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Solennité de l'EpiphanieLectures et homélie du père Emmnanuel Gobilliard.Première lecture : lecture du livre d'Isaïe 60,1-6.
Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Regarde : l'obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d'au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations. Des foules de chameaux t'envahiront, des dromadaires de Madiane et d'Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l'or et l'encens et proclamant les louanges du Seigneur.
Deuxième lecture : lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens 3,2-3.5-6.
Vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m'a donnée pour vous : par révélation, il m'a fait connaître le mystère du Christ, dont je vous ai déjà parlé dans ma lettre. Ce mystère, il ne l'avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l'a révélé maintenant par l'Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 2,1-12.
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Sur ces paroles du roi, ils partirent.Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant. Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Homélie du père Emmanuel Gobilliard
Dans l'Evangile du 3ème dimanche de l'Avent, il y a cette phrase de Jésus : « qu'êtes-vous donc allés voir ? (il parle de Jean-Baptiste), un prophète ? » Je voudrais reprendre cette phrase « qu'êtes-vous donc allés voir ? » à propos de Jésus dans la crèche. Les mages venus d'Orient, riches de savoir et d'intelligence, de culture, d'une grande diversité aussi, arrivent avec des présents absolument inutiles à priori pour un enfant qui n'a besoin que de lait. Que sont-ils donc allés voir ? un sauveur dans la personne d'un nourrisson qui n'est qu'un faisceau de besoins. Ils sont allés recevoir d'un nourrisson leur salut et qui plus est, un peu plus tard, c'est Joseph qui sauve Jésus. C'est Joseph qui sauve le sauveur. Joseph qui lui-même avait reçu de l'ange l'ordre de donner à l'enfant à naître le nom de Jésus, ce qui veut dire : Dieu sauve. Cet enfant qui n'est qu'un faisceau de besoins ne peut pas se sauver lui-même, mais il est le sauveur Cela nous rappelle étrangement un autre épisode : l'autre grand moment du Salut pour le chrétien, l'épisode où Jésus est enveloppé non plus de langes mais d'un linceul, l'épisode où Jésus sur la croix entend des passants cette phrase : « Il en a sauvé d'autres et il ne peut se sauver lui-même ». Les deux grands moments du salut pour les chrétiens sont les moments où Dieu est absolument impuissant : la naissance d'un enfant qui ne peut vivre sans l'aide des autres et la mise à mort d'un homme qui se prétend Dieu et qui ne peut même pas se sauver lui-même. Que sont donc allés chercher les mages en allant contempler un bébé dans une crèche ? Cet enfant nous invite à contempler les limites que le Verbe lui-même s'est imposées en venant habiter parmi nous. Puisqu'il est Dieu, il aurait pu choisir de multiples manières pour nous sauver, plus éclatantes, plus glorieuses, plus puissantes. Il a choisi de venir dans un enfant. Et aujourd'hui, que faites-vous, qu'êtes-vous venus chercher ? un morceau de pain. Dieu présent dans encore pire qu'enfant, encore pire qu'un crucifié : un morceau de pain. Et vous allez reconnaître dans un morceau de pain la présence de celui qui vous sauve. Avouez que pour le monde qui parle surtout de puissance, d'argent, de pouvoir, d'honneur, de gloire, c'est quand même bien paradoxal ; on doit souvent nous prendre pour des fous ! Alors que sommes-nous allés chercher ? Eh bien, nous sommes allés chercher Dieu présent dans ce qu'il y a de plus faible. Dieu présent dans celui qui a besoin car l'enfant est d'abord celui qui a besoin, Dieu présent dans celui qui a besoin de nous pour vivre, comme il avait besoin de Marie pour survivre. Il a besoin de nous pour vivre dans ce monde, pour vivre en nous, comme il avait besoin de Marie pour vivre dans ce monde. Cela signifie deux choses, me semble-t-il ? La première est que ce sauveur, qui n'a absolument pas les apparences d'un sauveur, nous indique que l'espérance chrétienne est de mettre notre espérance en celui qui ne peut pas se sauver mais qui, peut être en vertu même de cette impuissance est devenu le sauveur du monde. Le faible, celui qui refuse la force et la puissance, devient le sauveur. Et nous savons que c'est finalement la seule façon de réaliser un authentique salut. Prenons une comparaison : lorsqu'il y a une querelle entre deux personnes, entre un père et son fils par exemple, comment faire en sorte que chacun, à la fin de cette querelle soit plus heureux. Si le père met en avant son autorité de manière un peu autoritariste, de manière trop puissante, de manière trop forte, il va braquer son fils. Si le fils se met en colère ou fait un caprice, c'est-à -dire impose sa puissance d'enfant capricieux, la relation ne sera pas rétablie. Le seul moyen pour que la relation entre ces deux personnes soit rétablie, pour que chacun soit plus heureux et puisse grandir, c'est que chacun s'abaisse. Chacun, finalement doit demander pardon, doit dire, à un moment de la discussion, « j'ai besoin de toi ». L'amour me semble-t-il, commence lorsque cette phrase est exprimée. Alors que nous avons tendance, nous chrétiens, à croire que nous avons surtout besoin de donner aux autres avec condescendance, je pense que nous avons d'abord besoin de recevoir et que l'amour commence lorsque entre deux êtres, je suis capable de dire : « j'ai besoin de toi ». Car je donne à l'autre la possibilité d'exister, je donne à l'autre la possibilité d'être quelqu'un pour moi, d'être quelqu'un qui compte pour moi. Eh bien voilà ce que Dieu fait. Dieu nous offre la possibilité de nous grandir en le servant. Il se fait besoin pour que nous puissions donner. Il se fait nourriture pour que nous puissions agir dans le monde. Qu'êtes-vous allés voir à la crèche ? Nous pouvons reprendre cette question avec toutes les réalités qui nous entourent. Qu'êtes-vous allés voir en allant rencontrer cette vieille dame atteinte de maladie d'Alzheimer à l'hôpital ? rien qui puisse vraiment vous glorifier, rien qui puisse faire avancer votre carrière, rien qui puisse vous enrichir. Qu'êtes-vous allés voir en allant rencontrer cette personne malade du Sida, cette personne pauvre, cette personne dépressive, cette personne qui a simplement besoin de vous. Qu'êtes-vous allés chercher sinon un accomplissement profond des désirs de votre cœur, du désir d'être. Le Seigneur est celui qui nous donne d'être, qui nous donne d'exister, qui nous donne d'aimer, qui nous donne de nous donner. Alors, deuxième conséquence : ne demandons pas au Seigneur de construire pour nous notre vie. C'est encore une tentation, de vouloir que le Seigneur exerce sa puissance au point de nous dire ce que je dois faire demain matin. Non, le Seigneur nous donne la possibilité de construire notre vie avec lui, mais avec lui en nous. Il nous donne la force d'aimer, la possibilité, la capacité d'aimer, alors à partir de là je peux construire ma vie, être heureux, me réconcilier avec ceux que j'ai blessés. Demandons au Seigneur d'être « Intimior intimo meo » dans l'Eucharistie comme disait saint Augustin, plus intime à moi-même que moi-même. Car celui qui est si fragile a besoin d'être présent en moi, si je le reçois avec foi, pour qu'il agisse à travers moi. Finalement, comme disait notre évêque pendant la nuit de Noël, la véritable crèche, c'est notre cœur, c'est notre corps, c'est notre être tout entier dans lequel Jésus lui-même veut habiter comme un enfant discret pour que sa fierté, ce soit notre action avec Lui. Amen.
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