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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

Homélie pour la messe à l'occasion du départ de la Sainte Epine pour Saint Etienne

Samedi 27 Août 2016

 

Durant les jours du Jubilé de Notre-Dame du Puy, a été vénérée la sainte Épine de la couronne du Christ que le roi saint Louis donna en 1239 au chapitre de la cathédrale de notre-Dame du Puy comme un gage d’estime pour votre église, où le culte de la Bienheureuse Vierge Marie est en si grand honneur, selon ses propres termes.

Discrètement mais avec force elle a été pour beaucoup de pèlerins, le signe, le doigt tendu vers le mystère de la Rédemption qui a été célébré avec celui de l'Incarnation durant cet heureux jubilé. Beaucoup se sont agenouillés avec confiance devant elle, ou ont écarquillé les yeux pour la voir dans sa gangue de cristal, au sommet de son magnifique reliquaire.

Alors qu'elle n'avait presque (1) pas reparu au Puy durant deux cent vingt-deux ans, l'Épine est repartie après ce long séjour de cinq mois au Puy. Fidèles et habitants du Puy se sont recueillis une dernière fois en sa présence. Elle a regagné la ville de Saint-Étienne pour un nouveau séjour provisoire (!). On peut la vénérer dans l'église sainte Marie, rue Elise Gervais.

Cette célébration s'est déroulée le surlendemain de la fête de saint Louis, roi pèlerin du Puy.

(1) L'Épine du Puy fut cachée à Saint-Étienne durant la Révolution et n'a jamais plus quitté cette ville depuis. Le P. Bruno Martin, déjà gardien de la sainte Épine à Saint-Étienne, l'avait apportée au Puy pour une journée, durant le XXXe jubilé, le 4 avril 2005.

 

Lectures : He. 2, 5-12

Psaume 8, 2-3a ; 4-5 ; 6-7.

Jean 19, 1-5

 

Frères & Sœurs,

‹ Voici l'homme. ›› (Jn. 19, 5)

         Pilate, tu ne sais pas ce que tu dis, et voici que tes paroles sont les plus vraies que tu aies jamais prononcées.

‹‹ Voici l'homme. ››

         Petite épine, tu avais poussé en obéissant aux lois de ta nature, et voici que tu as été instrument du Salut, au delà de toutes les lois de la nature.

‹‹ Voici l'homme. ››

         Épine de la sainte couronne de notre Seigneur Jésus-Christ, tu es le présent d'un roi et tu es pour nous un doigt tendu vers Jésus en sa Passion : ‹‹ Voici l'homme. ››

 

         L'Ange venu du ciel parlait du Fils de Dieu à Nazareth : ‹‹ Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. ›› (Lc 1, 32-33)

         L'Épine du buisson rebelle et inutile, répand le sang du Fils de l'Homme à Jérusalem : ‹‹  Par ses blessures, nous sommes guéris. ›› (1 P. 2, 24, chant de communion)

 

         Notre Dieu se fait Homme, il s'avance jusqu'en notre humanité : ‹‹ Jésus donc sortit dehors  ››. (Jn. 19, 5) Il n'a pas honte d'être appelé : " notre frère " (cf. He. 2, 11). ‹‹ Car celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés, doivent tous avoir même origine. ››  (He. 2, 10) Même Dieu ne peut nous sauver sans s'engager dans un pèlerinage terrestre, dans une vie concrète semée de joies et d'épines.

         En quoi nous importerait un Dieu " Superman " ? Vainqueur sans combat ? Gagnant la victoire en dehors du terrain de nos combats ? Idôle bien polissée, œuvre de main humaine, création de l'esprit humain... ?

 

         Mais voilà que notre Dieu nous étonne, nous émerveille et se fait Homme, il s'avance sur le terrain douloureux de notre humanité : ‹‹ Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d'épines. ›› (Jn 19, 5) ‹‹ Si donc il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous. ›› (He. 2, 9)

 

Dis-nous, petite Épine :

comment Jésus peut-il ainsi donner sa Vie pour nous ?

 

         Durant ce Jubilé de Notre-Dame du Puy nous avons essayé de faire ce qu'au long des siècles qui ont suivi le don de la sainte Épine par le Rois Saint Louis, la sagesse des anciens évêques et des savants chanoines de Notre-Dame du Puy avait trouvé comme chemin vers la grâce jubilaire. On proposait aux pèlerins du Jubilé de vénérer deux choses, et qu'on adore aussi une troisième qui est une personne vivante : sur le reposoir que les pèlerins trouvaient à leur arrivée dans la cathédrale, on vénérait la statue de Notre-Dame du Puy qui appelait à tourner les yeux de la foi vers la Mère de Dieu engendrant son divin Fils : la Théotokos (la Mère qui engendre Dieu), on vénérait sur ce même reposoir la sainte Épine, qui oriente les yeux de la foi vers Jésus souffrant et offrant sa Vie pour nous, et enfin on adorait le Saint Sacrement du Corps du Christ Ressuscité.

         Ainsi le Jubilé nous a replongé dans le brasier bouyonnant de notre foi chrétienne : Il est né parmi les hommes, il est mort dans les épines, il est vivant dans la gloire, sur la terre comme au ciel.

 

‹‹ Voici l'homme. ››

         Face à l'Homme couronné, certains ont osé dire qu'ils n'avaient pas de Roi, hormis l'empereur César. (cf. Jn. 19, 15)

         Quelle violente interrogation, F. & S. ! Quel reniement dont, hélas, nous sommes capables ! Oserons-nous dire, quant à nous : " Jésus, tu es mon roi, même, et d'abord : quand tu es couronné d'épines " ?

         C'est ce que disent les martyrs. C'est ce que disait autrefois en ces lieux le prêtre Marcel, notre premier martyr du Velay. Et c'est ce que disent encore les martyrs d'aujourd'hui, en Orient, à saint Etienne du Rouvray et ailleurs.

 

         Dieu vient sur notre terrain, sur nos chemins humains, comment allons-nous nous laisser guider par les signes comme celui de l'Épine, aujourd'hui ? Comment allons-nous l'accueillir ? Et puis comment alons nous le suivre ? comment allons-nous prendre notre croix et marcher à sa suite ? Comment allons-nous faire pénitence ? Comment allons-nous faire conversion ? Comment allons-nous aimer l'Église qu'il a épousé, à la manière des époux qui se couronnent mutuellement de joie et de louanges, pour le meilleur et pour le pire ?

 

         Petite épine, de la sainte Couronne de notre Seigneur Jésus-Christ...

         Dis-nous, petite Épine, comment nous pouvons nous-aussi donner notre vie pour Jésus et pour son grand corps qui est l'Église et pour tous ceux dont il n'a pas honte d'être appelé le Frère. (cf. He. 2, 11) Amen.