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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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C'est le Christ qui vit en moi

Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le 11ème dimanche du temps ordinaire

« C’est le Christ qui vit en moi ! » Cette phrase, proclamée avec force par saint Paul dans la première lecture pourrait, d’une certaine manière être placée sur les lèvres de cette femme qu’on appelle la pécheresse et en qui la tradition chrétienne reconnaît Marie Madeleine dont il est question à la fin de cet évangile. En revanche, ce pharisien, Simon, est encore loin de vivre « du Christ ». Ici s’opère en effet un curieux renversement où celle que la société considère comme pécheresse devient sainte, par la grâce du Christ et la puissance de sa miséricorde, et où celui qui est considéré comme juste et droit s’enfonce dans son péché à mesure qu’il refuse cette miséricorde. La sainteté, ce n’est pas une perfection hiératique, encore moins une reconnaissance extérieure de la part de la société. La sainteté, c’est se tourner vers Jésus le seul saint et donc sortir de soi, de ses propres vues,  de ses perspectives mesquines et réductrices, de ses affirmations péremptoires qui ne sont que des affirmations de soi. La sainteté c’est accueillir Jésus et sa grâce ; c’est aussi faire comme lui, l’imiter. C’est ce qu’il nous demande à la fin de la scène du lavement des pieds où il dit : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. »

Tiens d’ailleurs, c’est curieux, c’est à peu près le même geste que fait cette femme à l’égard de Jésus, comme si elle avait tout compris ! Oui il s’agit d’aimer comme Jésus. Alors comment Jésus aime-t-il ? En sortant de lui-même, c’est le grand mouvement de l’Incarnation, en allant sur les routes, en allant de ville en ville, à la recherche de la brebis perdue, comme le berger infatigable. Il vient lui-même à notre rencontre et donc il quitte son confort et le cocon familial, il quitte ses habitudes, il se laisse surprendre par l’autre parce qu’il est à l’écoute du cœur de l’autre. Regardez son attitude avec la samaritaine, avec Zachée, avec la femme adultère, avec saint Pierre après la trahison. Son amour ne cède rien à la vérité, bien au contraire, son amour est vérité. En lui « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent !» (Ps 84, 11) Il ne se drape pas derrière des principes rigides mais donne un sens aux principes, il les oriente vers le bien. Il finalise la loi, pour reprendre les termes de la deuxième lecture. La loi n’a aucun sens pour elle-même, la loi trouve son sens dans l’amour. Pourquoi, dans un autre évangile, Jésus dit il à la femme adultère : « va et désormais ne péché plus » ? Pas seulement parce qu’il est écrit dans la loi : « tu ne commettras pas d’adultère », mais parce que l’adultère détruit le cœur de ceux qui y sont impliqués, de la famille qui en est brisée, parce qu’il est source de malheur pour tout le monde, et nous détruit. C’est parce qu’il veut le bien de cette femme qu’il lui montre la route d’un plus grand bonheur. L’attitude de Jésus, c’est l’attitude de la bienveillance. Dans chaque situation, nous voyons que Jésus connaît la personne, il connaît son cœur, ses préoccupations, ses souffrances et ses joies, ses difficultés, ses attentes et il y répond bien au-delà de tout ce qu’elle aurait imaginé. Vous me direz que ce n’est pas si facile de faire de même. Nous ne connaissons pas ce qu’il y a dans le cœur de ceux que nous côtoyons ? Et bien je crois que si nous ne connaissons pas ce qu’il y a dans le cœur de l’autre, c’est que nous ne faisons pas assez l’effort pour écouter vraiment. Nous sommes trop repliés sur nous-mêmes, nos besoins, nos satisfactions, nos revendications.  Prenons l’exemple de la vie conjugale : combien de conflits seraient évités si nous acceptions de vivre cette bienveillance du cœur qui est celle de Jésus. Par exemple à la fin d’une journée, alors que je m’apprête à retrouver mon époux ou mon épouse, si je prends quelques minutes pour me dire : « Quelle a été sa journée, qu’a-t-elle vécu, qu’a-t-elle fait ? » Une telle pensée peut être très concrète. « Elle vient de prendre le train, donc elle doit être fatigué, elle vient de préparer le repas des enfants donc elle a besoin d’être encouragée, elle a vécu dans un environnement professionnel stressant. Si votre conjoint est sans travail, vous pouvez pensez qu’il est en situation d’échec, en manque de confiance en lui. Il est peut être malade, ou au contraire s’il revient d’une activité exaltante, il est enthousiasmé par une journée qui a été un succès, il a besoin de voir ses enfants, de se détendre. La clé c’est de sortir de soi pour rejoindre le cœur de l’autre, les préoccupations de l’autre, pour aller sur la colline de l’autre. Et le miracle s’opère, qui n’a rien d’un miracle : en allant « du côté de l’autre » l’autre sera comblé et ira « de votre côté », et vos attentes aussi trouveront une réponse. C’est comme s’il fallait renoncer à ses revendications, d’être aimé, d’être reconnu, d’être considéré pour que justement elles soient comblées. Vous avez vu comment Jésus est, tout au long de l’évangile, dans cette attitude, qui est l’attitude de la miséricorde. Si chacun reste campé sur ses positions, c’est la guerre ! Si avec un brin de simplicité, un peu d’humilité et beaucoup d’amour nous faisons comme Jésus, quelque chose est possible et à la clé, il y a la joie. La vie ne sera pas moins exigeante. Il y aura toujours des obstacles, mais vous serez deux, je dirai même trois. Le troisième, c’est la relation qui en Dieu s’appelle l’Esprit Saint.  Quittons donc nos rigidités pour aller jusqu’au cœur de l’autre, à la suite de Jésus. Pour cela suivons l’exemple de Marie, la mère de la compassion, de la bienveillance, celle qui nous guide en cette belle année du grand jubilé du Puy