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Témoignage apporté par Isabelle, pour tout ceux qui hésitent...Oui, partir seul (e), c'est souvent l'occasion de faire un grand pèlerinage, celui dont chacun a besoin et qui lui est "préparé" !
Oratoire sur le chemin à Condom
Bonjour, Je voudrais vous faire part de mon expérience. Depuis 4 ans je faisais le camino (Via Podiensis) avec ma cousine. Belle rencontre, un jour, au cours d'une fête de famille où nos intentions se rejoignirent. Le temps qu'elle voulait y consacrer y était toujours très compté et me laissait, sans que je prenne ma liberté, chaque année un peu sur ma faim. L'an dernier elle n'a pu repartir. Cela semblait être pour moi l'occasion de tracer ce chemin seule. Or après avoir programmé un départ seule, je l'ai finalement annulé la veille de partir. Une angine bien réelle venant matérialiser, probablement, mes peurs... Il s'agissait de traverser les Pyrénées et de marcher en Espagne! Tout à coup le doute: En étais-je réellement capable seule... Puis cette année, les témoignages d'ami(e)s pèlerins ayant vécu cette belle expérience du chemin seul(e), me titillant à nouveau, je décide de partir fin mai. Je pose mes dates de congés, qui ne sont pas acceptées...!!! De plus autour de moi mes proches sont réticents. Dois je les écouter? Un peu agacée, je lache prise, d'autant que ma cousine peut repartir mi-juillet. Donc c'est décidé je repartirais avec elle. Nous terminerons ensemble ce que nous avons commencé. Et voilà que 3 jours avant de partir, son mari a un important problème de santé. Son départ est annulé... Me revoici au bord du chemin avec une décision à prendre... C est elle qui avait tous les billets pour nos transports... Je les recevrais à temps, la veille de partir! Et me voilà, le 15 juillet sur le bord du chemin. Non pas sur le bord mais sur le chemin. C'est maintenant sûr : "Je pars!" Pleinement confiante et heureuse… Et Je suis rentrée de Burgos, après 13 jours de marche sans aucun problème d'aucune sorte! Et avec comme belle leçon: Que ce que l'on lâche est souvent redonné. Pour moi c'est évident ! Que les peurs que l'on a, ou que les autres expriment, n'existent pas! Que chacun reçoit sur le chemin quelque(s) chose(s) (au pluriel même) qui est bien spécifiquement pour lui. A lui au retour de le relire et d'en comprendre le symbole. Il y a d abord la réalité toute concrète à vivre puis la lecture vient après. Chaque pèlerin revient avec son petit lot de perles collectées le long du chemin et qu'il est bon de partager. Des petites perles vous en voulez ? A Orisson où je me suis arrêtée pour la nuit, alors que je ne lui avais pas encore parlé, A. m'a dit :"je veux te voir pour ta jambe droite". Comment pouvait-il savoir qu'un point douloureux dans ma hanche droite s'était insidieusement installé au cours de ma montée depuis St Jean Pied de Port ? Merci A. pour le partage de ce don et cette connaissance que tu as, baume bienfaisant pour le pèlerin. Il a défait un claquage en quelques minutes et permis à un pèlerin de reprendre son chemin. Dans la montée, le lendemain, dans le brouillard, j'ai rencontré une québécoise. Et nous avons marché et partagé ensemble 8 j durant. Clin d'oeil pour ma vie personnelle : j ai partagé la vie d’un français d’origine québécoise durant 11 mois.. Belle rencontre assurément quand on sait qu'avant de partir elle avait "prié" sa grand mère décédée, et qu'elle aimait beaucoup, de lui donner une compagne de chemin...et c était moi, et nous nous sommes rendues compte que ma date d'anniversaire de naissance et la date anniversaire de son décès était la même, quelques jours avant le printemps... Du coup elle était bien persuadée que j'étais vraiment l'envoyée de sa grand-mère!!! Plus tard elle m'a fait un beau cadeau en me disant que je lui redonnais le goût de la "pratique" religieuse"...Peut être un nouveau printemps, pour elle. Pour moi lire les psaumes ou les textes le matin tout en marchant était une belle mise en route. Parfois certaines phrases me parlaient vraiment, très concrètement, comme "Déchargez-vous de ce qui vous alourdit!"...Cela faisait déjà plusieurs jours que je le sentais trop lourd ce sac, et mes vêtements chauds, utiles à Roncevaux, devenaient inutiles. C'est alors que par hasard (!). nous sommes passés devant une poste...Je n'ai pas fait qu'y passer, naturellement ! j'ai été également émerveillée de la présence de tant de jeunes venus de tous les pays du monde et pour certains de leur très jeune age 17, 20 ans... Un petit couple des USA, un autre de Hongrie, priant le soir, côte à côte, les yeux fermés, mains enlacées et jointes, se murmurant leur prières à l oreille, discrètement dans la salle commune du gîte...Icône vivante, icône de vie. j'ai parlé avec des japonais, présents là, parce qu'ils avaient rencontré 2 brésiliens, qui avaient fait le chemin de compostelle, sur un camino shintao, au Japon, Et cela leur avaient donné envie de faire ce camino là en Espagne... Une jeune coréenne marchait thermos à la main, comme à Pékin! Avec une compagne américaine, du chemin. L’une était petite et très blanche, l’autre très grande et noire. On apprend sur le chemin à unir nos différences. Et même à ne plus les voir du tout ! J'ai aimé ces repas, où dans un anglais parfois très approximatif surtout pour nous, dont les études sont parfois loin, les rires et la vie circulent, les regards, les visages sont bienveillants et attentifs. Dans ces Babel du chemin, l'Esprit (Saint ?) circule à plein régime, comme dit l'un de mes amis pèlerin. Oui le camino est un chemin de Vie. Le monde entier y marche. C est une réalité. Et puis j'ai marché seule, totalement, durant les 3 derniers jours de mon trajet. La marche seul(e) porte le "pèlerin" à écouter davantage sa voix intérieure et les longs moments quand ils sont solitaires le conduisent à parler à l'intime, à Celui qui habite en lui. Une présence douce et bienveillante l'accompagne. La prière monte parfois à ses lèvres, un chant, une phrase se font tout à coup sentences, et se répètent en soi, au rythme des pas, comme à l'infini, puis se taisent. Le chant d un oiseau, la cloche d'une vache au loin, le clocher d une église... L'écoute est affinée. Des « ola » lancés joyeusement par des cyclistes à vive allure viennent parfois rompre cela, mais tracent sur le visage un sourire. Loin d être en peine avec cette solitude, elle dit que tout est possible, et que l'écoute de son désir profond donne parfois le meilleur. Elle fut également pour moi comme le moyen de me préparer doucement à mon retour et à ma vie solitaire. Une vie solitaire habitée des milles sourires reçus et donnés au fil des jours. A l'image du camino. Oui quel beau chemin. Je souhaite à toutes celles, et ceux qui hésiteraient encore à franchir le pas de partir seul(e), d'y aller, d'oser! Bien sûr il faut du courage, de la volonté, des pieds pour avancer, des yeux pour voir et contempler, des mains pour donner et recevoir et s'il se peut que l’un d eux manque, alors ce qu'il faut surtout c est un coeur grand ouvert pour aimer ! ULTREIA Isabelle Jean-Marc Lucien
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