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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

Homélie du Père Roland Bresson pour le dimanche 4 septembre 2016

Frères et Sœurs,

Si nous écoutons vraiment l'Évangile d'aujourd'hui, si nous prenons au sérieux le Seigneur qui nous parle dans celui-ci... eh bien... nous prenons peur : " Celui qui ne quitte pas toutes ses possessions et qui n'abandonne pas aussi tous ses liens familiaux, celui qui ne renonce pas à lui-même, ne peut pas être mon disciple ".

Mais que dis-tu Seigneur ? !

Le monde n'a-t-il pas besoin de la famille ?

N'avons nous pas besoin de l'amour d'un père et d'une mère ?

Ne vivons-nous pas de l'amour conjugal, de l'amour familial, de l'amitié de ceux qui nous aiment et que nous aimons ?

N'avons-nous pas besoin, Seigneur, de l'amour de la vie ?

N'avons nous pas besoin de la joie de vivre ?

Mais si nous écoutons mieux le Seigneur et surtout si nous écoutons l'ensemble de ce qu'Il nous dit, alors nous comprenons que Jésus n'exige pas la même chose de tous.

Chacun a sa tâche personnelle et aussi sa manière de suivre le Christ, chacun a sa vocation préparée pour lui.

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus parle, devant toute la foule en pèlerinage avec lui vers Jérusalem. « De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retour-na et leur dit... » Il me semble que Jésus parle devant tous de l'appel particulier qu'il adresse spécialement aux Douze. Les Douze apôtres, et ceux qui les suivront dans les sentiers de l'épiscopat, du sacerdoce, de la vie religieuse... les Douze apôtres et ceux-ci doivent :

- Tout d'abord surmonter le scandale de la Croix : ils doivent suivre quelqu'un qui va échouer humainement !!! et qui va remettre sa cause, non pas à un juge humain, au jugement de l'histoire, mais à Dieu !

- Ils doivent ensuite être prêts à vraiment tout quitter et à accepter la mission apparemment absurde d'aller jusqu'aux extrémités de la terre et, avec leur peu de culture, d'annoncer à un monde plein d'une présumée science et d'une formation fausse ou véritable - ainsi que bien sûr d'annoncer en parti-culier aux pauvres et aux simples - l'Évangile de Jésus Christ.

- Ils doivent être prêts, sur leur chemin dans le vaste monde, à subir le martyre, pour témoigner ainsi l'Évangile du Seigneur crucifié et ressuscité.

Si la parole de Jésus au cours de ce pèlerinage vers Jérusalem, où une grande foule l'accompagne, s'adresse tout d'abord aux Douze, son appel particulier est valable pour les disciples les plus proches de lui, durant tous les siècles. De tous temps, Il appelle des personnes à compter exclusivement sur Lui, à tout quitter et à être totalement à sa disposition, et ainsi à la disposition des autres : à créer des oasis d'amour désintéressé dans un monde dans lequel, si souvent, ne semblent compter que le pouvoir et l'argent.

Rendons grâce au Seigneur, car au long des siècles, il nous a donné des hommes et des femmes qui par amour pour Lui ont tout quitté, devenant des signes lumineux de son amour ! Comment ne pas nous souvenir de S. Jean-François Régis, religieux, éducateur, père des pauvres, prêtre, ici au Puy ? Comment ne pas penser à Ste Mère Térésa de Calcutta qui est aujourd'hui canonisée ?

Mère Térésa, à travers toute sa vie, est devenue une icône de la parole de Jésus d'aujourd'hui : « celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. » En elle, Jésus est devenu proche et compréhensible pour beaucoup, et pour nous, je l'espère. Combien de pauvres n'auraient pas été soignés et consolés, combien d'enfants seraient restés abandonnés, combien de moribonds auraient quitté ce monde dans le désespoir ou la révolte, combien d'êtres humains n'auraient pas connu la miséricorde et la bienveillance de Dieu... si Sr Térésa n'avait pas renoncé à elle-même ? Une goutte d'eau, sommes-nous tentés de dire, la vocation de Ste Térésa de Calcutta : une goutte d'eau dans le gouffre sans fond de la misère humaine ! « L'océan est fait de gouttes d'eau » répond-elle un jour.

Et nous, prions le Seigneur, afin qu'à notre époque également, il donne à de nombreuses personnes le courage de tout quitter, pour être ainsi à la disposition de tous.

Si nous écoutons vraiment l'Évangile d'aujourd'hui, si nous prenons au sérieux le Seigneur qui nous parle dans celui-ci... eh bien, nous devons nous précipiter à l'adoration, ou sur n'importe quel chemin de pèlerinage, ou sur notre chapelet, ou sur les trois à la fois, pour demander au maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Non, ce n'est pas une formule consacrée, dans une homélie !

F. & S., il nous faut « nous mettre » vraiment à la prière pour les vocations. Au cas où certains pensent que « pour le moment tout va bien » ici dans notre bonne ville du Puy, « un peu trop peuplée de prêtres ! »... Ici, dans notre bonne ville du Puy, une part, majoritaire désormais, et toujours croissante des 1000 élèves en collèges catholiques n'ont plus de prêtre régulièrement à leur service. Et je ne parle que de ceux qui sont dans l'Enseignement Catholique !  Ici, dans ce sanctuaire, seize mille pèlerins qui viennent chaque année au pied de cet autel au long des messes de sept heures n'ont quasiment plus qu'un prêtre et qu'un évêque leur consacrant quelques quarts d'heure de son ministère chargé, pour les enseigner, leur célébrer la messe, les bénir, les confesser...

Mais revenons à l'Évangile, tournons-nous encore, convertissons-nous vers le chemin par lequel Jésus veut tous nous faire passer pour entrer dans sa gloire, c'est à dire le mystère pascal dans lequel nous sommes tous baptisés : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. »

Recevons, par la méditation de l'Évangile, ce que l'Eucharistie va nous donner de goûter dans la foi : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. »

La Passion de Jésus se termine par la Croix : c'est à dire, aux yeux des hommes : par un échec total, une totale victoire du mal sur celui qui n'a rien fait de mal.

Jésus aime tellement le Père et sa Volonté, Jésus nous aime tellement dans cette Passion douloureuse, que l'échec est accepté totalement par lui, il est assumé parfaitement. Jésus ne contrôle plus rien, il abandonne tout : accablé par la souffrance et la mort. Historiquement, la mission de Jésus se termine par cet échec.

Et en même temps, Jésus reste confiant dans la puissance et l'amour du Père.

Voyez, frères et sœurs, comment nous sommes proches de Jésus à l'occasion de nos propres échecs : nous avons des espoirs formidables quant à l'évangélisation de nos contemporains, des espérances d'une moisson de vocations sacerdotales et religieuses, des projets familiaux, des projets généreux pour nous convertir nous-mêmes, nous avons de grands désirs de sainteté... et puis voilà que ça ne marche pas ! La Passion et la mort des martyrs sont de cet ordre là...

Nos propres frustrations, et l'échec humain de la Passion sont le chemin par excellence dans lequel Dieu révèle sa puissance.

C'est au fond du tombeau que le Père  va  chercher et relever son Fils par la force de l'Esprit saint. Ce n'est pas sur le mont Thabor, ni sur son âne, le jour des Rameaux quand il est acclamé par la foule, ni dans l'ivresse des noces de Cana. Non, c'est quand il repose totalement abandonné à la volonté du Père, quand la masse des eaux amères et des vagues de la tentation ont passé sur lui, que le Père le relève, le ressuscite. Quand tout est perdu, quand il ne reste plus rien, c'est alors que Dieu intervient. Et il intervient au delà de toute espérance et imagination humaines : il l'a ressuscité des morts. Il nous faut donc espérer contre toute espérance (« Contra spem, in Spe ») « Car rien n'est impossible à Dieu.»

« Rien n'est impossible à Dieu.» Voilà la Parole de l'ange à partir de laquelle la décision de Marie a basculé positivement vers son « Fiat », vers son « Oui ». Elle a cru que « rien n'est impossible à Dieu », dès le premier instant de l'Incarnation à Nazareth, elle l'a cru encore au pied de la Croix Rédemptrice à Jérusalem, et elle a contemplé l'accom-plissement de la puissance de Dieu au matin de Pâques. Ici, dans son sanctuaire du Puy, tour à tour : dans le silence intérieur et dans l'exultation liturgique, Marie nous murmure « Espère contre toute espérance, car rien n'est impossible à Dieu.»

Mère du bel Amour et de la sainte Espérance, priez pour nous ! Amen.


Ô Père, Fais se lever parmi nos familles de nombreuses et saintes vocations au sacerdoce, pour nourrir et faire grandir la Foi, l'Espérance et la Charité du Peuple de Dieu tout-entier. Donne-nous des prêtres pour prêcher l'Evangile, célébrer les sacrements et guider ton peuple en ton nom. Seigneur, donne-nous des prêtres. R. Seigneur, donne-nous de saints prêtres.