Le Chemin...une marche d'humanité (extrait d'une conférence de Mgr Albert ROUET )

Monseigneur Albert ROUET, Archevêque de Poitiers a donné cette conférence le samedi 1er février 2003 lors d'une réunion organisée par l'Association des Amis de St-Jacques de la Vienne.
Nous en publions des extraits ci dessous...



Marcher n'est pas errer

La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers est de style gothique angevin
La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers est de style gothique angevin
.../...D'abord il s'agit de marcher. Cela vous paraît une évidence surtout pour vous qui avez fait le chemin. Je voudrais quand même rappeler que la foi chrétienne vient, dans ses origines, de l'Ancien Testament. Or le premier mot de Dieu adressé à un humain historiquement envisageable, Abraham, est: « Va quitte ton pays et pars». Il rejoint cette expression du Christ «Lève-toi et marche». Mais alors que la formule du Christ «Lève-toi et marche)) consistait à rendre un homme à sa pleine stature d'humanité, que très vraisemblablement le miraculé est resté parmi les siens sans forcément dépasser les limites de son village, Abraham, nous le savons, a entrepris, lui, une migration particulièrement longue puisqu'elle allait du Sud de l'Irak et, suivant le croissant fertile, remontait le long
des fleuves avant de redescendre par Damas jusque le long du Jourdain. Des milliers de kilomètres. Or, premier point intéressant, cette migration d'Abraham n'est pas une errance. Cela vous paraît clair, encore faut-il insister sur ce qui caractérise le nomadisme en contradiction avec l'errance.

Le nomadisme est un déplacement soigneusement jalonné qui va de puits en puits, de pacage en pacage, à des époques à peu près déterminées et selon des rites immuables. Il existe des routes de nomades, analogues aux routes de pèlerins. Car, alors que l'errance peut nous emmener n'importe où, aller sans but (c'est la définition même de l'errance), le nomade sait où aller. Alors que le migrant, et nous le voyons encore dans nos pays, n'a pas nécessairement un but déterminé, le nomade, lui, sait où il va. Imaginez en effet un nomade qui ne sache où aller, il se livrerait à la mort. La fixité des itinéraires, à des époques qui ne possédaient pas nos moyens de communication ni nos facilités de déplacement, était une condition indispensable à la survie. S'écarter d'un chemin était risqué, risquer de perdre la route d'un puits donc de mourir. S'écarter d'un chemin introduisait dans l'inconnu. L'inconnu n'est pas simplement un pays géographiquement blanc, l'inconnu est un pays non humanisé. Il est le chaos.../...

Résidence et marche

Le Chemin...une marche d'humanité (extrait d'une conférence de Mgr Albert ROUET )
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Je viens de dire que marcher conduit vers un endroit connu. Il s'agit d'aller dans des endroits «ad [oca», dans des lieux bien définis. Je voudrais maintenant vous rendre sensibles à d'autres paradoxes.
Le premier étant que l'on ne marche pas n'importe où et que cette marche est soigneusement réglée.
L'autre paradoxe est que résidence et pèlerinage, résidence et marche vont de pair.../...

Petit détail, un "manant" ne désigne pas "quelqu'un qui traîne là, un être quelconque". Le manant est celui qui ne bouge pas, qui a de quoi rester sur place, parce qu'il a sur sa terre de quoi vivre. Le verbe latin qui fonde ce mot est manere qui veut dire:
rester, demeurer. Le manant est, à cette époque, quelqu'un qui a les ressources suffisantes pour vivre installé chez lui.
A ce moment-là qui est un moment de grande sédentarisation, nous avons le même second  mouvement qu'au Iyème siècle, un mouvement de déplacement interne. Les moines continuent à défricher les forêts, à faire des clairières, ou comme on dit dans le pays des "coutures" (comme Couture d'Argenson), donc installer de très grands domaines. C'est la grande époque où se développe Cîteaux et le courant cistercien. C'est le moment où vont reprendre avec une très grande activité les pèlerinages atteignant toute la chrétienté du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest.... /...

Pèlerinage et Présence

Le Chemin...une marche d'humanité (extrait d'une conférence de Mgr Albert ROUET )
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Quand on regarde dans la foi chrétienne le contenu des pèlerinages on s'aperçoit qu'il est double.
Il est d'abord «Ad sancta». «Ad sancta» veut dire mot à mot: "vers les choses saintes". Quelles sont ces choses saintes? Ce sont les reliques. Le pèlerin va d'église en église, parce qu'elles sont riches en reliques....
Aller vers ces reliques, c'est aller vers une présence. On s'en va en pèlerinage pour être présent à quelqu'un, pour bénéficier de la présence de quelqu'un. C'est une rencontre entre un homme qui vit à telle époque et qui s'en va voir, c'est une visitation, quelqu'un, un saint, dont les restes, les reliques, même minuscules, reposent là, au siège de son influence et de son intercession. Ce n'est qu'en fonction de cette présence au saint qu'il résulte très rapidement, par voie de conséquence, une présence à  soi-même.
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le pèlerinage devient le contraire du déplacement, car vous ne partez pas en transportant partout vos problèmes qui restent les mêmes quels que soient les lieux de résidence; vous partez pour vous retrouver. Donc vous partez pour vous défaire de tout ce qui vous empêche d'être réellement  vous-même et conforme à votre propre conception de l'existence.

.../... un troisième paradoxe dans le pèlerinage: il est, pourrait-on dire sans excès, une présence sous forme d'absence. Présence à soi mais il faut se rendre absent à tout ce qui nous entrave et nous  attache là où l'on est, pour trouver la présence à un autre ou une autre présence à soi.
Dans un pèlerinage chrétien (cela suppose que l'on se démette de soi dans les deux cas), ce qui fait le lien entre présence et absence est évidemment le thème de la pauvreté. De la pauvreté jusqu'à en souffrir, pensez à vos pieds .
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Retrouvez et téléchargez le texte complet de la conférence sur :

http://www.webcompostella.com/docs/st Jacques de compostelle.pdf

Retrouvez l'homélie de Monseigneur ROUET sur le thème du pèlerinage en Terre Sainte :

Le pèlerinage : une démarche d'humanité

Jean-Marc Lucien
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