Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
Navigation

Homélie du père Roland Bresson pour l’Épiphanie du Seigneur le 3 janvier 2016

Ce que la solennité de la Pentecôte sera à Pâques, la solennité de l'Epiphanie l'est aujourd'hui à Noël.

         Le jour de Pentecôte la Bonne Nouvelle de la Résurrection de notre Seigneur est annoncée pour la première fois en dehors du cercle discret des apôtres et des disciples, pour la première fois la joie de la Résurrection de Jésus déborde du cœur des apôtres et le torrent du salut commence à jaillir sur le monde entier : 3000 hommes se feront baptiser le jour de la Pentecôte.

         Le jour de l'Epiphanie, l'Enfant Jésus, est adoré pour la première fois en dehors de l'Israël de Dieu. Pour la première fois la lumière née de la lumière, le Verbe fait chair, l'enfant de Marie est reconnu par des païens, et l'amour du cœur de notre Dieu commence à se déverser dans l'âme de tous les peuples et de tous les âges. Les mages personnifient tous les peuples quand on les représente comme un Européen, un Asiatique et un Africain. Ils personnifient aussi tous les âges de la vie quand on les représente comme un jeune homme, un homme mur et un vieillard.

         S'il n'y avait pas eu la Pentecôte, la Résurrection aurait été oubliée à la mort du dernier apôtre. La Pentecôte, c'est la Grâce de la mort et de la Résurrection qui commence à se répandre dans le monde.

         S'il n'y avait pas eu l'Epiphanie, la naissance de Jésus serait resté un évènement régional, villageois même, complètement anonyme et oublié aujourd'hui. L'Epiphanie, c'est la connaissance de l'amour de notre Dieu qui commence à se répandre dans le monde.

 

 

 

         Permettez-moi cet autre parallèle : L'Etoile est dans les récits de la nativité de Jésus ce que la coïncidence de l'Annonciation avec la Passion est au mystère que nous ne cessons de célébrer et de magnifier depuis des siècles dans ce sanctuaire : le salut de Dieu qui nous est donné à connaître et à recevoir. Comment ? Attendez un peu.

         L'Etoile... arrêtons-nous d'abord à sa lumière, en cette fête où elle répand sa clarté réconfortante.

         David, le roi prophète et poète le chantait déjà mille ans avant la naissance de Jésus :

         Les cieux proclament la gloire de Dieu,

            le firmament raconte l'ouvrage de ses mains.

         Le jour au jour en livre le récit

            et la nuit à la nuit en donne connaissance.

         Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s'entende;

         mais sur toute la terre en paraît le message

            et la nouvelle, aux limites du monde.

 

         À travers le langage de la création, les mages ont trouvé Dieu. Certes, le langage de la création à lui-seul ne suffit pas. Seule la Parole de Dieu, que nous rencontrons dans la Bible, pouvait leur indiquer de façon définitive la route. Mais, alors que ces mages païens ne connaissaient pas les Écritures, ils viennent aujourd'hui nous faire comprendre que Création et Écriture, raison et foi doivent ensemble nous conduire au Dieu vivant.

         L'étoile... On a beaucoup discuté sur le genre d’étoile qu’était celle qui avait guidé les Mages. On pense à une conjonction de planètes, à une Super nova, c’est-à-dire à une de ces étoiles au départ très faible en qui une explosion interne libère pendant un certain temps une immense splen-deur, à une comète, etc. Les savants continuent de discuter, de chercher... et Dieu voit que cela est bon... à nous de savoir lire les signes que Dieu nous a laissé dans sa création.

 

         La coïncidence de l'Annonciation avec la Passion en laquelle nous allons jubiler dans 82 jours, est elle aussi le fruit d'un phénomène astronomique : le dimanche qui suit la lune pleine après l'équinoxe du printemps tombera le 27 mars qui sera donc le jour de Pâques et deux jours avant le Vendredi saint surviendra le saint jour de l'Annonciation du Seigneur à la Vierge Marie. Coïncidence rare qui frappe nos esprits... et Dieu voit que cela sera bon... le Verbe de Dieu devenu tout petit dans le ventre de Marie commence sa marche vers la Croix, et ce chemin passe d'abord par la mangeoire de Bethléem : de la crèche au crucifiement, Dieu nous livre un profond mystère, Dieu nous aime inlassablement.

         Comme nous souhaitons que ce jubilé de coïncidence soit pour tous les pèlerins que nous sommes et qui viendront comme la révélation libérant pendant un certain temps l'immense splendeur de la miséricorde divine ! Et comme nous désirons ensuite repartir comme les mages par un autre chemin : un chemin de conversion profonde, paisible et véritable, un chemin qui évite Hérode et ses pièges.

 

 

 

         Hérode... plaçons nous quelques instants face à cette figure terrifiante et sanguinaire. Il se méfie de Dieu qui pourrait en vouloir à son pouvoir... Hélas : il y a parfois de l'Hérode en nous : nous nous méfions de Dieu qui pourrait faire concurrence à notre petit pouvoir, notre indépendance, un Dieu qui pourrait nous empêcher de faire ce que nous voulons... alors nous cherchons à l'éliminer pour l'oublier, ou à nous cacher comme Adam qui se cachait dans le jardin d'Eden après son péché. Nous avons peur de Dieu et cela nous entraine à faire des horreurs. Mais que crains-tu, Hérode ? Dieu ne vient pas te faire concurrence : il est ce père qui n'enlève rien de nécessaire mais offre l'indispensable : le pain de ce jour, le pardon, la victoire sur la tentation et la délivrance du mal.

 

         Les sages d'Israël... prenons aussi le temps d'écouter et de regarder ces sages d'Israël... ils nous parlent et nous montrent la triste condition de ceux qui indiquent la route mais qui ne bougent pas : ils sont comme des bornes au bord de la route, disait saint Augustin. Trop d'assurance en eux-mêmes, trop de prétention à connaître parfaitement la réalité, la grave présomption d'avoir un jugement définitif sur les choses. Tout cela rend leurs cœurs fermés et insensibles à la nouveauté de Dieu. Ce sont des bornes massives, minérales et immobiles ! Ils sont sûrs de l'idée qu'ils se sont faite du monde et ne se laissent plus bouleverser au plus profond d'eux-mêmes par l'aventure d'un Dieu qui veut les rencontrer. Ils placent leur confiance davantage en eux-mêmes qu'en Lui et ne considèrent pas possible que Dieu soit grand au point de pouvoir se faire tout petit, de pouvoir vraiment s'approcher de nous.

         N'y a-t-il pas en nous quelque chose de cette fausse sagesse ? A la fin, ne nous manque-t-il pas l'humilité authentique, la capacité évangélique d'être des enfants dans nos cœurs, de nous émerveiller, et de sortir de nous pour nous mettre en route sur le chemin que l'étoile indique, le chemin de Dieu.

         Enfin, comment ne pas être en admiration devant les mages ?

         Ces hommes qui partirent autrefois vers l’inconnu étaient des hommes au cœur inquiet. Des hommes poussés par la recherche inquiète de Dieu et du salut du monde. Des hommes en attente qui ne se contentaient pas de leur revenu assuré et de leur position sociale. Ils étaient à la recherche de la réalité la plus grande. Ils étaient des hommes instruits qui avaient la connaissance des astres et qui peut être étaient aussi philosophes. Mais, ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses. Ils voulaient savoir surtout l’essentiel. Ils voulaient savoir si Dieu existe, où et comment il est. S’il prenait soin de nous et comment nous pourrions le rencontrer. Ils voulaient reconnaître la vérité sur l'homme, sur Dieu et sur le monde. Leur pèlerinage était une expression de leur pèlerinage intérieur, dans leur cœur. Ils étaient des hommes qui cherchaient Dieu et, ils étaient en marche vers lui. Ils étaient des chercheurs de Dieu.

         Et pour cela ils firent preuve d'un grand courage, marchant pendant environ deux ans, perdant de vue l'étoile, devenant les jouets d'Hérode, abandonnant à la fin toutes leurs richesses.

         Ils faisaient déjà ce que saint Augustin écrira et vivra bien plus tard : « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur et notre cœur est sans repos (inquiet) tant qu'il ne demeure en Toi. »

         Vivons dans cette sainte inquiétude de Dieu !

         Et alors nous pourrons être des lumières, des étoiles pour les autres, et non plus seulement des panneaux au bord de la route, qui indiquent mais ne bougent pas. Soyons des étoiles qui se déplacent. Formons en Église, une constellation d'Étoiles, une voie lactée, un chemin des étoiles, guidant joyeusement la multitude jusqu'à la mangeoire de Dieu qui seul peut rassasier la faim des hommes qu'il aime.             Amen.