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Quand se rallume l'étoile à la saison des pèlerinagesComme tous les ans maintenant, avec le début du printemps, une drôle de population s'éveille d'une hibernation un peu trop prolongée et parfois difficile à vivre.
Les pieds fourmillant d'envie de liberté et d'errance, la tête plongée dans les prémices d'une quête éternelle vers le sens de la vie, de sa Vie, la main serrant déjà la coquille qui fleurira bientôt le sac à dos, posé sur la balance à moitié plein (ou à moitié vide, c'est selon la confiance), le bourdon planté sur le pas de la porte, le regard déjà tourné vers l'ouest, tout au bout de la terre d'Espagne, le pèlerin nomade, avec le soleil retrouvé et les premières fleurs du chemin, renaît au pèlerinage sur le chemin de l'Apôtre Jacques.
Dans quelques jours, la cathédrale se remplira tous les matins à 7 heures du flot des marcheurs venus recevoir, avant leur départ hésitant, la bénédiction des pèlerins de Monseigneur BRINCARD. Il y aura les inquiets, les sûrs d'eux-mêmes, les habitués, les pénitents, les inconscients, les courageux, les autres… Et sur ce chemin d'espoir tous vont découvrir ou retrouver le goût du partage, l'amitié et la souffrance, la rencontre de l'autre, qui chemine à côté de lui, le lâcher prise de tout ce qui encombre l'esprit… Et ils iront aussi, qu'ils le sachent ou non, qu'ils en aient fait le choix ou qu'ils l'acceptent comme une évidence, vers une rencontre avec eux-mêmes et avec l'Autre. A travers l'apprentissage de la confiance et de l'humilité, de l'acceptation du danger de se remettre en cause, de se laisser accueillir au fil des étapes, de recevoir le don ou la grâce, l'empreinte de Celui qui marche avec chacun sur ce chemin et dans sa vie, creuse un profond sillon dans le cœur du marcheur. On le dit souvent : "tu pars marcheur mais tu arrives pèlerin"; ce n'est ni une boutade ni une phrase toute faite mais la vraie réalité de ce cheminement qui conduira chacun de ceux qui vont partir, bien au-delà de ce qu'il peut imaginer, à l'instant où dans la lumière d'un matin ensoleillé, il va contempler du haut des marches de la cathédrale, l'horizon lointain vers l'ouest, encore inaccessible et mystérieux mais déjà si poignant. Témoignages
Ecoutons le témoignage des premiers pèlerins déjà en route depuis la mi-mars et qui les premiers ont remis leurs pas dans ceux des millions d'autres passés au cours des siècles d'un pèlerinage mythique.
…/… F., jeune pèlerin de l’est de la France : « Je suis sur le chemin parce que j’ai perdu quelqu’un de très cher dans des circonstances terribles, il y a 7 ans… Je commence à apprendre à vivre avec ce drame, je dois maintenant lutter contre l’envie de me venger…retrouver la paix… ». Pardonner peut-être ? A., en provenance du sud de la France : « Mon fils et ma belle-fille ont tout tenté depuis dix ans pour donner la vie à leur premier enfant. Devant les échecs successifs, j’ai décidé de partir à St-Jacques de Compostelle avec ma femme en voiture, et une fois là-bas, j’ai fait un vœu… Notre premier petit fils va naître en juin cette année ! Donc, je pars du Puy-en-Velay, à pied et seul, pour remercier St-Jacques de cette grâce accordée… » S., pèlerin suisse-allemand, d’une trentaine d’année. S. fait son pèlerinage sans argent, volontairement. Il explique sa démarche : « Ma vie, elle a craqué ! Je pars sur le chemin pour retrouver des valeurs, le sens des choses. Lorsque je mendie mon pain (sec !) dans une boulangerie, et qu’on m’en offre, le plus difficile est de ne pas me rendre dans la suivante et en redemander… ». Donne-nous chaque jour notre pain quotidien … I., pèlerin japonais, de Tokyo. Il s’exprime en anglais et nous dit qu’il fait partie de la minorité catholique du Japon : 400 000 Japonais (0.3 % de la population) et 300 000 « étrangers » (Philippins, Coréens…) partagent cette foi. I. explique que ses parents lui ont légué sa religion mais aussi que sa femme et sa fille se sont converties l’année dernière (à 59 et 34 ans…). Ni Juifs, ni Grecs, ni païens, tous égaux par le baptême… Se laisser toucher par la grâce
Comme chaque année, avec le nombre de plus en plus important d'hommes et de femmes qui s'élancent vers St-Jacques de Compostelle, on reparle de marcheurs, randonneurs, pèlerins…
Soyez sûr que chacun sera interpellé, à un moment ou un autre au cours de sa marche, pour peu qu'il se laisse toucher par l'instant où il lui faudra se poser la question : que suis-je venu faire ici ? Ce sera peut-être au soir de sa première étape, quand le sac et la tête doivent se vider en même temps de poids de vie trop lourds nés des inquiétudes et des habitudes de nos organisations humaines. Ce sera peut-être à Conques, lorsque Frère Jean-Daniel offrira aux pèlerins émus un concert d'orgue improvisé dans l'abbatiale, ou encore en franchissant les Pyrénées, ou pendant la traversée de la Meseta, ou simplement devant la cathédrale de Santiago, où tant de larmes ont coulé. Mais ce sera, sûrement, car nul n'a été porté sur ce chemin par hasard, et s'il marche vers "l'accessible étoile" c'est qu'il y a un but à sa quête et qu'il lui appartient de le découvrir. Que faut-il espérer à l'aube de cette nouvelle saison de pèlerinage ? Si tant et tant de personnes empruntent le chemin, c'est sans doute que notre temps ne leur apporte pas la dimension qu'elles espèrent de la vie. A l'horizontal il manque cette troisième dimension, celle qui nous tire vers le haut et qui nous rappelle que nous sommes aussi des êtres spirituels. L'appel du chemin
Dans son éditorial du Hors Série du Pèlerin de mars 2009 entièrement consacré à l'appel du chemin vers Compostelle, René POUJOL nous dit ceci :
"…L'homme moderne serait nomade, nous dit-on. Parce qu'il chérit plus que tout sa liberté et son indépendance, et que les merveilles de la technologie lui permettent, à tout instant, d'être à la fois ailleurs et relié au monde. Sauf que l'horizon du nomade se limite à l'errance, sans but ni fin. Or l'homme moderne se découvre aussi comme un "être spirituel" en quête de sens. L'assoiffé de liberté aspire à se donner des racines…" Tout est là dans cette volonté assumée et consentie, même si pour beaucoup cela n'est encore qu'un petit germe au fond du cœur, qui veut que l'on "accepte" de se mettre en marche et peut-être comme les pèlerins d'Emmaüs en d'autres temps, faire un bout de chemin avec le Christ ? C'est en tout cas ce que je vous souhaite à tous qui demain partirez sur ce chemin de lumière. Simplement parce que ce chemin n'est pas seulement survivance de l'histoire, comme un éco-musée naturaliste des pèlerinages ancestraux, mais bien une véritable périgrination vivante d'aujourd'hui, d'un peuple en marche vers son Créateur, là ou brille l'Etoile… Jean-Marc et Marie LUCIEN Accueil Chrétien à St-Privat d'Allier Jean-Marc Lucien
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Le chemin sera ce que nous en faisons - un très beau texte de Hugues


