.../...D'abord il s'agit de marcher. Cela vous paraît une évidence surtout pour vous qui avez fait le chemin. Je voudrais quand même rappeler que la foi chrétienne vient, dans ses origines, de l'Ancien Testament. Or le premier mot de Dieu adressé à un humain historiquement envisageable, Abraham, est: « Va quitte ton pays et pars». Il rejoint cette expression du Christ «Lève-toi et marche». Mais alors que la formule du Christ «Lève-toi et marche)) consistait à rendre un homme à sa pleine stature d'humanité, que très vraisemblablement le miraculé est resté parmi les siens sans forcément dépasser les limites de son village, Abraham, nous le savons, a entrepris, lui, une migration particulièrement longue puisqu'elle allait du Sud de l'Irak et, suivant le croissant fertile, remontait le long
des fleuves avant de redescendre par Damas jusque le long du Jourdain. Des milliers de kilomètres. Or, premier point intéressant, cette migration d'Abraham n'est pas une errance. Cela vous paraît clair, encore faut-il insister sur ce qui caractérise le nomadisme en contradiction avec l'errance.
Le nomadisme est un déplacement soigneusement jalonné qui va de puits en puits, de pacage en pacage, à des époques à peu près déterminées et selon des rites immuables. Il existe des routes de nomades, analogues aux routes de pèlerins. Car, alors que l'errance peut nous emmener n'importe où, aller sans but (c'est la définition même de l'errance), le nomade sait où aller. Alors que le migrant, et nous le voyons encore dans nos pays, n'a pas nécessairement un but déterminé, le nomade, lui, sait où il va. Imaginez en effet un nomade qui ne sache où aller, il se livrerait à la mort. La fixité des itinéraires, à des époques qui ne possédaient pas nos moyens de communication ni nos facilités de déplacement, était une condition indispensable à la survie. S'écarter d'un chemin était risqué, risquer de perdre la route d'un puits donc de mourir. S'écarter d'un chemin introduisait dans l'inconnu. L'inconnu n'est pas simplement un pays géographiquement blanc, l'inconnu est un pays non humanisé. Il est le chaos.../...