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Philippe Kaeppelin

70 ans d'art sacré

«On a assassiné une vieille dame derrière une barricade!», s'exclamait Philippe Kaeppelin face aux abus de certaines restaurations de la Cathédrale qui lui déplaisaient. Et s'expliquant sur son lien avec le vieux sanctuaire : « La basilique est une grande dame. On est né là-dedans, la Vierge est apparu à trente mètres au-dessus de chez nous… » Cette pensée le laisse songeur. Et quant aux restaurations... "Finalement ça ne s'est pas trop mal passé"



Le Visage du Christ

Philippe Kaeppelin
Ce qui fascine le presque nonagénaire plus que tout, c'est le visage du Christ. Josée, son épouse de dire : « Il vit avec la tête du Christ ». « Oui, confirme le sculpteur, le visage du Christ est mon sujet favori. Aujourd'hui, on repousse l'image du Christ, alors je la recherche. En fait, les hommes redoutent la réalité. On ne l'aime pas, on n'aime pas la souffrance. Elle n'est pas conforme à ce qu'on attend de Dieu. » Et encore : « On ne peut pas faire abstraction du mystère de l'Incarnation. On ne peut pas éviter le Visage du Christ, il faut qu'on le voit, il doit se tenir tout proche. L'espace des églises aujourd'hui est ponctué d'éléments d'orfèvrerie, mais il ne faut pas éliminer le visage du Christ et se contenter perpétuellement de son symbole. » Et de conclure : « Il y a deux choses indispensables, le Christ et Marie. »
Marie, Philippe Kaeppelin a recherché et restauré le visage de la Vierge Noire qui était vénérée au Puy avant la Révolution. Celle-ci avait en effet été brûlée le 8 juin 1794. L'oeuvre de Philippe Kaeppelin trône désormais dans la chapelle du Saint Sacrement.


La Croix lumineuse

Philippe Kaeppelin
Dans la Cathédrale du Puy, tout le mobilier du chœur a été réalisé par Philippe Kaeppelin. « J'ai commencé il y a 70 ans. En 1946, j'avais fait des plans de réaménagement. Tout a été épuré et repris dans les années 90. » L'autel, de forme cubique, est constitué de plaques d'onyx maintenues par des agrafes dorées à la feuille. Il est surmonté d'une grande croix de verre-cristal, sertie par du laiton doré. L'ambon et la cathèdre sont aussi de lui.
Alors, Mr Kaeppelin, pourquoi ce Visage n'apparaît-il pas dans vos œuvres à la Cathédrale ? « Je ne pouvais pas me le permettre parce qu'à proximité du chœur il y a le Saint Crucifix et l'admirable Pieta du XVème siècle qui donnent ce visage du Christ magistralement. L'autel que j'ai réalisé est symbolique. Il parle de l'Eucharistie. La Croix lumineuse devait être elle-aussi symbolique. Après la Crucifixion et la descente de Croix, il fallait évoquer la résurrection, l'amour plus fort que la mort. »

L'autel

Philippe Kaeppelin
A propos de l'autel… « ça serait à refaire, je lui aurais donné 3 cm de plus ! Il y a 50 ans, la mode était aux autels imposants, massifs. Dans les années 90, on revenait aux autels plus petits. En fait, il faut que ce soit proportionné à l'église. La distribution des masses et des vides doit être harmonieuse. » Pourquoi l'onyx ? « Aujourd'hui, on veut des autels « légers », transportables à quatre pour le déplacer facilement et transformer votre église en salle de concert. Il n'en était pas question… L'onyx est un marbre très beau. Du côté symbolique, il fait penser à une chair meurtrie. Les morceaux sont cassés et rassemblés. Les joints inévitables entre les morceaux, du fait qu'ils soient dorés, évoquent aussi la résurrection. Tout est rassemblé dans la gloire. Les blessures ne sont pas irrémédiables, elles deviennent glorieuses. Tout le monde pressent cette symbolique. Il est bien d'avoir une expression finale de la résulte de cette souffrance du Christ… la gloire. »

L'ambon

Philippe Kaeppelin
Quand à l'ambon… « Je l'ai voulu en pierre, solide, car elle est sûre la Parole ! C'est une pierre noire, comme la pierre des fièvres. Et la Parole est portée par l'aigle de St Jean »

L'oeuvre Kaeppelin de par le monde

Ainsi, la Cathédrale reste un chantier de recherche, de projets permanents pour le sculpteur. Mais il n'y a pas que la Cathédrale du Puy… La petite chapelle de St Michel d'Aiguilhe a été elle-aussi entièrement restaurée par ses soins. « Au Puy, le pèlerinage à St Michel va de pair avec celui de Notre-Dame ». Et dans toutes les églises du Puy (Le Valvert, Le Collège…) on reconnaît sa signature discrète, dans un ambon, un tabernacle, une Croix… Philippe Kaeppelin a travaillé dans une centaine d'églises en France et en Suisse, dont dix Cathédrales : Le Puy, Vienne, Caen, Versailles, Reims, Saint-Dié, Le Havre, Brest, Montpellier, Clermont-Ferrand. Et parmi les églises, citons : Malo-les-Bains, Notre-Dame du Port à Clermont, La Trinité à Paris, église Notre-Dame à Chambéry, Retournac, Lyon-Vaise, Les Carmes à Paris, Ambert, Annonay, La Chartreuse d'Auray, Saint Maurice d'Agone, le chemin de Croix des bénédictines de Dijon, un Christ en Croix à Moulins et à Montpellier, l'église luthérienne de Paris, sans oublier Ste Anne à Jérusalem.


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