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Premier dimanche de l'Avent - Année A

Lectures et homélie de Monseigneur Henri Brincard



Première lecture : Livre d'Isaïe 2,1-5.

Le prophète Isaïe a reçu cette révélation au sujet de Juda et de Jérusalem : Il arrivera dans l'avenir que la montagne du temple du Seigneur sera placée à la tête des montagnes et dominera les collines. Toutes les nations afflueront vers elle, des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers. Car c'est de Sion que vient la Loi, de Jérusalem la parole du Seigneur. »
Il sera le juge des nations, l'arbitre de la multitude des peuples. De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre.
Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.

Deuxième lecture : Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 13,11-14.

Vous le savez : c'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu'à l'époque où nous sommes devenus croyants.
La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière.
Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, sans orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie, mais revêtez le Seigneur Jésus Christ ; ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour satisfaire ses tendances égoïstes.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 24,37-44.

L'avènement du Fils de l'homme ressemblera à ce qui s'est passé à l'époque de Noé.
A cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'au déluge qui les a tous engloutis : tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme.
Deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé.Deux femmes seront au moulin : l'une est prise, l'autre laissée.
Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra.

Homélie

A toute notre assemblée et par elle a beaucoup d'autres, je souhaite un très bon Avent. A nos familles, à nos communautés, à mes frères prêtres etdiacres, à tous, que ce temps de l'Avent nous renouvelle profondément. C'est bien ce à quoi nous avons été invités par un très beau chant : « Allons dans la joie à la rencontre du Seigneur Â». C'est tout le programme de l'Avent. Tout d'abord, le verbe « aller Â»est mis au pluriel : « allons Â», tous ensemble, dans une communion dont la source est l'amour. « Dansla joie Â» parce que la perspective de rencontrer le Seigneur est source de joie. Et c'est cette joie qui finalement a changé beaucoup de cÅ“urs au long de l'histoire du christianisme. Souvenons-nous que la joie évangélise.« Allons à la rencontre du Seigneur Â» : l'Avent nous invite à l'espérance ! Cette espérance dont Benoît XVI nous a parlé d'une manière si profonde dans cette encyclique que j'ai déjà citée dimanche dernier et que maintenant vous pouvez lire puisqu'elle est devenue publique le 30 novembre. Et à nouveau, je vous invite à la lire, pourquoi pas avec votre conjoint si vous êtes marié, pourquoi pas avec vos grands enfants s'ils sont devenus des adultes, pourquoi pas avec des amis ou dans des groupes qui faciliteront la lecture de cette invitation à l'espérance qui commence par les mots de l'apôtre Paul : « C'est dans l'espérance que nous sommes sauvés. Â» Le message de Benoît XVI est très fort, très actuel. Il nous rappelle que l'homme a besoin de Dieu pour trouver une véritable espérance sinon, il vit d'espoirs fallacieux qui ne donnent pas un vrai sens à la vie, même s'ils lui donnent un sens immédiat. Les cimetières sont là pour nous rappeler que de tels espoirs s'évanouissent comme de la fumée et que donc pour trouver un sens à notre vie, il faut trouver une véritable espérance. C'est justement ce que les chrétiens ont apporté au monde et cette espérance chrétienne, qui frappait déjà le monde païen pendant les premiers siècles car elle était source de cette joie et que j'ai évoquée tout à l'heure, elle était aussi source d'une paix vécue à travers une patience. Cette espéranceest fondée sur la foi chrétienne et c'est bien ce que la parole de Dieu nous a rappelé aujourd'hui en nous invitant à marcher à la lumière du Christ. Cette lumière est celle de la foi en nous, d'où le sens dec e beau geste qui a été fait au début de cette célébration : allumer les cierges de l'autel avec une lumière qui vient de cette couronne qui va s'allumer progressivement et qui nous rappelle finalement la royauté du Christ. Un amour puissant, celui de Dieu qui nous a été communiqué d'une manière bouleversante par la croix.Un amour qui n'a pas d'autre force que lui-même. Cette lumière de la foi précisément nous éclaire sur cet amour de Dieu dans le Christ et donné par le Christ.Cette lumière de la foi nous montre aussi ce que cet amour aaccompli pour nous, sur ce que cet amour attend de nous et sur ce quenous pouvons attendre de lui. Voilà l'espérance qui apparaît puisque la lumière de la foi suscite dans notre cÅ“ur l'immense désir de recevoir ce que cet amour veut nous communiquer. Que pouvons-nous espérer ? la vie éternelle.



Benoît XVI y insiste et la parole de Dieu nous le rappelle. La vie éternelle, mais comment pouvons-nous la désirer ? C'est une question très contemporaine qui concerne le faitq ue d'une manière ou d'une autre chacun d'entre nous,nous ne désirons pas assez cette vie éternelle qui nous paraît lointaine, abstraite, sans rapport avec notre vie, en tout cas avec notre vie quotidienne ; pour désirer davantage cette vie éternelle justement, il faut mieux laconnaître par la foi. Saint Augustin qui a beaucoup parlé de cette vie éternelle l'évoque d'une manière admirable dans le passage suivant : « La vie après la mort mais qui commence avant la mort comme un soleil qui se lève à l'horizon et atteint son plein éclat lorsqu'il est au zénith Â» . Que signifie « Amen Â» ? que signifie « Alléluia Â» ?« amen Â» signifie, c'est vrai. Il est important de le dire lorsque vous communiez au corps du Christ. Répondre « merci beaucoup Â» c'est poli mais ce n'est pas assez parce qu'il faut ouvrir son cÅ“ur et on l'ouvre par la foi en disant « c'est vrai Â».« Alléluia Â» veut dire « Louez Dieu Â», Dieu de la vérité, sans changement, sans défaut, sans progrès, sans diminution, sans augmentation, sans tendance à la fausseté, vérité éternelle stable, incorruptible. Tout ce que nous faisons ici-bas dans la chair et dans cette vie n'est que le signe de la réalité vraie dont les choses corporelles sont le symbole. C'est au milieu de ce monde que nous marchons dans la foi.Lorsque nous verrons face à face ce que nous ne voyons maintenant qu'en reflet, alors d'une manière bien différente nous dirons « C'est vrai Â».en parlant ainsi nous dirons « Amen Â» avec une insatiable satiété. Tu seras donc rassasié de la vérité sans lassitude et c'est au sein d'une vérité dont tu n'auras jamais assez que tu diras Amen. Actuellement, qui peut dire ce que l'Å“il n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cÅ“ur de l'homme. Dans la maison de Dieu, c'est une fête sans fin, là, point de réjouissances qui passent, c'est une fête éternelle. Pensons à tous ceux qui nous précèdent dans la gloire du ciel et nous serons proches d'eux à la mesure de l'amour qui a commencé en nous et qu'ils connaissent en plénitude. Là, point de réjouissances qui passent, fête éternelle et le visage de Dieu qui vu à découvert est une joie inaltérable. Nul commencement à cette fête et nulle fin. De cette fête sans déclin s'échappe je ne sais quelle harmonie qui enchante le cÅ“ur pourvu qu'il ne s'y mêle aucun bruit humain. Elle enchante l'oreille de celui qui marche dans cette tente, c'est-à-dire ici-bas.



Désirer cette vie éternelle, c'est donc mieux la connaître.C'est aussi, pour que ce désir devienne plus grand,s'appuyer sur l'expérience de vie éternelle commencée en nous par le baptême et vous connaissezcette parole d'enfant que je cite souvent mais que je trouve si belle que je ne me lasse pas de la répéter : à cet enfant à qui l'on demande qu'est ce que le ciel, la réponse est celle-ci : « Plus tu aimes, plus tu comprends. Â»



Comment obtenir ce que la connaissance de la foi a enflammé en nousc omme désir ? Saint Paul y répond aujourd'hui,tout simplement en revêtant Jésus-Christ pour le combat de la lumière. Revêtir Jésus-Christ, cela signifie nous laisser conformer à lui de manière qu'au moment de la grande rencontre avec lui, dans la pleine lumière,le père ne reconnaisse en nous que son fils et nous introduise dans la plénitude de la joie. Cette conformation à Jésus, que nous allons essayer de vivre de manière beaucoup plus pratique pendant l'Avent, se fait par la prière.Une prière qui nous fait participer à celle du Christlui-même, celle qu'il a eue ici bas et comme elle est une prière d'amour et comme cet amour est éternel, le Christ continue à intercéder pour nous avec cet amour àl a droite du Père. « Père, pardonne-leur,ils ne savent pas ce qu'ils font Â». Et cela explique la patience de Dieu par rapport à nos fautes. Revêtir Jésus-Christ, c'est aussi le recevoir par la foi dans les sacrements. Je vous ai parlé de celui de l'Eucharistie, où nous nous laissons transformer par lui à la mesure de notre Amen dont a si bien parlé Augustin. Mais il y a aussi un autre sacrement qui nous aide à nous revêtir du Christ et je vous invite à le recevoir pendant ce temps de l'Avent :c'est le sacrement de la réconciliation. Jésus nous étreint pour nous délivrer. C'est le grand sacrement de la libération. Aujourd'hui, on parle beaucoup de liberté mais la vraie liberté, la plus profonde, c'est la liberté intérieure qu'on peut avoir en toutes circonstances. Les martyres sont là pour en témoigner. Et la conformation au Christ se fait par le service de la charité, servir comme lui a servi. Mais, comme saint Paul nous le rappelle, se revêtir du Christ passe par un combat, est en vue d'un combat. Et ce combat nous le connaissons que trop, il est dans nos vies, dans la vôtre comme dans la mienne. Saint Paul n'y va pas par quatre chemins pour nous dire ce qu'il faut combattre et qu'il appelle les activitésdes ténèbres. Nous pouvons nous sentir concernés et je laisse au Saint-Esprit le soin de vous le montrer. Ripaille, qu'est ce que cela veut dire ? Orgie, cela peut prendre des formes diverses. Beuverie, pas difficile de comprendre. Enfin,débauche, ce sont des relations humaines qui ne sont pas construites en vérité et en vue de l'épanouissement du cÅ“ur que Dieu veut pour nous.
        Enfin,et je conclue par là, pour obtenir ce que nous désirons d'un désir que la foi enflamme, il faut revêtir leChrist, et aussi se préparer à son retour. Voilà ce que l'Evangile nous rappelle : oui, il reviendra ! Se préparer à son retour, c'est tout simplement imiter l'Eglise qui dans sa liturgie eucharistique appelle son retour detout l'amour qui habite son cÅ“ur, un amour immense. Avez-vous remarqué qu'après la consécration, et cela a fait partie d'une heureuse réforme liturgique, nous demandons ce retour. Je dis nous parce que c'est l'Eglise qui est en nous et par nous sollicite ce retour. Je vous rappelle une des formules : « il est grand le mystère de la foi Â» : le lien entre la foi et l'espérance,« nous proclamons ta mort Seigneur Jésus Â»,Jésus est déjà venu, il a habité au milieu de nous, il demeure au milieu de nous, caché certes mais réellement, et cette mort nous est donnée par l'Eucharistie selon une voie très particulière,« nous célébrons ta résurrection Â» : celui qui est passé par la croix est ressuscité à tout jamais. « nous attendons ta venue dans la gloire Â»,peut être que notre maître de chapelle ou celui qui l'assiste pourra un jour composer une musique qui nous permette d'insister de manière particulière sur cette formule. Et puis il y a une autre prière que l'Eglise nous propose après la consécration : « quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous célébronsl e mystère de la foi. Nous rappelons ta mort, Seigneur ressuscité et nous attendons que tu viennes ». Voilà comment se préparer au retour du Christ, d'abord par un désir, ensuite en nous rappelant qu'il nous faut veiller. Veiller, ce n'est pas seulement une devise bien connue empruntée sans doute au mot biblique : « Ãªtre toujours prêt !», c'est aussi se souvenir que ce retour sera imprévu. Je vous invite à méditer pendant cette semaine, pourquoi pas en famille et à travers des échanges, l'évangile de ce jour. Nous sommes dans un monde qui fait beaucoup de prévisions, les chrétiens sont invités à faire des provisions. Je le redis souvent, mais c'est particulièrement approprié pendant ce temps de l'Avent. Alors demeurons paisibles, pourquoi nous inquiéter ? Si nous vivons d'un amour déjà commencé dans notre cÅ“ur, si nous le faisons croître,nous ne pouvons être que joyeux et notre joie deviendra contagieuse. Que la Vierge Marie nous y aide ! Je vous signale que l'encyclique de Benoît XVI se termine par une admirable prière à la vierge Marie, je ne vous en lis qu'un extrait qui est la conclusion de cette prière. Et pendant cetemps de l'avent, permettez-moi de vous inviter à nouveau à méditer cette encyclique et cette prière qui la conclut.








« Sois sans crainte, Marie! » À l'heure de Nazareth l'ange t'avait dit aussi: « Son règne n'aura pas de fin » (Lc 1, 33). Il était peut-être fini avant de commencer ? Non, près de la croix, sur la base de la parole même de Jésus, tu étais devenue la mère des croyants. Dans cette foi, qui était aussi,dans l'obscurité du Samedi Saint, certitude de l'espérance,tu es allée à la rencontre du matin de Pâques. La joie de la résurrection a touché ton cœur et t'a unie de manière nouvelle aux disciples, appelés à devenir la famille de Jésus par la foi. Ainsi, tu fus aumilieu de la communauté des croyants qui, les jours après l'Ascension, priaient d'un seul cœur pour le don du Saint-Esprit( cf. Ac 1, 14) et qui le reçurent au jour de la Pentecôte. Le « règne » de Jésus était différent de ce que les hommes avaient pu imaginer. Ce « règne » commençait àcette heure et n'aurait jamais de fin. Ainsi tu demeures au milieu des disciples comme leur Mère, comme Mère de l'espérance. Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route !









  + Mgr Henri Brincard








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Homélie du 27 juillet 2008 par Mgr Henri Brincard