Troisième dimanche de Carême-Année A

Lectures et homélie du Père Emmanuel GOBILLIARD



Lecture du Livre de l'Exode 17,3-7.

Le peuple avait soif. Ils récriminèrent contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte ? Etait-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? »
Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! »
Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs des anciens d'Israël, prends le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va !
Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l'eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d'Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c'est-à-dire : Défi) et Mériba (c'est-à-dire : Accusation), parce que les fils d'Israël avaient accusé le Seigneur, et parce qu'ils l'avaient mis au défi, en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ? »


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,1-2.5-8.

Dieu a donc fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,
qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu.
et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.
Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. -
Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien.
Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.


Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 4,5-42.

Il arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph,
et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ?
Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ;
mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari,
car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi :
nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »
Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.
Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre.
Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.'
Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. »
Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles,
et ils disaient à la femme : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. »


Homélie du Père Emmanuel GOBILLIARD

La semaine dernière, j'ai eu la grâce immense d'être à Lourdes avec les recteurs de sanctuaires de France. Devenus pèlerins pendant 4 jours, nous avons vécu ce que nous proposons dans nos sanctuaires, nous avons fait la démarche du jubilé de Lourdes, nous nous sommes confessés, nous avons fait la procession eucharistique, la procession mariale, nous avons vécu le 150ème anniversaire de la première apparition de Notre Dame à Bernadette le 11 février, un moment très fort qui s'est poursuivi pour moi par 3 jours au monastère de Sainte Marie de Boulaur où a été clos par l'évêque d'Auch le procès diocésain de canonisation de Claire de Castelbajac dont le dossier est maintenant à Rome.

Les deux évènements m'ont beaucoup touché parce qu'il y a un point commun : cela fait trente ans que Claire de Castelbajac a posé son front sur le sol de Lourdes devant la grotte en offrant sa vie et elle a reçu le don de la vie éternelle. Quelques jours après elle entrait dans la vie.

Bernadette, le 24 février 1958 était invitée par la Vierge Marie à poser son front sur la terre.
La Vierge Marie lui a dit « allez baiser la terre pour la conversion des pécheurs ». Juste avant elle lui avait dit « pénitence, pénitence, pénitence ». C'est aujourd'hui que nous fêtons cet anniversaire et ce geste, nous sommes tous invités à le faire, symboliquement, en particulier ce dimanche parce que la liturgie a une forte dimension pénitentielle.

Je vous rappelle l'oraison du début de la messe « écoute l'aveu de notre faiblesse, nous avons conscience de nos fautes, patiemment relève nous avec amour. »

Dans une homélie précédente, je vous rappelais que la vraie seule condition pour ressusciter : c'était de mourir. La condition pour recevoir la grâce de Dieu et sa miséricorde, c'est de faire ce geste de Bernadette, de le faire dans son cœur et c'est ce geste que nous propose la liturgie chaque dimanche et qui est particulièrement mis en relief le mercredi des Cendres (Nous voyons clairement le rapport entre Bernadette qui touche le sol avec son front et les cendres que nous recevons sur le front) et le vendredi saint, lorsque l'évêque et les prêtres se mettent la face contre terre en s'allongeant de tout leur corps devant le Seigneur pour demander pardon.
Nous appelons la grâce de Dieu par l'aveu de notre faiblesse parce que l'aveu de notre faiblesse attire l'amour de Dieu, attire la force du pardon que le Seigneur nous offre.

Aujourd'hui je voudrais vous rappeler le sens de la liturgie pénitentielle de la messe. En effet nous allons, tout au long de l'année, réfléchir sur quelques grands points de notre liturgie de la messe : ainsi aujourd'hui je vais vous parler de la liturgie pénitentielle ; au moment de Pâques, nous parlerons du Gloria ; au retour dans le temps ordinaire, de la liturgie de la parole et ainsi de suite pour éclairer chaque partie de la messe et essayer de mieux la comprendre.

Aujourd'hui évidemment c'est la liturgie pénitentielle dans laquelle je vous invite à entrer plus profondément.
Le premier geste de la messe, c'est le geste de la foi : au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. La grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu le Père et la communion de l'Esprit Saint soit toujours avec vous.
Voilà le début de la célébration et ensuite nous entrons dans la liturgie pénitentielle. La véritable façon d'entrer dans la liturgie pénitentielle, dans le sacrement de la confession, dans toutes ces liturgies dont je vous ai parlées rejoint ce que la Vierge Marie a demandé à Bernadette : la foi ! La première motivation de notre front baissé, c'est la foi ! Ce n'est pas d'abord notre péché, mais c'est d'abord l'amour de Dieu qui nous réveille et cet amour nous invite à comprendre combien nous en avons besoin et combien nous sommes faibles et combien nous avons du mal à y correspondre. La liturgie pénitentielle est un peu comme cette méditation de Sainte Thérèse d'Avila, qu'elle puise dans le cantique : Le Seigneur m'invite à entrer dans ses appartements, le Seigneur m'invite à entrer chez lui, dans le mystère de son amour, dans l'intimité de sa vie. Le premier geste que je pose c'est : non ! Seigneur je ne suis pas digne d'un si grand mystère, je ne suis pas digne d'une telle grâce, d'un tel amour.
La liturgie pénitentielle, c'est à la fois cette phrase : Seigneur, je ne suis pas digne et la réponse de Dieu « si toi tu n'en est pas digne, moi je suis le seul à pouvoir t'en rendre capable, par mon pardon et ma miséricorde ».

La liturgie pénitentielle, c'est se présenter devant le sanctuaire du Seigneur et lui demander pardon parce que nous n'aimons pas assez, nous ne recevons pas assez sa parole, nous ne savons pas lui rendre grâce, nous ne savons pas l'adorer.
La foi c'est aussi la démarche que Jésus propose à la samaritaine. Jésus lui dit : « femme, crois moi ». La foi, c'est la foi en une personne, la seule personne qui peut me sauver, qui peut me ressusciter, qui peut me relever patiemment et avec amour : le Christ ! parce qu'il est mort pour nous faire mourir au péché et qu'il est ressuscité.

Bernadette est invitée par la Vierge Marie à poser son front sur la terre à la huitième apparition, le mercredi 24 février pour que le jeudi 25 février elle découvre la source.
« Allez boire à la fontaine et vous y laver » la Vierge Marie l'invite à découvrir, par son humilité une source nouvelle qui est à la fois la source de la miséricorde, et la source de la résurrection.


La semaine prochaine au cœur du carême, le Seigneur nous offrira la joie d'un dimanche de Laetare, ce qui veut dire se réjouir. Demandons au Seigneur de vivre en vérité la liturgie pénitentielle de la messe, pour pouvoir vivre en vérité la liturgie de la joie qui s'exprime dans le gloria. Demandons au Seigneur d'avoir la foi et de croire vraiment qu'au début de chaque eucharistie, le Seigneur nous pardonne. Evidemment ce pardon est tout orienté vers le sacrement de la réconciliation et inversement, mais le Seigneur nous pardonne vraiment au début de chaque messe si nous avons le désir profond de recevoir son pardon et de nous convertir.

AMEN


Maryline Reymond
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