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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

Savoir aimer ! Homélie du XVIIème dimanche du temps ordinaire

Homélie de Monseigneur Emmanuel Gobilliard

La deuxième lecture est merveilleuse, lumineuse. Elle nous dit que « Dieu fait tout contribuer au bien de ceux qui l’aiment ». Cela rejoint la phrase de saint Augustin que nous ne comprenons pas toujours bien : « Aime et fais ce qui te plait ! » Oui le salut c’est d’aimer, de se laisser aimer. Je suis très étonné que certains s’imaginent encore que le salut puisse être obtenu à la force du poignet, qu’ils croient que l’essentiel de la vie chrétienne est dans la vie morale. Toute la bible nous dit le contraire, et l’expérience des saints aussi. Vous me direz qu’il y a dans la bible de nombreux préceptes moraux, et que Jésus nous rappelle que la voie du salut est difficile, qu’elle est étroite et que bien peu y entrent. Peut-être est-ce d’ailleurs parce qu’elle est si simple que bien peu en trouvent le chemin : ils sont trop compliqués ! A ce titre, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et sa voie tout simple est un vrai cadeau pour l’Eglise. Régulièrement, lorsque je prêche sur ce sujet de l’amour, des personnes viennent me voir pour me dire « nous en avons assez que vous nous parliez d’amour. Vous ne pourriez pas aborder des termes plus virils. Nous en avons marre de ces sermons sucrés, à l’eau de rose ».

C’est peut-être aussi ce que certains auraient pu reprocher à Salomon, qui ne demande pas la richesse, qui ne demande pas la force de vaincre ses ennemis. Il ne demande pas la puissance, mais le discernement, la sagesse. Alors le Seigneur, nous dit le texte, lui donne un cœur sage. Il lui donne l’art d’être attentif.

Savoir aimer en vérité, comme saint Paul nous y invite dans l’épitre aux Corinthiens, c’est beaucoup plus difficile et exigeant qu’on ne le croie. Evidemment l’amour véritable n’a rien à voir avec une attitude doucereuse, qui fermerait les yeux sur tout. L’amour véritable implique une force d’âme considérable, capable de vouloir le bien de l’autre avant son propre bien, capable de pardonner mais aussi de demander pardon, capable de donner mais capable aussi d’avoir besoin, capable de tendre la main et de reconnaître sa faiblesse. C’est ce qui fait la différence entre saint Pierre et Judas. Les deux ont trahi, mais un seul le reconnait, un seul a l’humilité de se précipiter aux pieds du Seigneur pour implorer son pardon et reconnaître par le fait même qu’il s’est trompé, qu’il s’est cru trop fort, qu’il était un orgueilleux. Je me souviens de la remarque d’un grand psychologue chrétien qui accompagnait les couples en difficulté. Il me disait : « lorsque je suis en présence d’un couple qui se déchire, je commence par chercher celui des deux qui est fort psychologiquement et spirituellement. Pour cela, je leur demande de me décrire les dernières scènes de ménage, vous savez celles qui ne concerne en général que des broutilles, la cuisson des pâtes par exemple. Dans ce type de querelle, celui qui est fort, c’est celui qui cède en premier. Il a alors l’intelligence et la sagesse d’accepter de reconnaître qu’il a tort pour préserver la relation. Nous avons si souvent tendance à croire l’inverse. Si Salomon demande un cœur attentif, capable de discerner. S’il demande la sagesse c’est parce que cette sagesse-là est très difficile à acquérir, c’est parce qu’elle ne peut pas venir de notre cœur de pécheur, de notre cœur orgueilleux, c’est parce qu’elle ne peut venir que de Dieu.

Oui ce trésor dont parle la parabole de l’Evangile, c’est la sagesse. Ce qui définit Dieu, c’est la sagesse, la bonté, l’amour, alors n’essayons pas de nous créer un dieu à l’image de nos cœurs endurcis.

Celle dont la mission est de nous apprendre à aimer, c’est la Vierge Marie, dont toute la vie n’a été qu’un gigantesque acte d’amour. Elle savait trouver sa joie dans le bonheur des autres. Elle avait cette incomparable sagesse qui discerne dans le cœur de l’autre ce dont il a besoin pour porter du fruit, pour se sanctifier. A certains moments il faut savoir être exigeant, et même sévir, à d’autres il faut déborder de miséricorde et de tendresse. Mais le plus difficile n’est pas tant d’aimer les autres que de s’aimer soi-même humblement et en vérité. La vraie sagesse me permet de discerner en moi ce qui doit être détruit, ce qui doit être transformé, ce qui doit être affermi et encouragé. Dès que Jésus nous parle de jugement, de séparation du bon grain et de l’ivraie, comme la semaine dernière, du tri des bons et des mauvais poissons comme aujourd’hui, il ne faut pas imaginer qu’il s’agit de différentes catégories de personnes. Il n’y a pas les bons qui naissent bons et qui le restent et les mauvais qui seraient naturellement mauvais. Non ! Le Seigneur ne veut surtout pas que nous fassions le tri entre les hommes (ce que pourtant nous n’arrêtons pas de faire, en classant, en comparant, en jalousant, en condamnant), il veut que nous fassions le tri en nous. Le trésor dont il s’agit et que je dois tout faire pour acquérir, c’est cette sagesse en moi que je dois développer en étant prêt à sacrifier tout le reste, mes biens matériels mais aussi ma volonté de puissance, mon égoïsme. Je dois être prêt à sacrifier mon bien-être à mon bonheur véritable. Oui le Seigneur nous invite à choisir, en nous, entre ce qui nous détruit et ce qui nous fait grandir. S’aimer soi-même, c’est cela et c’est terriblement exigeant. La voie étroite de l’Evangile, c’est celle-ci et bien peu y entrent parce que tout notre être de péché se révolte contre cette croissance spirituelle, contre cette sanctification qui pourtant est la clé du vrai bonheur et nous faire devenir ce que nous sommes. Dieu a besoin de chacun de nous, mais de chacun de nous dans ce qu’il a de meilleur. Le Seigneur compte sur toutes les qualités qu’il a mise dans notre cœur et qui sont autant de trésors inestimables dont le monde a besoin. Demandons à la Vierge Marie de nous aider à discerner en nous ce qui est appelé à grandir, à se développer, ce qui est appelé à mourir comme l’ivraie au feu de l’amour de Dieu, alors nous saurons aimer en vérité, et tout ce que nous accomplirons ne pourra que servir Dieu, la société, nous-mêmes, nous aurons réalisé notre belle vocation dont parle sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, qui est d’aimer.