PRESENTATION DE LA SEMAINE SAINTE



PRESENTATION DE LA SEMAINE SAINTE

Pendant la Semaine Sainte, l’Eglise célèbre les mystères du salut accomplis par le Christ les derniers jours de sa vie terrestre, à partir de son entrée messianique à Jérusalem. Ces quelques jours entre les Rameaux et Pâques sont appelés en Orient « la Grande Semaine ». La Tradition rappelle que « ce saint Triduum est celui de la crucifixion, de l’ensevelissement et de la résurrection du Christ » (Saint Augustin). Chaque événement du Triduum a pour nous une résonance eucharistique quotidienne car la Cène du Jeudi Saint « contient » la Croix (acte unique anticipé) et la Messe (action rituelle éternellement renouvelable sur l’ordre du Christ). Nous sommes ainsi mystérieusement présents à chaque eucharistie au dernier repas du Christ, au pied de sa croix et à l’entrée du tombeau vide. A partir du Triduum Pascal, comme de sa source de lumière, le temps nouveau de la Résurrection emplit toute l’année liturgique de sa clarté (Catéchisme n°1168). « La Semaine Sainte ne peut donc pas être  une parenthèse sacrée dans le contexte d’une vie mue exclusivement par des intérêts humains ; elle doit être une occasion de pénétrer dans la profondeur de l’amour de Dieu, pour pouvoir ainsi, par notre parole et par nos œuvres, le montrer aux hommes » (Saint Josémaria Escriva).

Forts de notre longue marche quadragésimale vécue comme une ascension, poussés et accompagnés par l’Esprit de notre Baptême et de notre Confirmation, nous devons aborder ces quelques heures de la vie du Christ (qui remplissent à elles seules le quart des récits évangéliques) comme le sommet de notre année liturgique, temps de grâces et de bienfaits accordés par le Seigneur, à la manière de l’Eucharistie, source et sommet de notre vie chrétienne (Vatican II).




Depuis les premiers siècles, l’Eglise nourrit abondamment les fidèles d’intenses célébrations pendant les jours saints. Un certain nombre de pieux exercices (processions, Via Crucis, Via Matris, adoration…) aident les fidèles à mieux apprécier les actions liturgiques. S’il fallait choisir, l’action liturgique devra toujours conserver la priorité : le vendredi saint, la participation à l’office de la Passion prime fondamentalement sur le chemin de croix ou sur la neuvaine de la Miséricorde.






La confession pascale est un élément fondamental de notre démarche de Semaine Sainte. L’Eglise demande depuis 1215 à tous ses membres ayant atteint l’âge de raison, une confession annuelle et cette exigence fait encore partie de ses commandements (Catéchisme n°2042). C’est un rendez-vous avec la Miséricorde qui doit être préparé soigneusement dans un esprit de liberté filiale. Cette rencontre avec le Christ sera fructueuse dans la mesure de cette préparation intérieure, en évitant à la fois une comptabilité scrupuleuse des fautes et une énonciation vague de manquements trop généraux. Elle ne peut être un acte formel ou pire un chapelet inaudible de péchés non commis ponctué d’accusations aussi vastes qu’imprécises : ce type de démarche a pour seul effet d’user les confesseurs. Une telle rencontre se prépare dans le silence par un examen de conscience précis. Elle est un tête-à-tête avec le Christ où celui-ci nous demande : « M’aimes-tu ? » Notre réponse est celle de Pierre (Jn 21, 15-17), elle porte la douleur de l’offense faite à Dieu, la soif de pardon et la volonté du repentir.

Tout chrétien peut examiner depuis sa dernière confession ses fautes par rapport aux Commandements de Dieu et de l’Eglise mais aussi les sept péchés capitaux. Il relit également sa vie dans un triple rapport, à Dieu, aux autres et à lui même. Il peut rendre grâce pour ses progrès spirituels et moraux dans certains domaines de sa vie ou découvrir des fautes nouvelles ou qu’il ne considérait pas comme telles. Mettre sur le papier les principaux points de l’aveu n’a rien d’infantile, au contraire, cela évite les omissions et permet une première expression du péché. Un grand maître comme saint Ignace de Loyola le recommandait affirmant que « l’on se convertit en écrivant ». Il en va de ce sacrement de guérison comme d’un remède régulier : un regard quotidien, lucide et courageux de la journée écoulée –examen de conscience du soir- constitue la meilleure préparation, même lointaine, à la confession, acte d’amour inouï où le Christ en croix déverse sa grâce sur l’homme pécheur.

Il ne peut s’agir seulement de remplir le précepte pour « faire ses Pâques » mais de vivre ces riches heures en vérité, comme des pécheurs aimés et rachetés. C’est le sang du Christ qui lave notre âme, sang répandu depuis l’agonie, la flagellation, la couronne d’épines, la Via Dolorosa jusqu’à la croix. Le Christ se livre à ce moment-là pour notre âme et pour l’Eglise (Eph 5,25).




Cette souffrance est portée par un amour personnel qui dépasse notre entendement : « Jésus a aimé beaucoup plus encore qu’il n’a souffert » (Saint Alphonse de Liguori). Notre rencontre avec sa miséricorde devra trouver sa place au début de la Semaine Sainte afin d’être en état objectif de recevoir la grâce de chaque jour du Triduum : nous ne sommes ni esclave ni mercenaire mais fils. La confession est un acte filial de retour au Père par l’offrande du Fils sous la motion de l’Esprit afin d’être « comblé de la grâce que tu réserves à tes fils » (Première Préface de Carême). Elle est celle de l’amour fragile et blessant à l’Amour infini et blessé. A certains égards, la qualité spirituelle de notre Semaine Sainte, par là même de toute notre année liturgique, dépend dans une large mesure de la profondeur de notre confession.




PRESENTATION DE LA SEMAINE SAINTE

La participation à la Messe Chrismale (célébrée le Jeudi Saint mais souvent anticipée à un autre jour pour des raisons pastorales) est un évènement largement inusité par les fidèles : elle est pourtant un moment fondamental de la vie de l’Eglise. Au seuil du Triduum, elle voit se rassembler tout le presbyterium d’un diocèse autour de son évêque.




Par sa Préface (Première Préface de l’Eucharistie), elle est une méditation sur le sacerdoce ministériel « C’est lui, le Christ,[...] qui choisit, dans son amour pour ses frères, ceux qui, recevant l’imposition des mains, auront part à son ministère. Ils offrent en son nom l’unique sacrifice du salut à la table du banquet pascal ; ils ont à se dévouer au service de ton peuple pour le nourrir de ta Parole et le faire vivre de tes sacrements ; ils seront de vrais témoins de la foi et de la charité, prêts à donner leur vie comme le Christ pour leurs frères et pour toi ». Ce don fait à des hommes choisis et configurés au Christ s’exprime par le renouvellement des promesses sacerdotales autour de l’évêque : « Cette liturgie tournée vers la vie interne, vers le coeur de l'Eglise, rappelle que le coeur de l'Eglise est traversé par le don que le Christ fait de son Eglise au monde » (Mgr Albert Rouet, Poitiers). Elle réaffirme la vocation sacramentelle de l’Eglise par la bénédiction des huiles (le saint-chrême pour le baptême, la confirmation et l’ordination, l’huile des malades pour le sacrement des malades et l’huile des catéchumènes) : « Il s'agit de la fête du Peuple de Dieu, qui fixe aujourd'hui son regard sur le mystère de l'onction, qui marque la vie de chaque chrétien, à partir du jour du Baptême…Ce rite suggestif tire sa lumière, pour ainsi dire, du Cénacle, c'est-à-dire du mystère du Christ-Prêtre qui, au cours de la dernière Cène, se consacre lui-même, anticipant le sacrifice sanglant du Golgotha. C'est de la Table eucharistique que descend l'onction sacrée» (Jean-Paul II en 2001). Cette Messe Chrismale manifeste ce qu’est l’Eglise tout entière réunie autour du Christ, qui se donne par les sacrements. Tout fidèle qui le peut est encouragé à y participer de par son sacerdoce baptismal.





PRESENTATION DE LA SEMAINE SAINTE

Le Jeudi Saint marque la fin du Carême et l’entrée dans le Triduum Pascal par la Messe in Cena Domini: c’est un jour de fête (on chante le Gloria lors de la Messe du soir, les ornements sont blancs ou dorés). L’Eglise célèbre l’institution par le Christ lors de son dernier repas, des sacrements de l’Ordre (Préface de la Messe Chrismale) et de l’Eucharistie (Préface de la Messe in Cena Domini) tout en mettant davantage l’accent sur le sacerdoce (la Première Communion ne peut être faite à cette occasion). Dans de nombreux presbytères, les prêtres se rassemblent pour célébrer le don reçu lors de leur ordination. Certaines paroisses organisent un repas paroissial festif. Ce fut l’occasion pour le Pape Jean-Paul II, à partir de 1979, d’envoyer à chaque prêtre, une lettre annuelle de méditation sacerdotale. Il n’est pas rare que des fidèles adressent leurs vœux à leurs pasteurs. En ce moment décisif, une prière unanime monte vers le Christ-Prêtre pour la sainteté des prêtres et l’abondance des vocations sacerdotales. L’action de grâce ne peut faire oublier le caractère éminement sacrificiel de cette Passion qui commence : déjà l’ombre de la Croix plane sur la dernière Cène (Antienne d’ouverture : « Que notre seule fierté soit la croix de notre Seigneur Jésus Christ »).

La dernière Cène de Jésus « contient » l’acte historique de la Croix qu’elle anticipe et dont la Messe sera l’action rituelle éternellement renouvelée. Par chaque Eucharistie nous sommes ainsi mystérieusement présents au dernier repas du Christ, au pied de sa croix et à l’entrée du tombeau vide. Ce mystère est si grand que nous n’aurons pas assez d’une vie pour le pénétrer et en jouir par le développement spirituel de notre vie. C’est pourquoi le Jeudi Saint est le jour par excellence où l’Église nous invite à renouveler notre ferveur eucharistique. Sans oublier, surtout en cette Année sacerdotale, de remercier le Seigneur pour le don qu’il fait à son Église du sacerdoce qui rend possible la permanence de la Présence réelle, sacrifiée et rédemptrice.





Voici l’heure ! Cette heure désirée, attendue, brûlante est sonnée par les cloches qui désormais se tairont jusqu’au matin de Pâques. Cette heure est nôtre : il est capital pour chaque chrétien de vivre cette heure en s’étant au préalable nourri des textes du jour : la première Pâque des Hébreux en Egypte qui mangent en toute hâte l’agneau immolé (Ex 12, 1-14), le repas du Seigneur qu’est l’Eucharistie transmise par Paul aux premiers chrétiens de Corinthe (1 Co 11, 23-26) et le lavement des pieds qui inaugure le sacerdoce ministériel (Jn 13, 1-15). Tout bascule : le Bon Pasteur donne sa vie, il offre et s’offre, le Prêtre devient Victime, le Christ se livre « lui-même à la mort » (Collecte de la Messe). « Cette liberté, avec laquelle Jésus se livre, est un des aspects de son sacrifice qui touchent le plus profondément notre cœur humain » (Bx Dom Marmion). A l’issue de la Messe, le Saint-Sacrement est porté en procession jusqu’à une chapelle ornée où la réserve eucharistique sera gardée. Notre présence au reposoir est une expression de notre qualité de disciple, nous suivons le Christ (ultime étape de la « sequella Christi ») avec Pierre, Jacques et Jean, nous adorons silencieusement et longuement l’incomparable Sacrement institué en ce jour (Tantum ergo), nous prions alors pour la conversion des pécheurs (à commencer par la nôtre et celle de nos proches), pour le salut du monde, en réparation des blasphèmes et des communions sacrilèges. Ce reposoir n’est pas un sépulcre, il est présence du Corps du Seigneur en vue de la communion des fidèles le lendemain et du viatique pour les malades. Après minuit, l’adoration se fait sans solennité car le jour de la Passion a déjà commencé.




PRESENTATION DE LA SEMAINE SAINTE

Le soleil du Vendredi Saint n’est pas encore celui de la Résurrection mais celui du jugement et de la mort. Ce jour est celui de notre Rédemption et reste marqué pour tous les chrétiens par le jeûne et l’abstinence de viande Le précepte de jeûne oblige tous ceux qui ont dix-huit ans et moins de soixante ans ; l'abstinence est obligatoire pour tous ceux qui ont quatorze ans ou plus. Le jeûne consiste à limiter la prise de nourriture à un seul repas maigre au cours de la journée et une collation. Ces deux démarches ne sont ni symboliques ni « folkloriques » et ne répondent à aucune tendance actuelle ; elles sont l’expression pluri-millénaire de la pénitence d’un peuple de croyants. Elles sont précieuses pour notre sanctification « Ce qui met le démon en déroute, c’est la privation de nourriture » (Saint Curé d’Ars). Elles sont communion au Christ qui a eu faim et soif ce jour-là, au pauvre qui a faim et soif tous les jours. S’imposer des privations permet à Dieu de nous donner un esprit nouveau (Collecte du 1er Mercredi de Carême). Ce sacrifice que nous vivons nous renvoie au sacrifice du Christ en ce jour : « Tout est parfait dans le sacrifice de Jésus, l'amour qui l'inspire, la liberté avec laquelle il l'accomplit. Parfait aussi est le don offert : le Christ s'offre lui-même, tout lui-même » (Bienheureux Dom Marmion). Nous pourrons vivre aussi le sacrifice du silence en proscrivant musique, radio, télévision pour vivre le silence de Dieu : le Père se tait et désormais le Verbe ne prononce plus un mot (Mc 15,5). Vont résonner seulement les sept Paroles du Christ en croix que nous apprendrons par cœur et qui seront notre viatique spirituel jusqu’à l’office de la Passion. Ce silence ne sera pas brisé par le Chemin de Croix : ce pieux exercice, cher à Jean-Paul II qui le méditait chaque vendredi de l’année, ne se limite pas à exprimer des sentiments humains face à la souffrance du Christ et à la douleur de Marie mais nous fait poser un acte de foi en la Résurrection et mieux comprendre la grandeur de l’amour rédempteur du Christ. « Le chemin de Croix, comme la représentation de la Passion, est une répétition commémorative d’une action passée alors que l’office de la Passion, action liturgique, est une anamnèse, c’est-à-dire la présence mystérieuse de l’événement unique de la Passion, durant laquelle s’est accomplie la Rédemption de l’humanité » (Directoire sur la piété populaire et la liturgie).





Il est un préambule à l’Office de la Passion, événement unique dans l’année liturgique, appelée encore « Messe des Présanctifiés » car le prêtre n’y consacre pas, mais consomme seulement l’Hostie consacrée le jour précédent : « le souvenir du grand sacrifice accompli aujourd’hui sur le calvaire occupe tellement la pensée de l’Eglise en ce douloureux anniversaire qu’elle renonce à renouveler sur l’autel l’immolation de la divine victime; elle se borne à participer au mystère sacré par la Communion » (Frère Pierre de Vérone).





Cet Office se caractérise par une Liturgie de la Parole particulièrement longue puisqu’on y proclame le récit de la Passion selon saint Jean. C’est une invitation faite par l’Église à ses enfants d’entrer dans les sentiments du Christ Jésus. Cette compassion ne joue pas sur le même registre émotif que celui du Chemin de Croix. Elle prend forme dans une réception renouvelée de l’Histoire de l’Alliance, proposée par Dieu aux hommes, dont la prophétie du Serviteur Souffrant représente comme le sommet de la Promesse.

Voici l’Homme ! L’autel est nu (comme le Christ et le sépulcre qui accueillera son corps mort), les ornements rouges (couleur du sang), les cierges éteints. Après la grande prostration des ministres qui évoquent l’anéantissement du Christ (Phil 2, 7), une grande liturgie de la Parole se déploie à partir du quatrième chant du serviteur souffrant (Is 52, 13 – 53, 12) qui rachètera la multitude des hommes, la catéchèse de l’auteur de l’épitre aux Hébreux explicitant le sens et la portée du sacrifice de Jésus, grand-prêtre éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9) et la lecture de la Passion selon saint Jean (Jn 18-19). Elle s’achève par une Prière Universelle, d’une très haute antiquité, qui se déploie en dix intentions, de l’Eglise catholique jusqu’aux pouvoirs publics et aux hommes dans l’épreuve. Comme prière officielle de l’Eglise, elle nourrit de manière surabondante la prière personnelle et rejoint à cet instant la prière du Christ sur la croix pour tous les hommes. Cette première partie de l’Office requiert une préparation minutieuse des textes afin de goûter, non de manière seulement psychologique et affective, l’extraordinaire richesse du sacrifice du Christ. La vénération de la Croix est accompagnée des impropères, chant d'inspiration biblique (Ps 30) qui exprime les reproches du Christ à son peuple « O mon peuple, que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi ». Comme la pécheresse (Lc 7,36-38), nous embrassons les pieds du Christ qui vient d’être dévoilé en trois étapes. Ses larmes sont nôtres, exprimant à la fois la douleur de notre péché et la joie du pardon donné sur la croix, le baiser n’est pas celui de Judas mais s’apparente plutôt à celui échangé par le père et le fils prodigue (Lc 15, 20). C’est le crucifié, porté par les ministres, qui vient à notre rencontre plus que nous qui nous approchons de lui.

L’office s’achève par la communion aux Présanctifiés, c’est à dire les pains d’autel consacrés la veille. En effet, et aussi paradoxal que cela paraisse, l’Église a toujours fait abstinence de la célébration eucharistique en ce jour où elle fait mémoire du Sacrifice de son Epoux. Cependant elle ne souhaite pas priver ses enfants du viatique nécessaire pour se conformer en ce saint jour à l’Amour sacrifié. C’est donc par la communion que chaque fidèle renouvelle son engagement à mourir avec Lui pour ressusciter avec Lui dans une vie nouvelle.

Après la communion, le Saint-Sacrement est ôté du maître-autel et replacé dans la réserve.

Les deux oraisons qui concluent l’Office mentionnent déjà la résurrection du Christ et celle du peuple des croyants : une faible lueur perce les ténèbres, ce ne sont pas les flambeaux de Jérusalem annonçant la Pâque juive, c’est la promesse du Fils de l’homme, trois fois faite aux apôtres, « Après trois jours, il ressuscitera ».




PRESENTATION DE LA SEMAINE SAINTE

Le Samedi Saint prolonge le Vendredi Saint dans le silence du tombeau. L’Eglise demeure auprès du tombeau de son Seigneur, méditant la Passion et la Mort du Christ, ainsi que sa descente aux enfers et elle attend sa Résurrection dans la prière et le jeûne. A la différence des églises orthodoxes qui en font un jour de fête, jeûne et abstinence sont conseillés pour parvenir, avec un coeur élevé et libéré, aux joies de la Résurrection. L’Eglise s'abstient strictement de célébrer le sacrifice de la messe, et refuse la célébration des mariages ainsi que des autres sacrements, à l'exception de la pénitence et de l'onction des malades. C’est un « jour parfaitement a-liturgique » suivant l’expression chère à Monsieur l’Abbé. Le Samedi Saint n’est pas une journée triste. Le Christ a vaincu le démon et le péché, et dans quelques heures, il vaincra également la mort par sa glorieuse résurrection. 

Il nous a réconciliés avec le Père et nous sommes de nouveau enfants de Dieu.

Cette adoption divine se fait lors de notre baptême : la liturgie baptismale évoque explicitement le mystère de ce jour : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous vivions, nous aussi, d’une vie nouvelle » (Rm 6,4). « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui" (Col 2, 11-13). Dom Marmion commente ainsi cette affirmation paulinienne : « Le tombeau du Christ est une image de la fontaine baptismale. Les eaux du baptême sont comme un sépulcre où nous devons laisser le péché, et d'où nous sortons, animés d'une nouvelle vie, la vie de la grâce ».

L’agitation de l’arrestation, le procès et la crucifixion de Jésus sont passés. Le sabbat naît silencieux et serein. Beaucoup de choses se sont produites ces deux derniers jours. Aujourd’hui est un jour d’attente tranquille, de méditation, un jour pour se rendre en un endroit isolé et contempler la perte d’un ami et d’un maître. La vie ne sera plus jamais la même. Le Samedi Saint est un jour pour assimiler, faire nôtre tout ce qui s’est passé. C’est un jour de douleur et d’espoir. Ne laissons pas le Samedi Saint se dérouler comme n’importe quel autre jour, juste comme un jour entre deux. Ce n’est pas le moment de nous laisser accaparer par les préparatifs matériels de la fête à venir. En ce jour, enveloppons-nous d’un silence de recueillement. Le silence du Samedi Saint n’est pas celui du désespoir mais plutôt d’une grande espérance prête à éclater dans la joie de Pâques. Rester le plus possible en silence pendant cette journée nous permettra de préparer intérieurement la célébration de Pâques. Nous nous rendrons demain au tombeau avec les saintes femmes, non pas pour voir le corps d’un homme mort mais pour entendre les paroles des anges, " Il n’est pas ici, il est ressuscité".« Seigneur, aide-moi pendant cette méditation à me préparer à la Résurrection. Je viens chez toi dans la prière, dans une attente silencieuse et patiente de la nouvelle aube de Pâques, sachant que ce qui semble être la fin est en fait le début d’une ère nouvelle. Seigneur, viens chez moi dans cette prière ; aide-moi à saisir l’importance de ta mort et de ta résurrection ». (Prière du mouvement Regnum Christi).

La Tradition enseigne que Marie réunit en quelque sorte en sa personne le corps de l’Eglise toute entière, elle est la « credentium collectio universa » (Rupert de Deutz). Ainsi la Vierge Marie représentée par de nombreux artistes se tenant près du sépulcre de son Fils, est l’icône de l’Eglise Vierge qui veille près du tombeau de son Epoux, dans l’attente de la célébration de la Résurrection : la Vierge, anticipant et personnifiant l’Eglise, attend la victoire de son Fils sur la mort en faisant preuve d’une foi inaltérable.





Dans quelques heures, l’Eglise invitera « tous ses enfants disséminés de par le monde à se réunir pour veiller et prier, en cette nuit très sainte où Notre Seigneur Jésus Christ est passé de la mort à la vie » (Salutation inaugurale de la Vigile Pascale) : nous mettrons nos pas dans ceux des premiers chrétiens qui veillaient toute la nuit à l'Eglise, en attendant le moment où le Christ triomphant de la mort s'échappera du sépulcre. Paul Claudel remarquait non sans humour que « la nuit du Samedi Saint à Pâques n'est pas faite pour dormir ».






Nous prendrons part en même temps, comme témoins, à l'administration solennelle du Baptême conféré aux catéchumènes, par laquelle se manifeste le passage de la mort spirituelle à la vie de la grâce. Saint Augustin fut baptisé à Milan, lors de la Vigile Pascale de 387. Le moment était unique et, pourtant, une seule phrase, brève et dépouillée, suffit dans les Confessions pour rapporter l'événement : « Nous fûmes baptisés et s'enfuit loin de nous l'inquiétude pour notre vie passée ».






Maryline Reymond



Vie de la cathédrale | La liturgie à la Cathédrale | La cathédrale | Vie culturelle | Espace Notre Dame | Notre-Dame-du-Puy | Notre Dame de France | Saint-Jacques- de-Compostelle | Le baptistère Saint Jean