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QUELQU’UN SAIT-IL POURQUOI NOUS VIVONS ?Quand la vie nous semble ne pas avoir de sens, c’est peut-être car nous ne savons pas, ou que nous sommes tentés d’oublier, que le Christ lui-même, dans sa personne, et notre prochain, sont le sens de notre vie.Freddy Mercury, le chanteur du fameux groupe rock « Queen », qui est mort du Sida en 1991, dit dans une de ses dernières chansons : « Does anybody know what we are living for ? » (« Quelqu’un sait-il pour quoi nous vivons ? »)
Cette question est sans doute la plus décisive de notre vie. C'est la question que les hommes du XXe siècle se sont posés de façon particulièrement amère face au drame d'Auschwitz et à l'apparente absence de Dieu sur Terre. C'est la question à laquelle les générations d'aujourd'hui ont à répondre si elles ne veulent pas être prise de vertige devant ce siècle que d'aucun appelle « l'ère du vide ». Quel est donc aujourd'hui le sens de notre vie ? Si le Christ est ressuscité et retourné à la droite du Père, pourquoi nous laisse-t-il sur terre? Pourquoi d'ailleurs est-il venu sur terre si les holocaustes et les drames de nos vies quotidiennes semblent perdurer ? Que pouvons-nous dire en tant que chrétiens sur le sens de la vie ? Savons-nous vraiment pour quoi nous vivons ?
Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur
La lettre de Saint Paul aux Philippiens est peut être le texte du Nouveau Testament qui nous aide le mieux à comprendre le sens de notre vie et comment la joie chrétienne peut être plus forte que la souffrance et la peine. C'est une épître de la joie de vivre ! « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je le dis encore, réjouissez-vous. » (Philippiens 4, 4) nous dit saint Paul ; et pourtant, au moment où il écrit ces lignes il est en prison, sans savoir s'il sera condamné ou libéré. Or, à ce moment là , c'est un homme profondément libre, un homme qui a appris à se suffire en toute occasion, à se priver comme à être à l'aise ; un homme qui a été suffisamment « initié » par le Seigneur pour pouvoir parler à chacun de nous et nous enseigner quel est le sens de notre vie. Et il le dit parfaitement en une formule : « pour moi, vivre c'est le Christ et mourir est un gain. Pourtant si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix (…) demeurer dans la chair est plus urgent pour vous. » (Philippiens 1, 21-22). Tout est dit ici, ou du moins trois choses essentielles sur lesquelles il vaut la peine de méditer :
« Vivre, c’est le Christ »
Dans le Christ nos amitiés sont éternelles
Le sens chrétien de la vie nous est donné dans cette formule de saint Paul : « pour moi, vivre c'est le Christ ». L'originalité de cette expression réside dans le fait que le « sens de la vie » n'est pas ici quelque chose, mais quelqu'un. Il ne consiste pas dans l'obtention de tel ou tel bien comme le plaisir, la richesse, le pouvoir ou la gloire, ni même dans la poursuite d'un idéal de perfection, de bonté, ou de « réussite », mais dans une relation personnelle concrète avec Jésus-Christ, c'est-à -dire dans une amitié avec Dieu lui-même, en et par Jésus Christ. Le sens chrétien de notre vie est donc « chrétien » au sens très fort puisqu'il n'est autre que le Christ lui-même. On comprend alors la portée de cette autre formule de Saint Paul : « Si Christ n'est pas ressuscité, mangeons et buvons, car demain nous mourrons » ! Il n'y a peut être pas, en effet, d'autre alternative censée sur terre : le Christ ou Epicure !
Freddy Mercury, qui a connu tout le plaisir et la gloire dont on peut rêver sur terre, disait à un journaliste au terme de sa trop courte vie : « Vous pouvez avoir tout ce que vous voulez dans le monde et demeurer le plus isolé des hommes ; et c'est la plus amère des solitudes. Le succès a fait de moi une idole et m'a rapporté des millions, mais il m'a empêché d'obtenir la seule chose dont nous avons tous vraiment besoin : une amitié qui dure. » Il avait peut être alors pressenti la réponse à sa propre question : « quelqu'un sait-il pour quoi nous vivons ? » ; il avait commencé à comprendre que la vraie question n'est pas « pour quoi nous vivons ?», mais « pour qui vivons-nous ?» Qui pourrait trouver un véritable sens à sa vie sans amis ? Personne, répondait déjà l'antique philosophe Aristote. L'amitié véritable nous donne trop de bonheur pour que la vie ait un sens sans elle. Mais comment l'amitié pourrait-elle durer toujours si la mort ne cesse de nous séparer les uns des autres ? Comment une amitié peut-elle être vraiment durable si la mort a finalement toujours le dernier mot ? Il faut bien l'admettre : si le Christ n'est pas ressuscité, s'il n'a pas vaincu pour nous la mort, s'il ne nous a pas ouvert les portes du paradis, alors nos amitiés sont mortelles ! Pour les chrétiens, c'est donc dans et par le Christ que la vie prend tout son sens ; c'est dans et par le Christ que nos amitiés sont victorieuses de la mort, à commencer par l'amitié avec Dieu. Mais le problème de cette affirmation, c'est qu'elle peut être très mal interprétée et même devenir carrément morbide. Comme le disait Camus, en effet : « nos raisons de vivre sont aussi d'excellentes raisons de mourir » ! Si le Christ est notre vie n'est-il pas, en effet, préférable de mourir pour être enfin pleinement unis à lui qui est au Ciel ? N'est-ce pas d'ailleurs ce que nous dit Saint Paul lorsqu'il affirme que pour lui « mourir est un gain » ? Mourir est-il un gain ?
Dans ses Propos sur le Bonheur, le philosophe Alain raconte comment il fut dégouté du christianisme dès son plus jeune âge : « Comme j'avais dix ans, je visitai la Grande Trappe ; je vis ces tombes qu'ils creusaient un peu tous les jours, et la chapelle mortuaire où les morts restaient une bonne semaine, pour l'édification des vivants. Ces images lugubres et cette odeur cadavérique me poursuivirent longtemps ; mais ils avaient voulu trop prouver. Je ne puis dire au juste, parce que je l'ai oublié, à quel moment et pour quelle raison je sortis du catholicisme. Mais dès ce moment-là je me dis : « Il n'est pas possible que ce soit là le vrai secret de la vie. » Tout mon être se révoltait contre ces moines pleurards. Et je me délivrai de leur religion comme d'une maladie. » (Gallimard, Paris, 1928, p. 184).
Etant moi-même un moine, mais n'étant pas trop pleurard de nature, je crois pouvoir préciser une ou deux choses importantes. La vie chrétienne, lorsqu'elle est sainement vécue, ne consiste pas du tout à considérer notre monde comme une simple vallée de larmes que la mort nous ferait enfin quitter. Contrairement à ce que pensent beaucoup d'intellectuels athées, la doctrine exacte du christianisme n'est pas une doctrine pessimiste pour notre monde et optimiste pour l'autre monde. Elle est une manière de vivre dès maintenant en communion avec Dieu qui est déjà présent au milieu de nous, bien que cette présence ne nous soit pas encore pleinement dévoilée. Saint Paul a bien raison de dire que « mourir est un gain », car nous savons qu'après la mort, les amis de Dieu sont appelés à la pleine communion avec Lui et avec tous les bienheureux du Ciel. Et c'est en ce sens que sainte Thérèse de l'Enfant Jésus osait dire, au soir de sa courte existence : « je ne meurs pas, j'entre dans la Vie. » Mais cela ne fait pas pour autant du christianisme une doctrine morbide ; bien au contraire, car le Christ nous permet d'anticiper dès maintenant, non pas la mort, mais la vie éternelle. Par la grâce qu'il répand en nos âmes, il fait de nous des grands vivants dès ici-bas tout en nous rendant contemporains du Ciel. Un fructueux travail
Il reste pourtant à préciser quel est le sens de ce moment particulier que nous avons à vivre sur terre avant d'être unis à Dieu pour l'éternité. Revenons donc à Saint Paul : « pour moi, vivre c'est le Christ et mourir est un gain. Pourtant si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix (…) demeurer dans la chair est plus urgent pour vous. »
Le véritable travail du chrétien est le travail de grâce en lui et autour de lui. Sa raison d'être sur terre est de se laisser progressivement transformer par la grâce du Christ au point de lui devenir semblable. « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » disait Jésus à ses apôtres . Il s'agit d'un fait avant d'être une mission. Mais ce fait réclame du chrétien de se mettre au service du monde : la lumière doit briller et le sel donner goût à la vie humaine. A la suite de saint Paul, le chrétien est donc appelé à comprendre que : « La vie dans cette chair doit (lui) permettre un fructueux travail ». Quelqu'un sait-il donc pour quoi nous vivons ? Oui, le Christ le sait et le disciple du Christ le découvre chaque jour un peu plus : nous vivons pour devenir d'autres Christ et apprendre ainsi, en nous laissant transformer par lui de jour en jour, à nous aimer les uns les autres et à transformer le monde pour qu'il devienne un monde à l'image de Dieu qui est Amour. Frère Thomas Joachim, prêtre de la Communauté Saint-Jean Actualités | Vie spirituelle | Prédications | Nous contacter |
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