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Témoignage d'un pèlerin

Etant venu habiter au Puy en Velay en 1976 j'avais eu l'occasion, au cours des années, de voir de temps en temps, mais surtout après les années 90, des départs de pèlerins vers St Jacques de Compostelle.



Témoignage d'un pèlerin
En 1990, à la suite d'un événement familial, j'avais fait le vœu de faire un jour, à pied, le pèlerinage vers St Jacques. Comme je voulais le faire d'une seule traite j'ai attendu l'année de ma retraite pour partir. Après m'être préparé physiquement par des marches de plus en plus longues, j'avais aussi estimé qu'il me fallait une préparation spirituelle. C'est ainsi que j'avais eu l'occasion, au cours d'une retraite de plusieurs jours à Conques, de rencontrer beaucoup d'anciens pèlerins qui m'avaient donné beaucoup de bons conseils.
Comme cette marche vers St Jacques était pour moi un pèlerinage et donc une démarche spirituelle, je n'avais pas du tout envisagé de marcher avec d'autres personnes. Mais lorsque, un mois avant mon départ, j'ai eu un coup de fil d'un ami, temporairement sans travail, qui me demandait si j'accepterais qu'il vienne avec moi sur le chemin, je n'ai évidemment pas pu dire non et n'ai pas eu à le regretter. Nous avons donc marché ensemble jusqu'à Pampelune en Espagne et ensuite, pour des raisons d'impératifs de temps (lui voulait arriver plus tôt à St Jacques) nous avons cheminé seul sur le chemin espagnol. Et je me souviens avoir été très touché lorsque, étant moi-même encore à quelques jours de Santiago, j'avais eu un coup de fil, sur mon portable, de cet ami qui venait d'arriver sur la place, en face de la cathédrale de Santiago, et qui me remerciait car, disait-il, c'est à moi qu'il devait d'avoir pu faire ce pèlerinage.

Pendant tout ce cheminement j'avais espéré faire beaucoup de démarches intellectuelles philosophiques ou spirituelles. Et, même si j'avais eu souvent l'occasion de faire un retour sur moi-même ou de prendre du recul par rapport à certains événement de la vie, j'avais été très déçu de réaliser après coup que, comme la plupart des pèlerins, mes préoccupations étaient surtout matérielles : où trouver de quoi s'abriter, de quoi manger, où se loger etc.…Comme nous avons eu énormément de pluie, surtout sur le territoire français
(entre Le Puy et St Jean Pied de Port nous n'avons eu que trois jours sans pluie) et que nous étions en Avril, nous grelottions de froid dès que nous nous arrêtions. Par contre nous n'avons jamais eu froid en marchant. Pour le picnic de la mi journée nous avions souvent du mal à pouvoir trouver un endroit sec. Nous avions aussi beaucoup de mal, surtout en France, à trouver des messes à des heures qui nous conviennent, c.a.d. soit le soir, à l'arrivée, soit le matin avant le départ. En Espagne cela a été beaucoup plus facile.

Sur le chemin j'ai été enthousiasmé par toutes les rencontres que l'on fait dans une ambiance de fraternité complète et où il n'existe aucune distinction de classe sociale, d'origine ou de religion. La motivation religieuse du pèlerinage n'est pas la principale mais sur le chemin l'on retrouve une spiritualité particulière. Certains lieux sont particulièrement favorables à cette recherche de spiritualité et si l'abbaye de Conques se distingue par son prestige et par l'originalité de son accueil des pèlerins l'on retrouve aussi sur le chemin d'autres lieux d'accueils comme le couvent de Vaylats, Lascabanes etc.…En Espagne j'avais été frappé par l'accueil très sympathique au monastère des clarisses, à Carion de los Condes.
En chemin je disais quotidiennement mon chapelet et j'ai souvent eu l'impression d'être secondé par la Providence qui m'apportait son aide dans les moments difficiles. Je me souviens par exemple de l'étape avant l'arrivée à San Juan de Ortega : dès la fin de la matinée j'étais épuisé et je me demandais comment j'arriverais au but de la journée alors que j'avais déjà du mal à mettre un pied devant l'autre. Alors que je venais d'invoquer l'aide de la Vierge j'ai rencontré Martha, une jeune brésilienne qui faisait seule le pèlerinage. Et le bavardage avec cette personne, très sympathique m'a fait oublier la fatigue et, malgré de grosses pluies que nous avons essuyés tout l'après midi la marche en commun nous a bien aidé à tenir le coup.

En chemin l'on trouve aussi des moments chaleureux :
- En arrivant un jour, vers midi, à St Côme d'Olt, il pleuvait tellement que nous ne trouvions pas d'endroit pour picniquer au sec. Nous nous décidons donc à nous arrêter dans un café, sur la place principale. Mais là notre aspect de gueux dégoulinants a effrayé le cafetier qui a sans doute eu peur que l'on salisse son établissement : il nous a dit qu'il n'avait pas de place (alors qu'il n'y avait personne dans le café….) Nous sommes donc ressortis, un peu dépités et avons décidé d'essayer un autre café, situé en face : et là nous avons été accueillis d'une manière tellement chaleureuse que cela nous a « réchauffés » pour toute la journée.
- Juste avant d'arriver à St Jacques, à Rua, où il n'y avait pas de gîte, j'avais, par téléphone, réservé la veille dans un petit hôtel. C'est donc un dimanche soir, vers 18 h, après une journée qui avait encore été très pluvieuse, que j'arrive à l'hôtel O'Pino qui était tout à fait isolé dans la campagne. Et là j'ai eu une forte émotion en constatant que l'hôtel était fermé et tout éteint. Sur la porte se trouvait une affiche indiquant que, pour des raisons de manque de personnel, l'hôtel était fermé le dimanche. Comme j'avais déjà fait plus de 28 Km dans la journée et que la possibilité de logement suivant était à près de 10 Km, j'ai eu un moment de panique. Je fais le tour de l'hôtel mais ne vois aucune lumière. En désespoir de cause je me dis que je ne risque rien de sonner et appuie donc sur la sonnette. Après de longues minutes d'attente et d'angoisse j'entends bouger à l'intérieur de la maison. Je vois arriver un vieux monsieur à qui j'explique que j'avais réservé une chambre. A mon grand soulagement il me fait entrer et appelle une jeune femme, la patronne, qui me dit que, comme je suis pèlerin sur le chemin de St Jacques elle a une chambre pour moi. Elle a eu pitié de mes habits sales et détrempés et m'a demandé tous mes vêtements pour les laver et me les rendre secs, le soir, après un délicieux dîner et, là encore, la chaleur de son accueil m'a beaucoup touché.

Le retour au Puy s'est fait par le train et là on se retrouve dans l'ambiance du
Pèlerinage car, dans le train qui nous ramène de Santiago à Hendaye, l'on retrouve un grand nombre de pèlerins de toutes les nationalités, avec lesquels on a beaucoup d'échanges. Et le pique-nique pris à midi est particulièrement agréable car, si c'est un pique-nique identique à celui de tous les autres jours, il est au sec, tranquille en voyant des paysages connus défiler sous ses yeux et en sachant que, pour une fois, il ne faudra pas reprendre la marche sous la pluie, une fois le pique nique terminé.


Après mon retour au Puy je n'avais pas du tout envisagé de refaire le pèlerinage une deuxième fois. Mais là encore c'est la providence qui m'a poussé à refaire le chemin une deuxième fois, six ans après le premier pèlerinage. En effet l'un de mes gendres, médecin, avait eu un grave accident en se rendant au chevet d'un malade et est resté entre la vie et la mort pendant six semaines. Comme le père de mon gendre était effondré devant la perspective de mort de son fils, perspective qui semblait très probable, je lui ai dit que, si ce dernier se remettait, je retournerais à Santiago à pied, en lui demandant s'il viendrait avec moi. Sa réponse avait été positive et comme mon gendre s'était bien remis, nous sommes partis ensemble à St Jacques l'année suivante.


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