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Nouvelles de l'arrivée et de la vie à Madagascar de père Emmanuel Gobilliard Ce pays est absolument somptueux. Vu d’avion –puisque mon premier contact avec Madagascar s’est établit ainsi- on y voit une terre rouge mais fertile et irriguée par de grands fleuves boueux entourés de rizières. Ce qui frappe, vu du ciel c’est la quasi absence de voitures et le faible nombre de routes. On n’y distingue aucune activité économique, aucun bateau sur l’océan, aucun immeuble dans les villes, mais beaucoup de personnes, qui ne cessent de marcher. Une fois au sol, à Tananarive, la vie est beaucoup plus foisonnante : peu de véhicules à moteur mais un pullulement de pousse-pousse et toujours des gens qui marchent en transportant quantité de sacs dans les bras et de paniers sur la tête. Dans la ville, la pauvreté est saisissante et omniprésente. Les femmes en guenilles sont entourées d’une quantité d’enfants qui se précipitent sur vous pour vous soutirer quelques ariary, comme partout ailleurs dans les pays les moins riches. Ici 50% de la population a moins de 15 ans ! La campagne est tellement plus paisible et reposante ! Les enfants sont tout aussi nombreux et comme en ville ils se précipitent sur vous mais pour vous saluer, jouer avec vous ou vous chanter une chanson. Mon trajet entre la capitale et Tanjomoha a été long mais plus agréable que je ne l’avais imaginé tant la campagne est belle. Nous nous sommes arrêtés à Fianarantsoa pour dormir chez les Lazaristes où nous a accueillis, entre autres, monseigneur Zevako, ancien évêque de fort Dauphin, un homme dont on doit se souvenir longtemps tellement il transpire la bonté et la chaleur humaine. La deuxième partie du trajet nous a fait descendre des hauts plateaux jusqu’à la côte par une route sinueuse mais d’une rare beauté. Nous avons traversé la forêt primaire, longé de belles gorges très encaissées et baignées par de bouillonnantes rivières. Malheureusement, pendant tout le trajet nous avons vu la forêt brûler. C’est une catastrophe pour le pays qui risque, si personne n’intervient, de se transformer en un immense désert qui affamera encore plus sa population. Les habitants pratiquent encore le brulis pour récupérer un peu de terre arable. Sauver la forêt malgache est très important, non pas seulement pour préserver la nature mais pour sauver les habitants qui ne se rendent pas compte qu’ils se détruisent eux-mêmes en agissant ainsi. Ils veulent obtenir des gains rapides sans penser au lendemain. Ils agissent de même avec les rizières qu’ils transforment en fabriques artisanales de briques. La brique se vent plus cher que le riz, mais une fois que la terre a été utilisée pour la brique la qualité de la terre se dégrade fortement et la production de riz l’année suivante diminue ; alors les familles qui ont fait ce choix s’enfoncent davantage dans la pauvreté. L’arrivée à Tanjomoha du père Emeric a été triomphale. L’accueil se poursuit encore d’ailleurs puisque les gens continuent de se succéder pour venir le saluer et lui raconter comment se sont passés les trois mois d’hiver pendant lesquels il était en France et en été. Ici on chante, on prie et on rit toute la journée. Cela ne les empêche pas de travailler dur, au contraire. C’est la cour des miracles, puisqu’ils sont tous handicapés, mais ils semblent tellement heureux de leur sort qu’on se prend parfois à les envier. Il ya deux jours, nous avons organisé notre premier grand match de football. Mon vis-à-vis dans l’équipe adverse n’avait qu’une jambe et une béquille. Cela ne l’a pas empêché de me dribler allègrement et de pratiquer régulièrement de miraculeux retournés acrobatiques qui m’ont laissé sans réaction. Tiens ! une poule est en train de me picorer la chaussure pendant que j’écris ! La vie ici est simple et pauvre mais le confort ne me manque absolument pas, au contraire, notre vie moderne génère souvent de l’inquiétude et contribue à tout sauf à notre repos. La preuve ? J’ai retrouvé un sommeil de bébé ! Certes il faut aimer la compagnie de certains petits animaux dont le seul qui soit dangereux pour l’homme est le moustique et le seul qui soit dangereux pour les livres est le rat. La journée commence avec la messe à 6 heures suivie du petit déjeuner. A 7 heure : rééducation que je pratique aussi en alternance avec le footing. Je suis le seul de la région à pratiquer ce sport mais tant pis. Au moins cela fait beaucoup rire les gens que je croise. D’ailleurs ce matin, à l’aller ils me disaient : « bonjour monsieur » et au retour «Acoury Abe Monpera » (ça va mon père) le temps qu’ils réalisent que le fou qu’ils avaient vu était celui qui concélébrait à la messe du matin. C’est le plus beau parcours de cross que j’ai pratiqué dans ma vie. Il domine sur une dizaine de kilomètres une grande vallée remplie de bananiers, de rizières et d’arbres du voyageur. Il se poursuit jusqu’à l’océan que nous avons rejoint en vélo trois jours plus tard, avec Théophane, le coopérant fidesco du foyer. Trois jours après mon arrivée je suis allé à Nohona, dans un des villages de rejetés. J’ai été accueilli comme un frère pour un repas qui a fait automatiquement de moi un rejeté. Depuis que le père Carme, fondateur du foyer de Tanjomoha a passé trois ans parmi eux et leur a réappris à vivre, ils ont retrouvés une dignité et une fierté qui fait plaisir à voir. Ils sont même devenus -ce qui est un comble !-des exemples pour les villages voisins : ils ont désormais d’excellents résultats aux examens scolaires, ils sont travailleurs et développent donc convenablement leur village. Ils sont, par ailleurs, de plus en plus aimés. Je pense que d’ici quelques années, le père Carme aura réussi son pari : la malédiction stupide qui les frappe aura disparue. Pour en arriver là ils ont, grâce à leur foi profonde, retrouvé une unité et une dignité : celle d’être aimé de Dieu. Ils ont compris qu’ils étaient aimés de Dieu lorsque le père Carme, représentant du Christ est venu partager leur vie. Le témoignage avait succédé aux mots. Petit à petit ils ont interdit, dans le village, l’alcool qui était devenu un fléau dans lequel ils se réfugiaient pour supporter leur exclusion. Aujourd’hui ce fléau touche gravement les autres villages qui régressent et regardent avec envie ceux qui ont réussi à s’en sortir. La messe dans le village était un moment merveilleux. Tout le monde y participe, évidemment, et l’enfant de chœur, un homme d’une cinquantaine d’année, est le roi du village. Il montre ainsi que tout roi qu’il est, il est au service de Dieu. Leur façon de prier est un enchantement. Ils ne cessent de chanter, de danser mais sans aucun excès. Tout est à la fois beau, digne et profondément vivant…parce que leur foi est vivante. Pour eux Dieu est une évidence. Il est leur ami et leur sauveur…dès maintenant. Leur charité est également frappante à Nohona comme à Tanjomoha. Ils prennent le temps de parler avec vous-même si vous ne savez baragouiner que quelques mots de Malgache. Chaque personne ici est un professeur de malgache potentiel qui se fait une devoir de vous apprendre quelques mots avant de vous quitter en vous complimentant sur vos remarquables progrès. D’ailleurs, pour l’instant l’apprentissage se fait relativement rapidement même si cette langue est vraiment très difficile. Tout est inversé par rapport à nous parce que leur façon d’être et de penser est à l’opposé de la nôtre. Et qui plus est, c’est une langue asiatique, « malayo-polynésienne occidentale » pour être exact, comme le Javanais, l’Indonésien et le Malais. Je suis ainsi entouré de pleins de petits africains qui semblent parler chinois. L’effet est surprenant ! Selon l’Evêque de Faranfangana, leur culture et leur mentalité sont également asiatiques, comme le paysage d’ailleurs. J’ai l’impression d’être au Cambodge : les fleuves, les rizières, les zébus, les maisons sur pilotis, tout y est, même les quelques bribes de français qu’ils prononcent difficilement. (si le père Bruno choisit de venir me rendre visite il ne sera pas dépaysé !) Le week-end de mon arrivée nous avons eu la fête patronale (Saint Vincent de Paul). La messe était très belle et très longue…surtout vers la fin : 21minutes d’annonces par le président de la paroisse ! Que ceux qui se plaignent de mes 3 minutes d’annonces à la Cathédrale se méfient, je peux tirer profit de mon passage ici ! L’après-midi était consacré aux danses, aux chants et aux petites pièces de théâtre. La semaine suivante, rebelote : c’était dans la paroisse voisine la célébration des 100 ans de l’installation des lazaristes et l’anniversaire d’ordination d’un prêtre originaire de la paroisse. A chaque fois j’ai été présenté et chaleureusement applaudi. J’ai reçu en cadeau de bienvenu une magnifique aube brodée. J’ai également eu la joie de rencontrer ici Théophane, un coopérant fidesco qui vient d’arriver pour une année. Il est le neveu de Gonzague, Renaud, Régis et Bérengère qui ont marqué mes années de scoutisme à la période difficile de l’adolescence et qui ont peut être une part de responsabilité dans ma vocation. Il est fait du même bois qu’eux. Nous devrions donc bien nous entendre. Je suis content de cette mission même si la rencontre avec les malades n’est pas facile. Il faut se contenter de quelques mots, de quelques gestes et d’une prière…et ne pas avoir l’air d’être gêné par l’odeur et l’état sanitaire des personnes. J’ai déjà rencontré l’évêque de Farafangana (le diocèse où je me trouve) puisque c’est lui qui m’a conduit en voiture jusqu’au séminaire d’où j’écris la fin de ce texte. La difficulté est de restaurer au plus vite les bâtiments et en même temps de prévoir une présence religieuse pour l’accompagnement des malades. Je pense que le choix d’une communauté religieuse devrait se faire rapidement. Pour l’aspect financier, nous avons eu la visite providentielle, une semaine après mon arrivée d’un groupe d’Anglais et d’Irlandais qui ont accepté de visiter le lieu ; Ils ont été tellement choqués qu’ils ont accepté de financer une partie des travaux. La totalité des travaux est estimée à environ 50 000€. C’est exorbitant ici mais c’est une broutille pour la France où l’on sait dépenser des millions d’euros pour des lieux qui ne servent à rien. Ici il s’agit d’un hôpital ! Si cela donne des idées à certains, ils peuvent envoyer un mail au père Emeric (tanjomoha@yahoo.fr ) qui les consulte plus régulièrement. L’autre partie de ma mission devrait concerner le séminaire de Fianarantsoa où je vais donner trois cours : théologie morale, Foi et raison et le sacrement du Pardon. Je donnerai mes cours de façon intensive lors des quatre séjours que j’y ferai (15 jours tous les deux mois jusqu’en Juin). J’espère pouvoir vous donner d’autres nouvelles lors de mon prochain passage au séminaire, début décembre. Je pense bien à vous tous et je prie pour vous. Père Emmanuel Gobilliard PS : Théophane, le coopérant a ouvert une page facebook consacrée au foyer de Tanjomoha. Elle devrait être gérée par un couple d’anciens coopérants depuis Paris. Son nom est « Foyer de Tanjomoha ». Si vous avez l’habitude de communiquer par ce moyen, vous y trouverez des photos du foyer. Demandez-le comme ami et suggérez-le à vos amis. Le but est de créer un gros réseau social de soutiens potentiels au foyer. Les aides ici sont vitales puisque nous nourrissons plus d’un millier de personnes et nous en hébergeons environs 500. Peut être que certains ont déjà été contactés. Théophane est allé piocher parmi les amis de la page de la Cathédrale du Puy. Merci. Maryline Reymond
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