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Communier, c'est accepter que Jésus dirige ma vie

Fête Dieu encensement et pétales

Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour la Fête-Dieu 2015

La fête du corps et du sang du Christ que nous célébrons aujourd’hui nous invite à plonger dans l’ancien testament. Il nous est impossible de comprendre ce mystère de l’Eucharistie sans maitriser la lente pédagogie divine qui le prépare. Le mystère le plus nouveau, le plus incompréhensible au point que les juifs s’arrêtent d’écouter Jésus lorsqu’il évoque ce mystère au début de l’Evangile selon saint Jean, est le mystère qui nous plonge dans l’expérience du peuple juif. La première lecture nous rappelle en particulier que le Dieu tout puissant, l’infiniment grand, celui qu’on ne peut voir sans mourir choisit de faire alliance avec le plus petit de tous les peuples. Pourquoi ce petit peuple a-t-il été choisi ? Parce qu’il préfigure à la fois l’humanité et chacun d’entre nous. La notion de peuple nous fait comprendre que l’alliance va s’étendre ensuite à toute l’humanité. La notion de petitesse nous montre combien, s’il s’adresse à tous, le Seigneur ne cesse pas pour autant de s’adresser à moi en particulier. Il y a une double signification, communautaire et personnelle sans que la relation communautaire n’affaiblisse la relation personnelle et inversement. Alors l’eucharistie est l’aboutissement de cette révélation de Dieu. Source et socle de l’unité de la communauté elle est également un sommet de l’union intime entre Dieu et chacun d’entre nous.

La lettre aux hébreux parsemée de références vétérotestamentaires, nous dit pourtant combien toutes ces références sont dépassées par le surgissement de Dieu dans notre humanité, en Jésus. Les trois grands mystères qui marquent profondément ce changement sont le mystère de la Trinité, le mystère de l’Incarnation et le mystère de l’Eucharistie. Prenons ces trois mystère les uns après les autres pour remarquer que le mystère de la sainte Trinité, que nous avons célébré dimanche dernier, qu’on a l’habitude de tenir pour le plus difficile est finalement celui auquel nous nous habituons assez rapidement, au sens où il entre assez vite dans notre culture, dans nos références religieuses. Finalement, nous n’avons pas tant de difficulté que cela à la comprendre et même à l’expliquer. Dieu est une communion d’amour. L’amour en Dieu est dynamique et son unité trouve sa possibilité dans la différence, dans la distinction des personnes et nous utilisons de bien belles images pour le faire comprendre, depuis l’arc en ciel où la diversité des couleurs est la condition de possibilité de la couleur blanche lorsque toutes ces couleurs sont unies les unes aux autres, en passant par les trois bougies qui se rapprochent et, unissant leurs mèches ne forment qu’une seule flamme qui ne diffuse qu’une seule lumière. Toutes ces images que nous utilisons nous montre bien que le mystère de la Trinité, nous l’avons bien apprivoisé. Le mystère de l’Incarnation est déjà plus difficile. Le Dieu tout puissant et lointain se met à s’abaisser. Le Verbe divin est présent dans un bambin qui balbutie. Dieu s’invite dans notre humanité en revêtant le manteau de la pauvreté et de l’humilité. Il se fait dépendant celui dont nous dépendons tous, celui qui tient en sa main les profondeurs de la terre. Mais le comble est atteint avec le mystère de l’Eucharistie. Il nous donne son corps à manger sous la forme d’un morceau de pain. Silencieusement il se donne dans son corps. Il se laisse assimiler par un corps de chair. Et parfois il se fait humilier, rejeter, piétiner par ceux qui ne veulent pas le recevoir. Mais dans le fond, est ce que c’est cet abaissement qui nous trouble le plus, est-ce cette humilité du Fils de Dieu qui nous dérange. N’est-ce pas plutôt qu’il s’invite dans nos vies, dans l’intimité de nos vies. En venant communier au corps du Christ, nous ne recevons pas seulement un corps mais un corps glorifié. Ce n’est pas la matérialité du corps qui importe. Nous ne sommes pas anthropophages. Lorsque le Christ se donne à nous dans l’Eucharistie, il se donne tout entier. Nous communions au corps du Christ ressuscité et ce faisant, c’est à toute sa vie que nous communion. Le Christ nous livre sa vie dans l’Eucharistie pour que nous en vivions, pour que ce ne soit plus nous qui vivions, mais le Christ en nous. Participer à l’Eucharistie, c’est se mettre à genoux devant notre Dieu et accepter de vivre de sa vie, de vivre selon son Esprit. L’Eucharistie n’est pas un acte magique qui nous transformerait de l’extérieur, mais l’acte par lequel nous est communiquée la vie du Christ, pour que nous en vivions. Et la vie du Christ en nous elle commence justement lorsque la messe est célébrée et que le prêtre nous envoie en mission comme le Christ a envoyé ses apôtres en mission et que nous soyons témoins de l’amour de Dieu dans nos vies. Par l’eucharistie, Jésus veux visiter tous les recoins de notre être. Il se laisse manger, assimiler par nous pour être totalement présent à nous, pour que rien ne lui soit étranger dans notre être, mais surtout pour qu’il soit présent dans notre vie, qu’il n’y ait pas de zone d’ombre, et c’est cela qui nous dérange le plus. Nous sommes parfois tenter de lui dire Seigneur, aime moi, mais pas trop quand même. Laisse-moi mes petits lieux de destructions de moi-même, laisse-moi de temps en temps me replier sur moi. Aide-moi à ne plus être égoïste sauf de 21h à 22h lorsque je perds mon temps sur internet. Aide-moi à être charitable, sauf le samedi soir avec mes copains, une bonne bière à la main quand je critique Joseph et sa manie à se mêler de tout, quand je juge Simone sur son physique, ou le dimanche matin à la sortie de la messe lorsque je dis mes quatre vérités à mes copines sur Germaine qui éduque mal ses enfants, sur Maurice qui trompe sa femme, et sur Roger qui harcèle mon mari au bureau. Seigneur, aide moi à être meilleur mais laisse-moi quand même un petit temps de répit, ouù je pourrai en quelques minutes, réduire à néant tous mes efforts de la semaine. Et bien non, Jésus veux s’inviter dans toute notre vie, où que nous soyons, au bureau et en famille, dans nos loisirs et nos moments de recueillements. Vivre de l’Eucharistie, c’est se poser la question, à chaque instant de ma vie : qu’est-ce que Jésus aurais fait à ma place. Au moment où je me poserai la question, il sera à mes côtés pour que j’ai la force d’agir, selon son esprit, que je sache donner ma vie, ne plus être tourné vers moi-même mais vers lui présent en chacun de mes frères et en particulier en ceux que j’ai promis d’aimer tous les jours de ma vie. O Jésus présent dans l’Eucharistie, donne-moi ton corps pour que sache aimer avec mon corps, donne-moi ton esprit pour que je sache aimer dans l’Esprit saint, donne-moi ta vie pour que ma vie ressemble à la tienne. Amen


 

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