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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Homélie prononcée par père Emmanuel Gobilliard dimanche 28 Août

Dans les lectures d’aujourd’hui il est question, à plusieurs reprises, de l’humilité. Lorsqu’il s’agit de prêcher sur l’humilité nous sommes face à plusieurs difficultés. D’abord il faut avoir un sacré toupet pour parler de l’humilité, parce qu’on pourrait laisser penser aux autres qu’on a l’orgueil de se prendre pour quelqu’un qui sait ce que sait que l’humilité. Oui je sais ma phrase est un peu compliquée parce que la réalité est compliquée. Le pire orgueil est de faire croire qu’il est humble, et en même temps nous savons que le vantard est souvent loin d’être un véritable orgueilleux. Toutes nos confortables façons de penser sont donc, dans ce domaine, bien mise à mal. Le vantard parle de ses exploits. Mais ses efforts, pour être quelqu’un, ne trompent personne, et cette attitude cache souvent de profondes blessures. Le vantard, quoi qu’il en dise, sait qu’il n’est pas meilleur que les autres. Il y a aussi un subtil orgueil à ne pas vouloir se distinguer ou se mettre en avant. On ne veut pas prendre le risque de l’échec par peur d’être dénigré. D’ailleurs, dans la parabole d’aujourd’hui, pour nous mettre un peu plus dans la confusion, lorsque Jésus parle des premières places, la synagogue étant un carré, il parle des places les plus éloignées du prédicateur, les places du fond, donc, celle où s’installaient les notables pour être vus de tous ceux qui rentraient ou pour pouvoir voir tout le monde pendant l’office.  L’orgueilleux, le vrai, c’est le pharisien. Il se dit supérieur aux autres, mais le pire c’est qu’il y croit. Il est donc très compliqué de parler de l’humilité et encore plus de la vivre. D’ailleurs l’humble ne sait pas qu’il l’est. C’est l’une des caractéristiques de l’humilité ! Alors comment faire pour cultiver cette indispensable vertu en soi et comment la discerner chez les autres. C’est Jésus qui nous donne une belle réponse en nous proposant ces deux paraboles. La deuxième est la réponse à la première. La clé de l’humilité, c’est la charité, c’est le don de soi, à condition qu’il ne soit pas intéressé. La première lecture nous avait déjà donné la clé. Elle se termine en effet par la phrase suivante : « l’idéal du sage c’est une oreille qui écoute ». Mets-toi à l’écoute ! sois attentif à ceux qui t’entourent, voilà comment tu obtiendras l’humilité. Autrement dit, sors de toi-même. La voilà la clé de toute la vie chrétienne. Sortir de soi, quitter notre moi, nos perspectives, nos vues mesquines et nos points de vue réducteurs. Accepter de ne pas être à l’origine de tout, de ne pas avoir le dernier mot, de ne pas avoir une opinion sur tout. Il y a dans l’écoute quelque chose qui est du domaine de l’obéissance. D’ailleurs le point de départ du retour à Dieu se trouve dans cette phrase que les juifs ne cessent de répéter et de chanter : Shmah Israël ! Ecoute Israël ! Sors de toi-même et sois attentif à la voix de Dieu.

 

Pour écouter vraiment il faut sortir de soi et de son propre cœur. Le Seigneur dans l’Evangile nous montre le chemin. Il est lui-même « sorti » de chez le Père des cieux. Comme le dit saint Paul : « Il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Il nous indique ainsi, en montrant l’exemple, que pour aller vraiment à la rencontre de l’autre, pour rejoindre l’autre en vérité, il faut accepter de renoncer à ses revendications, aussi légitime soient elles. Ici dans l’Evangile il nous demande de renoncer à la revendication de la considération. Nous voulons tous être considérés et parfois nous courons après cette reconnaissance, après les honneurs et les décorations, lorsque cela ne devient pas une obsession ou un but dans la vie. Jésus veut que nous renoncions à cela, nous seulement parce que cela nous permettra d’acquérir l’humilité, mais aussi parce que c’est très intelligent. Regardez, il ira chercher ceux qui sont à la dernière place pour les mettre à la première. Et ceci est vrai de toutes nos revendications, celles qui sont ancrées dans notre cœur. La première et la plus légitime, c’est la revendication à être aimé. Nous devons renoncer aussi à cette revendication. Si nous le faisons sincèrement, alors nous pourrons rejoindre le cœur de l’autre, l’aimer en vérité sans être préoccupé de soi-même et du bien qu’on pourrait en retirer. C’est la deuxième partie de l’Evangile. C’est aussi la clé de la vie conjugale. Prendre la place de l’autre, avant de le retrouver le soir, c’est imaginer ce qu’il a fait, considérer la fatigue du trajet qu’il a fait pour rentrer à la maison, les préoccupations professionnelles, être à l’écoute de ses désirs, de ses envies pour les précéder. C’est au moment où vous serez capables de faire cela, que l’autre vous aimera vraiment, sera touché par votre délicatesse. C’est au moment où vous quitterez votre moi, votre revendication à être aimé, que vous le serez vraiment. C’est tout le paradoxe de notre psychologie. Nous obtenons souvent ce à quoi nous renonçons. C’est au moment où vous quitterez votre revendication à être reconnu que vous serez reconnus. Ah le drame de la reconnaissance qui ne vient pas et qui vient d’autant moins qu’on la recherche. C’est pareil dans la vie professionnelle, comme dans la vie artistique. Si vous jouez de la musique en étant à l’écoute de vous-mêmes, votre musique n’aura pas d’âme, mais si vous le faites pour réjouir l’autre, en vous donnant vraiment, votre élan donnera à votre musique une beauté nouvelle. Le repli sur soi, le culte du bien-être égoïste tue la relation et nous tue nous-mêmes. Nous y perdons notre âme et notre beauté. Tout le mouvement de la sanctification se trouve décrit dans les deux paraboles que nous avons entendues. Mais qu’en est-il de l’acte absolument gratuit, celui qu’on ne voit pas, que personne ne voit, la prière silencieuse, l’aumône anonyme, l’action gratuite de charité. N’obtiendra-t-elle aucun retour pour rester stérile ? L’acte d’amour gratuit, l’acte par lequel nous nous donnons totalement et sans retour est pourtant le plus parfait. En agissant ainsi nous quittons notre propre cœur, nos désirs et nos envies, nos revendications et nos satisfactions. Mais rassurez-vous la nature ayant horreur du vide, votre cœur ne restera pas inhabité. Dieu lui-même s’y précipitera. Vous serez rempli de sa présence et de son rayonnement. C’est ce qu’on appelle la sainteté ! Etre rempli de la présence de Dieu. C’est pour cela que le plus important dans une vie, c’est d’aimer en vérité et dans la gratuité. Nous en sommes transformés, divinisé. Nous devenons divino-compatibles ; nous ressemblons à Dieu et nous n’avons plus rie​n à craindre !