous lui demandons de la mettre en œuvre pour tel ou tel de nos défunts. Bien sûr une seule goutte du sang du Christ suffit à sauver l’humanité, en tous lieu et en tout temps, mais nous ne sommes que des humains : nous sommes d’un lieu et d’une époque, alors Jésus nous a dit : faites cela en mémoire de moi. Nous te rendons grâce, Seigneur Jésus, parce que tu a voulu non seulement assumer toutes nos agonies au jardin des oliviers et toutes nos morts sur le Calvaire, mais tu a voulu qu’en tout lieu et à toutes les époques désormais on puisse bâtir un autel où ton sacrifice est rendu présent pour notre bonheur et pour la rémission des péchés !

C’est par l’Eucharistie ainsi célébrée que la communauté des fidèles, spécialement la famille du défunt, apprend à vivre en communion avec celui qui « s’est endormi dans le Seigneur », en communiant au Corps du Christ dont il est membre vivant et en priant ensuite pour lui et avec lui.


Quelle belle conclusion. Non, n’en restons pas au niveau du pot de Chrysanthème ! Nous avons un trésor : l’Eucharistie qui nous met en communion avec le Christ, le Christ qui attire à lui tous les morts, et donc qui nous met en communion spirituelle et sacramentelle avec eux. Ne les cherchons pas seulement dans des évocations touchantes et d’une certaine utilité, dans des rappels de ce qui est mort en eux : des photos, des lieux, des tombeaux… mais dans ce qui est leur être le plus réel, leur âme vivante dont prennent soin les anges de Dieu, qu’appellent de leurs prières les saints du paradis, que rachète le Christ dans son offrande eucharistique.


P Rolland Bresson



Les serviteurs de la liturgie | A l'écoute de la liturgie | Autres services liturgiques