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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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« Discerner et accompagner une vocation. Comment l’Eglise nous soutient-elle ? »

Table ronde à saint Laurent. Jubilé des familles, samedi 7 mai 2016-05-07
Intervention du père Emmanuel Gobilliard

« Bonjour mon père, je viens vous voir parce que ma fille a la vocation et nous avons du mal à l’accepter ». C’est pour avoir, comme beaucoup de prêtres, entendu cette phrase qu’il m’a semblé important de préciser ce qu’est la vocation et comment l’Eglise peut accompagner les jeunes à discerner, les parents à accueillir, et tout chrétien à réfléchir, tout simplement. Le rôle de l’Eglise, concernant la pastorale des vocations est d’enseigner et d’accompagner. Commençons donc par enseigner.

 

            La vocation, c’est la meilleure chose qui puisse arriver à tout baptisé. Dans le fond, la vocation, c’est Dieu qui s’intéresse à moi, à ma vie et qui me donne un objectif. Percevant l’appel de Dieu, je découvre ainsi que ma vie a un sens. Dieu appelle tout le monde, ce n’est un secret pour personne. Son amour est un appel ! Et cet appel se manifeste dans le baptême. Dans ce sacrement qui est au point de départ de toute vie chrétienne, le Père nous appelle par notre nom. Sa relation avec moi devient personnelle et intime. Il me connait, il m’aime, il m’appelle au bonheur en me confiant une mission. Dans la vie c’est pareil : lorsque quelqu’un vous dit « j’ai besoin de toi ! » vous vous mettez à exister. Vous êtes important pour quelqu’un, votre vie a un sens. Et lorsque cela vient de Dieu c’est encore plus extraordinaire. Lui, l’infini, la source de tout amour, le créateur de l’univers a besoin de moi. Cet appel que Dieu adresse à chacun d’entre nous est universel. Je l’ai nommé appel au bonheur, on pourrait l’appeler appel à la sainteté, puisque bonheur et sainteté, c’est pareil, c’est la vie en Dieu, avec Dieu. Ce que je viens de vous dire est tellement important, que cela constitue un chapitre entier de la constitution la plus importante du concile Vatican II. C’est donc au cœur de notre foi ! A partir de là, précisons ce qu’est la vocation, ce que sont les vocations particulières et comment nous pouvons y répondre.

On peut dire qu’il y a deux vocations universelles : une vocation universelle surnaturelle, qui dépasse notre nature. C’est celle dont je viens de parler, la sainteté ou, si vous préférez la vie de Dieu. Elle vient de l’extérieur, elle vient du choix de Dieu qui veut que nous partagions son amour, sa divinité, sa vie. Il a choisi de nous introduire dans sa communion d’amour, et il le fait par le baptême, en faisant de nous ses enfants. C’est tout simple. Si cette vocation est extérieur à nous, il y a une autre vocation universelle qui est liée à notre nature, qui est donc naturelle : c’est la vocation universelle naturelle qui est aussi offerte à tous, mais non pas comme un appel extérieur, mais comme un appel intérieur, de notre nature humaine. Cette vocation universelle naturelle, c’est d’aimer. On pourrait dire que c’est le mariage  au sens où tout dans notre nature nous pousse à aimer et à être aimé. Notre corps, par la sexualité, nous le rappelle. Nous sommes faits pour aimer, pour nous donner, concrètement. C’est ce qui est écrit dans la genèse lorsque Dieu crée la différence sexuelle, lorsqu’il donne à Adam sa femme et qu’il leur dit : « soyez féconds et multipliez-vous ! » Tout cela se trouve dans le récit de la création, pour nous rappeler que cette vérité, elle n’a pas besoin de m’être révélé. C’est inscrit en moi, c’est naturel. Moi comme vous je porte en mon cœur cette « vocation universelle au mariage ». Mais cela ne suffit pas. Il faut que cette vocation se réalise concrètement. Et c’est ce qu’on appelle la vocation particulière. Je connais des personnes qui aimeraient beaucoup se marier et qui ne le sont pas, en raison des circonstances. J’en connais, et j’en fais partie, qui, même si elles ont perçu dans leur cœur et dans leur corps cet appel théorique au mariage, ont choisi de ne pas se marier. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’un garçon est attiré par une fille, qu’il n’est pas appelé au sacerdoce ou à la vie religieuse et celui qui n’ayant rencontré encore personne me dit « j’ai la vocation au mariage », je lui réponds : « comme à peu près tout le monde ! » Ce n’est pas parce que vous croyez que votre fille ferait une très bonne mère que le Seigneur ne l’appellera pas. Au contraire, dans les séminaires comme dans la vie religieuse, une des premières questions que les formateurs se posent c’est « aurait-il fait un bon père, un bon mari ? Oui ? Alors il fera peut-être un bon prêtre.

Revenons à la vocation particulière au mariage. La vocation particulière de mon papa, qui s’appelle Hervé, c’est Roselyne, c'est-à-dire ma maman, qui est très particulière, qui est même unique ! Les circonstances ont fait qu’ils se sont rencontrés et qu’ils se sont mariés. Mais Hervé aurait pu rencontrer Jacqueline, se marier avec elle et être heureux. Il n’aurait pas été mon papa, mais sa vocation particulière aurait été Jacqueline. C’est très important ce que je vous dis là : cela signifie qu’il n’y a pas une femme quelque part dans le monde, que le Seigneur a choisi pour Paul, Jacques ou Jean. Dieu leur fait confiance pour choisir et ensuite, il s’engage avec eux. Il ne choisit pas à leur place. Sinon, au moindre problème, Jacques aurait la tentation de penser. Oups ! Ce n’était pas la bonne, je me suis trompé. Alors il quitte celle qu’il a épousée par mégarde et part à la recherche de celle que de toute éternité, Dieu aurait choisi pour lui…et il va d’expérience en expérience sans jamais la trouver. La vocation particulière, ce n’est pas toujours un conte de fée. Elle peut s’accompagner de difficultés et parfois de cruelles souffrances, mais c’est mon chemin de bonheur. Le bonheur ici bas, ce n’est pas de ne pas souffrir, de se faire plaisir, c’est d’être appelé, choisi, c’est de donner un sens à sa vie. Et cela, c’est toujours possible.

La vocation particulière surnaturelle, qui répond à un appel particulier qui est extérieur à moi, et qui passe par l’Eglise, c’est la vocation à la consécration. Mais celle là aussi est très particulière. Dieu me choisit pour être prêtre diocésain par exemple. Dieu ne nie pas ma nature, il ne m’empêche pas d’aimer, mais il m’ouvre lui-même une voie nouvelle particulière dans laquelle ma nature va trouver sa place, mon désir d’aimer et de se donner va se réaliser d’une autre façon, avec la grâce de Dieu. Mais c’est toujours moi qu’il choisit, avec mon caractère et mon histoire, mes limites et mes blessures, de la même manière que Roselyne a choisi Hervé avec tout ce qu’il est, ses qualités et aussi ses défauts. La vocation dans sa réalisation concrète est toujours particulière. Ma vocation de prêtre diocésain n’est pas la même que celle du père Florent ou que celle du père Olivier, de même que la vocation au mariage de Jacqueline n’est pas la même que celle de Roselyne. Chaque vocation est unique, ce qui me permet de dire que même ceux dont la vocation ne rentre pas dans un cadre ont une vocation réelle qu’il est parfois plus difficile de discerner. Ainsi les couples qui ne peuvent avoir d’enfants, les célibataires dont la vocation n’est pas dans une consécration, de même que ceux qui portent un lourd handicap ou dont l’histoire est chaotique, ont une vocation unique et irremplaçable. Dieu a besoin d’eux et il les choisit avec leurs difficultés et leurs blessures. Si une personne découvre qu’elle est homosexuelle, je préfère dire d’ailleurs « homosexuée », c'est-à-dire attirée par les personnes du même sexe, elle est appelée à la sainteté, telles qu’elle est, c'est-à-dire en étant homosexuelle. Ce n’est pas nous qui devons rentrer dans un cadre bien défini, mais c’est Dieu qui vient à nous, donc c’est plutôt lui qui s’adapte à nos vies, nos difficultés et nos blessures que l’inverse. Ainsi, si un consacré quitte la vie religieuse, se marie et a plusieurs enfants, sa vocation, bien évidemment devient celle d’époux et de père et c’est dans cette nouvelle vie qu’il est appelé à se sanctifier. Dieu n’abandonne pas ses enfants, même quand ils ont fait des bêtises. C’est le sens de ce que dit le pape François lorsqu’il nous invite à avoir une attitude pastorale : il veut que nous regardions les personnes comme Dieu les voit, que nous les accueillions comme Dieu les accueille, que nous les aimions au point de vouloir leur bonheur, et un bonheur n’est jamais définitivement perdu. Dieu ne nous dit jamais « tu as raté ta vie, tu as fait une bêtise, tant pis pour toi, assume les conséquences sans moi ! »

Comment l’Eglise accompagne-t-elle les vocations ? En leur proposant une voie universelle et une voie particulière. La voie universelle c’est la vie de l’Eglise, ce sont les sacrements, c’est l’enseignement, c’est la vie de prière régulière, l’accomplissement du devoir d’état. Avec tous ces moyens habituels nous pouvons discerner notre vocation qui arrive souvent par surprise, alors que nous sommes en train de vivre tout simplement, que nous menons une vie chrétienne honnête. Oui le meilleur moyen de connaitre sa vocation, c’est de vivre, c’est d’aller au charbon ; ce n’est surement pas d’attendre que le Seigneur nous fasse un signe. Cela est même vrai pour la vocation sacerdotale ou religieuse. C’est au hasard d’une rencontre, d’un camp de jeunes, d’une expérience de vie que le Seigneur nous parle. Il nous parle par les événements. C’est ce qu’on appelle lire les signes des temps. Donc si vous voulez que vos enfants puissent répondre à l’appel que le Seigneur leur adresse, apprenez-leur à vivre et à se donner ; qu’ils soient en contact avec la société et qu’ils trouvent un soutien spirituel dans les moyens habituels que l’Eglise met à notre disposition, dans la paroisse, avec ses richesses et ses pauvretés. Ensuite il y a les moyens personnels, adaptés. C’est la direction spirituelle, ce sont certains sacrements par lesquels Dieu s’adapte à nous, le sacrement des malades ou celui de la réconciliation par lesquels il se penche sur nous pour nous guérir, c’est d’une manière générale, l’Eglise qui se penche sur notre situation concrète, qui nous donne des conseils adaptés, qui se met au service de la relation personnelle qui existe entre la personne et le bon Dieu. L’Eglise offre enfin à certains qui pensent avoir reçu un appel personnel à consacrer leur vie, des moyens particuliers, des lieux de discernements que sont les propédeutiques, les séminaires, les noviciats ou les postulats, les écoles de vie. Pour le mariage, l’Eglise propose la préparation au mariage. Tous ces lieux sont encore des lieux de discernement et d’approfondissement pour que, le jour venu, le choix soit vraiment libre. Le premier lieu de discernement restant la vie réelle avec ses joies et ses peines, et particulièrement la famille, petite église domestique, lieu d’apprentissage de l’amour et de la familiarité avec Dieu. C’est dans la famille qu’on apprend à aimer concrètement, à se donner, c’est dans la famille que l’on découvre que Dieu, en Jésus est un compagnon de route, un ami, qui ne veut que notre bonheur.