Quatrième dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Lectures et homélie du père Emmanuel Gobilliard.



Première lecture : Livre de Sophonie 2,3.3,12-13.

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays qui faites sa volonté. Cherchez la justice, cherchez l'humilité :peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère du Seigneur.
Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu'un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur.
Ce Reste d'Israël ne commettra plus l'iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l'effrayer.

Deuxième lecture : Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1,26-31.

Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n'y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance.
Au contraire, ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s'enorgueillir devant Dieu.
C'est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes, dans le Christ Jésus, qui a été envoyé par lui pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption.
Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut s'enorgueillir, qu'il mette son orgueil dans le Seigneur.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12.

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Homélie du père Emmanuel Gobilliard

Bienheureux ceux qui ont la santé
Bienheureux ceux qui réussissent professionnellement
Bienheureux ceux qui ont une vie affective épanouie
…Tout cela n'est pas dans l'Evangile

Pourtant ce sont des choses qui peuvent avoir leur sens, voire parfois être importantes. D'ailleurs au début de l'année, on dit «meilleurs vœux…et surtout la santé ». Le Seigneur ne nous dit pas : « et surtout la santé » sinon ce serait dans les béatitudes.
Le bonheur que le seigneur veut pour nous c'est quelque chose de bien différent. Comme disait le Père TREVET, il en va des béatitudes comme de la découverte d'un fruit exotique inconnu, par exemple le kaki. Nous avons vécu la même expérience avec le Père TREVET puisque nous étions à ROME à quelques années d'intervalle, nous avons vu pour la première fois de notre vie un kaki sur la table, et plus le kaki était laid, meilleur il était car un bon kaki, c'est un kaki qui est légèrement fendu avec une couleur presque rouge voire marron. Les beaux kakis qu'on vend ici sont immangeables.
Et finalement quand on découvre le kaki, on trouve que c'est l'un des meilleur fruit que l'on n'ait jamais goûté.
Il en va des béatitudes comme de la découverte du kaki.

Au début cela peut nous paraître étonnant voire repoussant et quand on se met à les vivre, on découvre qu'il y a derrière cela un bonheur inattendu et c'est une merveilleuse introduction au carême qui lui aussi peut paraître repoussant et qui pourtant nous révèle une joie inattendue. C'est une grâce que nous ayons cet évangile des béatitudes à trois jours du début du carême. Certains peuvent peut-être vouloir profiter du dernier dimanche ordinaire en pensant que le carême viendra bien assez tôt et pourtant il faut désirer le carême et nous avons toutes les raisons de désirer le carême.
Sauf si nous avons l'habitude et c'est le cas pour vous comme pour moi de mal le vivre année après année. Le carême c'est comme les béatitudes, c'est le Seigneur qui nous invite à découvrir une réalité vers laquelle nous ne sommes pas humainement ou sensiblement attirés mais qui nous est salvifique.

Le carême peut être aussi la réponse qui est donnée à ceux qui n'ont plus envie de rien. En effet de quoi souffre-t-on le plus aujourd'hui en France ? est-ce d'un manque de confort, de nourriture, de biens matériels ? sans doute certains en manquent-ils ! Pour ceux là, rappelons nous que le premier but du carême, on l'entendra le mercredi des cendres, c'est la charité. Mais pour nous qui -a priori- ne mourons pas de faim, pour la majorité d'entre nous qui vivons dans un certain confort, parfois avec pléthore de biens matériels qui nous entourent et qui nous encombrent, le carême doit être vécu différemment. Ce dont nous souffrons le plus aujourd'hui, c'est d'un manque d'envie. D'ailleurs cette absence de goût pour la vie entraîne parfois une maladie grave ou bien est le signe d'une maladie grave très répandue qu'on appelle la dépression.
Le signe d'une dépression, c'est de ne plus avoir envie de rien et celui d'une dépression profonde, c'est de ne même plus avoir envie de vivre.

La sagesse bienveillante de Dieu, dont nous avons entendu parler dans la première lecture, nous offre le carême pour nous aider à retrouver l'envie. En nous aidant à nous détacher de tout ce qui est secondaire et qui nous encombre, le carême nous permet de retrouver le goût pour l'essentiel, la saveur de Dieu, la saveur de la vie spirituelle, la saveur de notre aspiration profonde à la vie divine.
Je suis tombé l'autre jour sur une chanson de Johnny Hallyday. Voilà un homme qui, selon certains critères à tout reçu : l'argent, la gloire, l'amour, le succès…Et bien voici ce qu'il chante dans une de ses récentes chansons et qui pourrait très bien illustrer ce que je viens de vous dire : « Qu'on me donne l'obscurité puis la lumière
Qu'on me donne la faim la soif puis un festin
Qu'on m'enlève ce qui est vain et secondaire
Que je retrouve le prix de la vie, enfin !
On m'a trop donné bien avant l'envie
J'ai oublié les rêves et les "merci"
Toutes ces choses qui avaient un prix
Qui font l'envie de vivre et le désir
Et le plaisir aussi
Qu'on me donne l'envie !
L'envie d'avoir envie !
Qu'on allume ma vie ! »
Le Christ seul peut éclairer ma vie d'un jour nouveau qui peut remplacer cette culture mortifère par une culture de vie, qui peut faire de ma mort, une résurrection. Dans un monde où nous souffrons de cette mort de l'âme qu'est la dépression, nous avons besoin de retrouver une véritable envie, une soif. Bienheureux ceux qui ont faim et soif car leur cœur s'ouvre à la vraie vie car l'envie en eux va naître, l'envie de l'essentiel, l'envie de la vie. « Et pour moi vivre, c'est le Christ », dit saint Paul.
Les béatitudes, même si elles ont l'air un peu rugueuses sur l'extérieur ou pas très appétissantes, ont le goût et la saveur de la vraie vie, de la vie avec DIEU. Le carême est donc nécessairement un temps joyeux, car son but premier est de chasser ce qui est vain et secondaire, de nous donner le goût de l'essentiel et de nous rendre joyeux. Ce qui doit être chassé en premier lieu : c'est le péché. En effet, le fruit du péché, c'est la tristesse, or le fruit de la vie avec Dieu qu'on appelle la vie selon l'Esprit-Saint, c'est la joie ! Alors désirons ardemment entrer dans cette vie du carême pour retrouver cette joie profonde qui va nous faire vivre et vivre d'amour comme dit sainte Thérèse de l'enfant Jésus, c'est-à-dire de la charité pour tous ceux qui justement n'ont pas l 'essentiel pour vivre. Notre joie sera décuplée parce que nous aurons reçu la joie de l'essentiel en mettant de côté ce qui est vain et en plus nous aurons la joie de donner le nécessaire à ceux qui en ont besoin.

AMEN


Marie Roche
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