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troisième dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Lectures et homélie du père Emmanuel Gobilliard.



Première lecture : Lecture du livre d’Isaïe (8, 23b — 9, 3)

Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre une lumière a resplendi. Tu as prodigué l'allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus. Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.

Deuxième lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d'accord ; qu'il n'y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments. J'ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu'il y a des disputes entre vous. Je m'explique. Chacun de vous prend parti en disant : «Moi, j'appartiens à Paul» ou bien : «J'appartiens à Apollos» ou bien: «J'appartiens à Pierre» ou bien: «J'appartiens au Christ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? D'ailleurs, le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie, devant quitremblerais-je ?

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (4, 12-23)

Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée. À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.» Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : «Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.» Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent. Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

Homélie du père Emmanuel Gobilliard

L'évangile d'aujourd'hui est un évangile difficile qui aborde de nombreux sujets à la fois. On part de l'arrestation de Jean-Baptiste, on arrive à la guérison des maladies et des infirmités, en passant par la prédication à Capharnaüm, par l'appel à la conversion, par l'appel des premiers apôtres. C'est un évangile ouvert à différentes réalités et tout cela a évidemment un sens. Jésus part probablement parce qu'il fuit cette période de troubles qui suit l'arrestation de Jean-Baptiste. En tout cas, il peut faire d'un mal, un bien, de cette arrestation puis de cette exécution l'occasion pour lui de se retirer en Galilée. Et là, il va rencontrer différents groupes de personnes à l'image de la Galilée dont on dit qu'elle est le carrefour des nations, ce qui surprend sûrement les juifs de l'époque puisque le carrefour des nations, cela veut dire un lieu où la religion n'est pas annoncée ou ne doit pas être annoncée. Ses habitants sont des gens qui vivent en marge. Ce sont les gentils, les païens. Ils ne sont pas appelés à recevoir le Messie. Or justement, ils vont recevoir le Messie, le Christ car il va à Capharnaüm. Rien que le mot nous laisse imaginer que c'est un carrefour. Il se situe dans les territoires de Zabulon et de Nephtalie ce qui doit être une erreur puisqu'on ne peut pas être sur deux territoires à la fois suite au partage des territoires, on est soit de Zabulon, soit de Nephtalie. C'est comme pour souligner davantage ce melting-pot de Capharnaüm. Dans cette diversité, le Seigneur va rencontrer chacun. L'appel personnel qu'il adresse aux apôtres en est le signe. Et puis il s'adresse à tous puisqu'il guérit toute maladie et toute infirmité. Le Seigneur quitte le territoire premier auquel il a été envoyé, pour aller dans un territoire où règne une grande diversité pour rejoindre chacun. La diversité, la foule, les différences ne font pas peur au seigneur. Il est envoyé à tous pour rejoindre chacun. Et il peut rejoindre chacun malgré ces différences. Et où rejoint-il chacun ? Les deux derniers dimanches, j'avais beaucoup insisté sur le fait que Jésus nous rejoignait dans nos souffrances, dans nos morts, dans nos blessures et j'aimerais poursuivre en soulignant le fait que c'est finalement au cœur de notre vie quotidienne que le Seigneur nous rejoint. Le Seigneur ne s'intéresse pas au passé, en tout cas il lui offre son pardon, le Seigneur ne veut pas que nous soyons trop tournés vers l'avenir car cela lui appartient, en tout cas il ne veut pas le faire connaître. Le Seigneur ne connaît que le présent et il nous veut dans le présent. Le Seigneur nous veut dans le présent et il veut toucher toute notre vie. Et le lieu de nos souffrances, le lieu de nos blessures, ce ne sont pas seulement les blessures que l'on peut identifier clairement, c'est aussi le lieu de notre travail par exemple. Pierre, Jacques, Jean et André sont en train de travailler lorsque le Seigneur les rejoint. C'est le lieu de nos vocations propres que ce soit le mariage ou la vocation consacrée : c'est là que le seigneur nous touche et nous rejoint, au cœur de ce que nous sommes aujourd'hui et dans ce que nous faisons. Et c'est cela l'appel à la conversion dont il est question. « Convertissez-vous car le royaume de Dieu est tout proche ». Cette proximité n'est pas d'abord une proximité dans le temps où dans le lieu, c'est une proximité dans ce que nous vivons. Le royaume de Dieu est tout proche, oui, il nous est offert dans le mariage si nous sommes mariés, dans toute vocation, dans notre travail, dans notre vie et in nous est offert aujourd'hui. Voilà la signification de la conversion, voilà la signification du royaume de Dieu. Il est aujourd'hui. On ne peut pas se convertir en imaginant notre conversion. C'est-à-dire en imaginant que notre conversion peut être partout sauf au travail, par exemple. Que notre conversion peut être liée à une prière, à une vie spirituelle qui ne se vivrait que dans l'Eglise ou que dans la prière en famille… Non, la conversion se vit là où je suis et surtout pas en dehors de ma vocation. On ne peut pas imaginer que notre vie spirituelle puisse se dérouler en dehors de notre vocation et donc, pour ce qui est de la vie conjugale du fait que je suis envoyé comme Jésus, auprès de mes enfants, auprès de mon mari ou auprès de ma femme. Et que le lieu de ma conversion, c'est la vie familiale avec ce qu'elle a de beau et de grand mais aussi avec ses difficultés et ses souffrances. Car curieusement, et cela peut nous rendre perplexe, c'est justement dans la vocation que le Seigneur a choisie pour nous et que nous avons choisie avec lui qu'il nous offre à la fois les plus grandes joies et les plus grandes souffrances. Et c'est vraiment le lieu de la conversion. Mon épouse ou mon époux m'offre à la fois mes plus belles joies et mes plus grandes souffrances. Il faut le dire : puisqu'il est celui ou celle que j'aime, une blessure aura une résonance beaucoup plus importante. Et puis il ou elle est présent avec moi tous les jours et je peux être agacé par tel ou tel point de sa vie, de son caractère, de sa façon d'être. C'est pareil pour les enfants. Les enfants sont une joie immense, mais il arrive qu'ils vous réveillent à 2 heures du matin… vous voyez, il est très important de dire que ce lieu de joie est aussi un lieu de souffrance et c'est là que le Seigneur nous rejoint, et c'est le lieu où le Seigneur veut que nous nous convertissions. Je ne peux pas me convertir en dehors de ce qui fait l'essentiel de ma vie. Il y a donc une exigence de vie très importante dans la conversion : c'est de mettre cette conversion au cœur de ma vie. Et je dois être actif dans cette conversion. On ne peut pas rester passif. Le Seigneur s'invite au cœur de notre vie pour que ce soit encore nous qui la vivions, pas lui à notre place. Pour cela, les moyens sont multiples, il n'y a pas de règle toute faite. Certes, il y a des possibilités de s'appuyer sur des indications morales, mais je sais mieux que quiconque, à la fois où se trouve le lieu de ma conversion, et ce que je dois faire pour la réaliser : c'est-à-dire pour faire en sorte que ma vie soit plus chrétienne, plus remplie de l'amour et de la présence du Christ. « Je le sais », cela s'appelle la conscience. Je sais que dans mon mariage, je dois convertir tel point. N'attendez pas que je vous le dise, vous le savez. Vous savez que dans n'importe quelle vocation consacrée, vocation de prêtre diocésain, vocation laïque, vocation particulière dans l'Eglise, je sais exactement où se trouve le lieu de ma conversion. Le Seigneur est juste là pour nous encourager, pour nous donner les forces de sa vie sacramentelle, de son pardon, de son eucharistie. C'est le sens de cet évangile, dans lequel le Seigneur n'a pas peur de la grande diversité des vocations, des personnes parce que finalement, lui-même est présent en chacun de nous, dans tous les lieux où nous avons à vivre, et même dans notre travail, il n'a pas peur de cette diversité parce que c'est nous qui agissons, nous sommes libres. Ce n'est pas lui qui agit à notre place, c'est nous qui agissons avec lui et avec sa grâce. Alors nous restons nous-mêmes, nous sommes envoyés pour vivre dans notre vocation et notre travail et nous avons la responsabilité de changer, s'il y a des choses à changer dans notre vie, d'écouter la voix de notre conscience qui est en fait la voix de Dieu. Demandons au Seigneur de guérir toute maladie et toute infirmité dans nos vies, dans notre vocation, dans notre travail, dans le quotidien de notre jour pour que même les petites blessures, les petites morts, les petites souffrances puissent se transformer en lieu où le Seigneur est présent et en lieu de conversion pour un plus grand accroissement de la charité dans nos vies. Amen.


Homélies


Autres documents :
Homélie du 27 juillet 2008 par Mgr Henri Brincard