Quatrième dimanche de Carême-Année A

Homélie du Père Emmanuel GOBILLIARD



Jésus nous sauve de l'aveuglement du mensonge, du péché qui conduit à la mort. Pour nous montrer qu'il est la lumière, il guérit l'aveugle né, et nous sommes tous sauvés parce que nous reconnaissons qu'il est la lumière qui éclaire tout homme. Un homme est guérit et nous sommes tous sauvés. C'est comme pour le paralytique. Jésus nous pardonne tous nos péchés. Il nous remet debout parce qu'il est le chemin. Pour nous montrer qu'il est le chemin, il va remettre sur pied le paralytique, mais en faisant cela c'est chacun de nous qu'il sauve, parce qu'à partir de ce moment-là, nous pouvons reconnaître en Jésus le Dieu qui fait miséricorde et lui demander pardon. La semaine dernière il rencontre la samaritaine ; il la rétablit dans la vérité, la guérit du désespoir et de la honte dans laquelle elle se trouve. (L'heure à laquelle elle va puiser l'eau en est le signe. En effet on ne va pas puiser l'eau à la sixième heure, c'est à dire à midi, sauf si on ne veut y rencontrer personne parce qu'on a honte). En allant la tête baissée puiser de l'eau elle va rencontrer la source. Jésus se présente comme la source. D'ailleurs le texte hébreux ne dit pas comme c'est écrit dans nos traductions qu'il s'assoit au bord du puits. Le texte dit « il s'assoit sur la source », parce qu'il est lui même la source, comme il est la lumière dans le texte d'aujourd'hui et comme il est la vie (nous le verrons la semaine prochaine). Et cette femme sera rétablie dans sa dignité. Elle avait cinq maris, elle rencontre le véritable époux de l'humanité ; elle avait cinq dieux (je vous rappelle que selon la tradition juive, les samaritains étaient dans l'erreur parce qu'ils adoraient cinq dieux ; Or le terme « mari » et le terme « divinité » est le même en hébreux : baal), et elle rencontre le Dieu unique.

Ainsi, chaque événement de la vie du Christ, chaque miracle a une portée universelle. Grâce à l'aveugle né nous recevons tous la lumière qui est Jésus, grâce au paralytique, nous suivons Jésus qui est le chemin, grâce à la Samaritaine, nous reconnaissons en Jésus la source de tout amour et nous l'adorons comme notre Dieu, et la semaine prochaine grâce à Lazare, nous reconnaîtrons en Jésus la Vie. Ce qu'il fait à l'un de ses frères, il le fait pour tous parce que ce qu'il réalise dépasse largement les apparences. Sa portée est cosmique !

Tous ces événements préparent le grand événement de la Pâque. Toutes ces souffrances des hommes et des femmes que Jésus croisent sur sa route, annoncent d'une certaine manière la passion de Jésus. A sa passion Jésus va annoncer par son offrande, qu'il est lui-même le Salut et qu'il nous sauve tous du péché et de la mort, comme il a sauvé concrètement deux hommes, deux pécheurs et il les sauve de toute façon, même s'ils n'en ont pas conscience. Relisons le texte de la passion pour bien comprendre ce que je veux dire. Souvent les jeunes me disent qu'ils n'ont pas besoin d'être sauvés, ou qu'ils ne comprennent pas comment Jésus les sauve

Certains me disent : Jésus est mort, mais c'était la fatalité. Il a été trahi, emprisonné, condamné, tué. C'est injuste, mais il n'y pouvait rien, il a subit la fatalité comme nous tous. Sous-entendu : il n'était pas libre et il n'a sauvé personne. Et bien Jésus a fait lors de sa passion la même chose que ce qu'il a fait avec l'aveugle, le paralytique, la samaritaine et Lazare. Pour vous montrer que je suis la Lumière, je vais guérir l'aveugle, pour vous montrer que je pardonne les péchés, je vais remettre le paralytique sur pied, pour vous montrer que je suis la Vérité, je vais rendre à cette femme sa dignité en lui disant qu'elle est digne d'être aimé, pour vous montrer que je suis la Vie, je ressuscite Lazare. Pour vous montrer que je suis le Salut, je vais sauver, deux hommes d'une mort atroce. Comment fait il cela ? Relisons quelques passages de la passion et nous le verrons très clairement. Les Juifs cherchent à faire condamner Jésus et pour cela ils cherchent deux faux témoins qu'ils finissent par trouver.

Nous sommes dans la même configuration que pour le procès de Suzanne, dans le livre de Daniel. Deux faux témoins font accuser Suzanne d'adultère. La loi prévoit qu'elle soit condamnée à mort. Les témoins dans la tradition juive sont en général particulièrement crédibles parce que s'il est prouvé que leur témoignage est faux, ils encourent la peine de l'accusé, soit, dans le cas de Suzanne : la mort. Or justement, Daniel confond les témoins et apporte la preuve qu'ils mentent. Conséquence : les deux témoins sont condamnés à la place de Suzanne. Nous retrouvons la même situation dans le procès de Jésus que nous entendrons le dimanche des rameaux : deux témoins accusent Jésus. Dans un souci d'équité, Pilate interroge Jésus à la suite de l'accusation des témoins. Jésus est le seul présent à pouvoir confondre leur témoignage mais il se tait. S'il avait parlé, il n'aurait pu dire que la vérité, lui qui est la Vérité et il aurait fait condamné à mort les deux témoins. En se taisant il ne trahit pas la vérité et il fait de ce procès l'occasion de la plus grande charité : il sauve la vie de ces deux hommes. Le silence de Jésus est aussi le signe qu'il est libre et qu'il offre sa vie librement. Il aurait pu sauver sa vie, mais il l'offre pour sauver immédiatement ces deux pécheurs, ces deux menteurs et pour nous sauver, nous qui sommes pécheurs et menteurs. Il manifeste ici aussi que le mystère de la Croix a une portée universelle. Il nous suffit de reconnaître que nous sommes pécheurs, que nous avons besoin d'être sauvé par Jésus. Cette attitude, c'est celle dont justement les pharisiens n'ont pas été capables et Jésus le leur reproche : « Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure. ». Jésus nous a déjà sauvé. Sachons ouvrir notre cœur pour recevoir ce don immense en reconnaissant tout simplement que nous avons besoin d'être sauvé parce que nous sommes pécheurs. Amen

Père Emmanuel Gobilliard


Maryline Reymond
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