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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Table ronde - Jubilé des familles

le 7 mai, 2016

Comment, à la suite du Synode, l’Eglise aide-t-elle les couples à grandir dans leur amour, et à fortifier leur engagement mutuel ?

1 Le couple, c’est le trésor de Dieu ! Genèse : « A son image, Il le créa ; Homme et Femme, Il les créa ; et Dieu vit que cela était TRES bon ». L’Eglise a toujours pris au sérieux la question de l’amour, et du Mariage entre un Homme et une Femme. Tellement au sérieux, que le mariage, qui est une réalité naturelle, de l’ordre de la Création, a été élevée à la dignité de sacrement. L’amour des époux, fidèle, fécond, indissoluble, révèle Dieu au monde, et donne Dieu au monde de façon efficace et réelle. Des époux qui s’aiment avec tendresse, donnent de la Joie autour d’eux ; ils font rayonner l’amour, qui se diffuse, donne vie et sens au monde.

le Mariage est, et reste, une « bonne nouvelle »

L’exhortation apostolique du Pape François, à la suite du Synode, fait entrer dans la contemplation du projet de Dieu « au commencement » sur le couple, et la famille. Il ne cesse de répéter que le Mariage est, et reste, une « bonne nouvelle » pour le monde d’aujourd’hui, et que la Parole de Dieu éclaire les époux sur le chemin à parcourir. Car, le mariage, c’est un chemin ! Une croissance, un travail ! Rien n’est acquis une fois pour toutes, donné de « façon magique », sans exercer une liberté (à remettre sur le tapis chaque jour ! par des choix incarnés dans une réalité très concrète), et une liberté à « libérer » d’une mentalité auto-suffisante, subjectiviste, relativiste, et…finalement, assez égocentrique !

Le Synode n’a pas eu peur de nommer (et de dénoncer parfois) la situation des couples aujourd’hui : pas pour les condamner, pas pour se replier dans un communautarisme frileux ! Mais au contraire, comme un appel de Dieu, pour mieux entrer « en dialogue » avec eux, les rejoindre, et leur proposer cette bonne nouvelle du mariage, en les aidant à relever les défis qui sont les leurs, ceux d’aujourd’hui, et que l’église fait siens aussi. Notre Eglise « est en sortie », elle sort de ses murs, elle va à la rencontre des personnes, des situations concrètes, des couples d’aujourd’hui. Il n’y a pas « les bons cathos » d’un côté (réguliers), et les autres… Tous, nous sommes en chemin, et nous avons besoin de vivre de la Miséricorde

Le constat (pas triste, mais réaliste !) : les couples sont fragiles, car les personnalités sont beaucoup plus immatures, ont perdu le sens de la Foi, de l’engagement, de l’effort. L’amour, est perçu comme un sentiment seulement, qui n’engage que tant qu’il est ressenti, et doit procurer de la satisfaction personnelle. Le « pour toujours » fait peur, et la mentalité du divorce imprègne les jeunes, qui préfèrent cohabiter, plutôt que d’entrer délibérément dans une Alliance, qui oblige à la confiance : « Quelqu’un de plus grand, nous aime, et veut notre bonheur ! »

Pour faire face à cela, le Pape, à la suite du Synode, exhorte à ce que l’Eglise se forme toujours plus, et sorte des sentiers battus… Qu’elle opère une « conversion pastorale » : il ne s’agit plus aujourd’hui d’asséner des certitudes sur le mariage, une morale conjugale (même très juste et étayée sur le plan théologique), de donner des « cours théoriques ». Il faut sortir de nos cercles, oser la rencontre, le dialogue avec

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2 la différence, avec les questions non résolues, les situations bancales, et…accompagner les personnes, en formant leurs consciences, axquelles on ne peut se substituer. Accompagner, discerner.

Prendre les couples là où ils en sont, rendre grâce avec eux pour « ce qu’ils vivent déjà du mystère de Dieu », et les mener « plus loin »

Prendre les couples là où ils en sont, rendre grâce avec eux pour « ce qu’ils vivent déjà du mystère de Dieu », et les mener « plus loin ». C’est très exigeant, car cela remet en cause nos façons de faire, nous oblige à travailler notre foi, notre compréhension du mariage, et notre espérance en la grâce de Dieu, qui se fraye toujours un chemin, pour rejoindre l’humanité blessée. « Convertir le bien en mieux », « accueillir l’imparfait, sans le juger, le condamner, pour éveiller un désir, une croissance », intégrer « le temps, supérieur à l’espace »§3.

Quelques points de réflexion sur ce chemin, que propose déjà l’Eglise aux couples, pour faire mûrir et croître leur amour conjugal, et les perspectives d’amélioration pour une mission plus adaptée à la réalité du vécu des couples d’aujourd’hui.

1. L’Eglise accueille de différentes façons les couples qui se préparent au mariage : c’est quasiment le seul endroit dans la société, où les couples sont accueillis en tant que couple, jeunes ou moins jeunes, où ils sont écoutés, encouragés, soutenus. De l’accueil des CPM aux différents parcours, ou WE organisés par les paroisses ou par des communautés nouvelles, beaucoup de propositions existent. Les couples sont contents, c’est souvent un premier contact avec la communauté ecclésiale, mais c’est parfois trop court, ou trop peu, ou décalé …Les changements culturels et anthropologiques sont énormes, et influent sur les jeunes qui se mettent en couple, et se posent la question du mariage. Parfois, ils n’y pensent même pas, et il faut aller « les chercher », se faire proches d’eux, pour leur annoncer cette bonne nouvelle du mariage, qui est à leur proposer. Ils ont peur, et ne croient plus à l’amour fidèle, exclusif, fécond, même s’ils y aspirent de tout leur cœur.

30. En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas renoncer à proposer le mariage pour être à la mode, ou par complexe d’infériorité devant l’effondrement moral et humain. Nous devons faire un effort pour présenter les raisons et les motivations d’opter pour le mariage et la famille.

Aujourd’hui, le mariage n’est plus une obligation sociale, imposée par la grand-mère, ni une valeur partagée.

Ne jamais présupposer que « c’est acquis » chez ceux qui viennent frapper à la porte de l’église, que le terreau est forcément favorable, qu’on se comprend sur la signification des mots et sur le contenu même du mariage.

31. En même temps, nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois, nous avons présenté un idéal théologique du mariage trop abstrait, presqu’artificiellement construit, loin de la situation concrète. Cette idéalisation

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3 excessive, surtout quand nous n’avons pas éveillé la confiance en la grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et attractif, bien au contraire !

Attention, dans notre pays, à l’image « du bon couple catho », bien « comme il faut ». Cette image repousse plus qu’elle n’attire, et la réalité vécue sous les apparences est souvent loin de ce qui est affiché. Je rencontre beaucoup de gens « mariés, mais sans couple » : ils ne forment plus un couple, ils ne savent pas ce qu’est un couple. Or, la base du mariage, nous redit le Pape, c’est ce lien, qui unit deux êtres différenciés (pour des raisons différentes, selon les couples), lien qu’ils décident librement de rendre indissoluble, en s’engageant à s’aimer pour toute la vie.

L’indissolubilité est une chance pour l’amour des époux ! Pas une prison ! Ni un enfer ! Elle ne doit pas être présentée comme un poids ou un fardeau impossible à porter. Elle est ce cadre, qui permet à la fidélité de grandir au quotidien, qui permet la maturation de l’amour, et le déploiement des ressources personnelles de chacun, pour traverser les inévitables crises de la vie : incompréhensions, routine, deuils, infidélités… Est-ce que les prêtres et les laïcs qui préparent au mariage y croient encore ? La présentent comme « un trésor de l’église », pour que les époux se laissent façonner par l’amour de Dieu, et apprennent à aimer comme Jésus nous aime. Il ne suffit pas de présenter les 4 piliers du mariage… Il faut les présenter de façon attractive, convaincus que c’est le « meilleur pour la croissance de l’amour du couple » qu’on a en face de soi. Vérifier et discerner avec eux que c’est bien cela qu’ils veulent vivre, et ce à quoi ils s’engagent, parce qu’on aura suscité un enthousiasme, une adhésion. Tout en respectant bien sûr, et en accompagnant, les fragilités de l’un comme de l’autre (points à repérer, à travailler), qui sont autant de portes ouvertes à la grâce de Dieu, si on lui laisse une opportunité d’entrer.

§180 Aussi bien la préparation immédiate, que l’accompagnement plus prolongé, doivent assurer que les fiancés ne voient pas le mariage comme la fin du parcours, mais qu’ils assument le mariage comme une vocation qui les lance vers l’avant, avec la décision ferme et réaliste de traverser ensemble toutes les épreuves et les moments difficiles. La pastorale pré-matrimoniale et la pastorale matrimoniale doivent être avant tout une pastorale du lien, par laquelle sont apportés des éléments qui aident tant à faire mûrir l’amour, qu’à surpasser les moments durs. Ces apports ne sont pas uniquement des convictions doctrinales, et ne peuvent même pas être réduits aux précieuses ressources spirituelles que l’Église offre toujours, mais ils doivent aussi être des parcours pratiques, des conseils bien concrets, des tactiques issues de l’expérience, des orientations psychologiques. Tout cela configure une pédagogie de l’amour qui ne peut ignorer la sensibilité actuelle des jeunes, en vue de les motiver intérieurement. En même temps, dans la préparation des fiancés, il doit être possible de leur indiquer des lieux et des personnes, des cabinets ou des familles disponibles, auxquels ils pourront recourir

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4 pour chercher de l’aide en cas de difficultés. Mais il ne faut jamais oublier de leur proposer la Réconciliation sacramentelle, qui permet de placer les péchés et les erreurs de la vie passée, et de la relation elle-même, sous l’influence du pardon miséricordieux de Dieu et de sa force qui guérit.

2. L’accompagnement des premières années de mariage, des crises… pour permettre de consolider l’amour, la co-évolution des conjoints, la « danse » du couple :

Nous n’avons pas non plus bien accompagné les nouveaux mariages dans leurs premières années, avec des propositions adaptées à leurs horaires, à leurs langages, à leurs inquiétudes les plus concrètes.

Désillusions sur l’autre, désidéalisation de la vie de couple, passage de l’amour passion à un amour plus réaliste, d’altérité, où l’autre est aimé pour lui-même et non pour ce qu’il apporte, contrariétés dues à la mise en œuvre de la sexualité, de la fécondité, de l’arrivée des enfants ( du rêve à la réalité !), travail professionnel de l’homme et de la femme avec un équilibre à négocier, place et rôle de chacun dans le partage des tâches à la maison : oui ! L’Eglise joue un grand rôle et rend un service sérieux et précieux pour éclairer, accompagner, soutenir, encourager… soigner les blessures de la relation !

oui ! L’Eglise joue un grand rôle et rend un service sérieux et précieux pour éclairer, accompagner, soutenir, encourager… soigner les blessures de la relation !

§38 : Elle offre des espaces d’accompagnement et d’assistance pour les questions liées à la croissance de l’amour, la résolution des conflits, ou l’éducation des enfants… Dans le monde actuel, on apprécie également le témoignage des mariages qui, non seulement ont perduré dans le temps, mais qui continuent aussi à soutenir un projet commun, et conservent l’amour. Cela ouvre à une pastorale positive, accueillante, qui rend possible un approfondissement progressif des exigences de l’Evangile.

On pense aux parcours de vie conjugale, aux sessions pour couples, où l’on donne des bases pour communiquer, se comprendre, construire une communauté de vie et d’amour, franchir les étapes, s’ouvrir au monde, apprendre le langage du corps pour construire une sexualité respectueuse de chacun, gérer de façon responsable leur fertilité, éduquer les enfants, prier, s’engager dans le monde, vivre le pardon.

La nouveauté, c’est cette prise en compte de la réalité, cette proximité sans tabou, sans jugement : l’être humain est fragile, blessé. Il faut apprendre, nous dit le Pape, à se connaître en vérité, à se supporter soi-même avec patience et à supporter l’autre, dans un amour volontaire de compassion, de patience,

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5 qui dépasse largement l’attirance des débuts de la relation. Il faut aussi aider à guérir les blessures du passé qui pèsent sur la relation, faire appel à des professionnels de la relation. Il y a, dans l’exhortation issue du Synode, une vraie compassion pour les couples qui souffrent, qui « n’y arrivent pas » : une sollicitude, une main tendue qui est proposée, pour prévenir les ruptures, les souffrances causées aux enfants, qui sont mis en avant. A chaque diocèse, et chaque paroisse de trouver et de mettre en œuvre « le comment » : Jésus se fait proche des situations complexes, marginales, douloureuses, par nos mains, par nos regards, nos paroles, notre temps donné, offert. Il a besoin de nous, de nous tous.

Exigence et réalisme se conjuguent parfaitement, ne s’excluent pas : ils s’appellent mutuellement. La Miséricorde se manifeste au cœur de cette conjugaison si incarnée.

Car Dieu est bon, Il est Père, et Il aime chaque couple dans son unicité, et veut le Bien de tous, même de ceux qui sont apparemment en échec. Même ceux qui nous semblent « en marge de l’Eglise », qui « ne sont très cathos », qui ne pratiquent pas, qui ne sont « pas en règle » : tous ceux-là vivent quelque chose de l’amour de Dieu ! Ils nous font signe, et révèlent qqch du Mystère du Mariage. A nous pasteurs, couples accompagnateurs, d’aider les couples à « déterrer » ce qui est enfoui, mais qui est source de lumière, de croissance, et qui peut être fortifié pour « ne pas rester sous le boisseau ». Tous les couples sont évangélisateurs, si on les aide à aimer, à s’aimer, à s’aimer plus, à s’aimer mieux ! C’est tout le sens du magnifique chapitre 4 de l’exhortation du Pape François : comment la Parole de Dieu (l’Hymne à la charité de St Paul) aide à construire un amour vrai, libre, qui rend heureux ! Un amour qui se donne, qui patiente, qui pardonne ! Cela s’apprend, cela se témoigne aussi ! Il faudrait que se lèvent des couples-témoins de l’amour authentique, du pardon qui libère, qui recréée. Personne n’est parfait ! Tous, sans la grâce de Dieu, on peut tomber, renier, être adultère. Il n’y a pas de couple parfait : il n’y a que des couples sauvés par la Miséricorde de Dieu, qui jamais ne se lasse, qui toujours vient nous chercher, nous relever, nous redonner la force de faire un pas de plus sur le chemin. Alors, on peut, et on doit parler de la puissance des sacrements, du Don de Dieu, de la prière, de la vie en Eglise, du soutien de la communauté paroissiale, dans laquelle les couples doivent devenir acteurs. Il faut les « appeler », leur révéler leur mission, leur vocation. Chacun a sa place, chacun est appelé à devenir « source » pour l’ensemble de la Communauté. Mon souhait, à la lecture de ces textes, c’est que toutes les petites sources deviennent Torrent !

Conclusion :

Comment, à la suite du Synode, l’Eglise aide-t-elle les couples à grandir dans leur amour, et à fortifier leur engagement mutuel ?

6 Chaque couple engage Dieu, de par le sacrement que les époux se donnent, en vivant comme couple, et en étant icône de l’amour de Dieu pour son peuple. Cela veut dire que « chaque mariage est une « histoire de salut » : cela suppose qu’on part d’une fragilité qui, grâce au don de Dieu et à une réponse créative et généreuse, fait progressivement place à une réalité toujours plus solide et plus belle1. » Le mariage, signe de l’amour de Dieu pour le monde, de l’amour du Christ pour son Église, est bien imparfait, et « il ne faut pas faire peser sur deux personnes, ayant leurs limites, la terrible charge d’avoir à reproduire de manière parfaite l’union qui existe entre le Christ et son Église ; parce que le mariage, en tant que signe, implique « un processus dynamique qui va peu à peu de l’avant, grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu »2. »

Là aussi, ce cheminement ecclésial nous pousse à comprendre comment les personnes essaient de correspondre petit à petit à cet appel magnifique et ô combien exigeant ! Les époux imitent le don de Dieu, analogiquement, en se livrant l’un à l’autre, totalement et inconditionnellement, mais aussi en épousant la pauvreté de l’autre, comme Dieu épouse notre propre pauvreté. Ainsi, cette école du don est à l’image de la Croix, croix féconde qui est plantée en chaque mariage, et porte du fruit.

Le mariage est bien prophétique pour notre humanité, et non pas périmé, comme le pensent certains de nos contemporains : en vivant en couple ce que Dieu veut, les époux rappellent à toute l’humanité, sa vocation de communion, de réconciliation ; c’est pourquoi la famille, fondée sur le mariage, demeure « un bien dont la société ne peut pas se passer3. »

1 n°221.

2 n°122, citant Jean-Paul II, Familiaris Consortio, n°9. 3 n°44.

BENEDICTE LUCEREAU
Conseillère Conjugale et Familiale
Thérapeute de couples et de familles
Cabinet MOTS CROISES, Valognes
Tél: 06-11-61-51-14