Hôtes de pèlerins et de marcheurs se croyant pèlerins, nous ne cessons de nous étonner devant les formes multiples que prennent leurs pérégrinations. Si chacun, on le comprend aisément, ne peut disposer du temps nécessaire pour effectuer l’intégralité du trajet jusqu’au sanctuaire, le modèle référentiel reste de partir de chez soi, de manière non motorisée, pour gagner Compostelle d’une traite.
Si le nombre de tronçonneurs est en augmentation (surtout les tronçonneuses !), on constate des trajets plus courts (crise économique ?) et souvent dans le désordre : on « fait » l’Espagne, puis un morceau en France que l’on complète l’année suivante par un « Le Puy-Conques » parce que c’ est très joli ! La dynamique du pèlerinage en est bouleversée, comme si les marcheurs en avaient perdu le sens, croyant, peut-être, qu’il suffit de marcher sur le sentier de Saint Jacques GR65 pour être vraiment pèlerins. L’utilisation de véhicules motorisés, pour le transport des personnes ou des bagages par des sociétés commerciales et la pratique des réservations d’hébergement compromettent quelque peu la fraternité pèlerine.
Il ne s’agit pas, évidemment, d’établir des classements bien illusoires entre randonneurs et pèlerins, mais de constater un certain appauvrissement du sens du pèlerinage chrétien, de son esprit de simplicité et de sa tension continue d’espérance du sanctuaire.
A force de rabâcher à l’envi que « l’important c’est le chemin », on en perd l’orientation spirituelle en estompant le but en faveur du moyen : en d’autres termes, il apparaît plus plaisant de profiter du chemin que d’espérer des fruits de sa rencontre avec Saint Jacques. Cet hédonisme bien peu spirituel, aboutit à nier le sanctuaire et les grâces que l’on y obtient à s’y rendre en esprit de foi.
S’il existe bien des manières d’arpenter le chemin de Saint Jacques, presque toutes bénéfiques, l’expérience des siècles passés nous révèle avec constance les extraordinaires dons reçus par un cheminement de pèlerin authentique : là, il s’agit d’une rencontre de foi avec un apôtre du Christ, témoin de sa résurrection, qui peut nous obtenir l’aide et la miséricorde de Dieu.
L’Année Sainte nous a rappelé que ce chemin de sainteté offert par l’Eglise catholique était source de grande joie pour ceux qui y recherchaient l’espérance du Salut : tant qu’il y aura des pèlerins !...
.../...