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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Homélie de monseigneur Bernard Barsi.

Solennité de la sainte Trinité. Maintenance des pénitents

71° MAINTENANCE DES CONFRERIES DE PENITENTS

Le Puy-en-Velay, 21 et 22 mai 2016

 

Message de Sa Sainteté le Pape François

« Monseigneur Bernard Barsi, Archevêque de Monaco Aumônier général des Confréries de Pénitents de France et de Monaco

À l’occasion de la 71ème Maintenance qui rassemble les Confréries de Pénitents de France et de Monaco, Sa Sainteté le Pape François s’associe de grand cœur à cet événement, particulièrement en l’année du jubilé de la Miséricorde et alors que vous êtes réunis dans l’antique sanctuaire de Notre-Dame du Puy qui célèbre en cette année son Jubilé. À la suite des nombreux pèlerins et des saints qui, depuis plus de six siècles, viennent déposer ici leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses, puissiez-vous puiser en ce lieu la grâce du pardon et l’élan pour marcher, avec Marie, d’un pas résolu vers Jésus le Christ, la Résurrection et la Vie et annoncer que sa grâce est offerte à tous ! Le Pape vous invite à contempler en Lui, le mystère de la miséricorde, source de joie, de sérénité et de paix, afin d’en vivre et d’en témoigner là où vous êtes pour que chacun retrouve le chemin du retour au Père (cf, Bulle d’indiction n. 12). Confiant la fécondité de votre rencontre à l’intercession maternelle de la Vierge Marie, le Saint-Père vous accorde de grand cœur, ainsi qu’à Monseigneur Luc Crépy, Evêque du Puy-en-Velay, et à tous les membres des Confréries de Pénitents de France et de Monaco et à leurs familles, une particulière Bénédiction apostolique.

Cardinal Pietro Parolin
Secrétaire d’État de Sa Sainteté »

 

Homélie de Mgr Bernard BARSI

 

Un jubilé marque une étape importante dans la vie d’une personne, d’une institution humaine et de l’Eglise.  Conformément à la tradition biblique, un jubilé en Eglise constitue un temps de grâce, de joie et de remerciements pour les bienfaits accordés par Dieu. Il marque l’ouverture d’une période de libération, de pardon, de remise des dettes. Il exprime une volonté de réaliser une vie communautaire plus intense, plus fraternelle. Et bien ce matin, frères et sœurs, notre Maintenance nous offre plusieurs motifs de jubilation et d’allégresse.

 

Ce dimanche est celui de la Sainte Trinité. Avec l’Eglise, nous tournons nos cœurs et nos yeux vers ce mystère divin d’un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Esprit Saint. L’Esprit de Pentecôte nous conduit vers la vérité toute entière. Elle nous révèle qu’en Dieu réside la perfection de l’Amour.

Nous sommes dans la joie car nous sommes accueillis chaleureusement dans cette cathédrale de Notre-Dame du Puy-en-Velay où s’accomplit le Jubilé du Puy que l’on appelle également le « Grand Pardon ».

Nous nous réjouissons avec toute l’Eglise. En effet, à l’appel du Pape François, depuis le mois de décembre dernier, nous sommes entrés dans l’Année Sainte du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde.

Enfin, les membres des Confréries de Pénitents de France et de Monaco sont heureux de se retrouver pour leur Maintenance annuelle.  La première d’une longue série ouverte, voilà 90 ans, le 20 juin 1926 en Avignon. Remercions le Seigneur pour la fidélité des Pénitents, hommes et femmes, à ce rassemblement de foi, de prière et de fraternité partagée, de témoignage et de service accompli au sein de l’Eglise catholique.

 

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Pendant quelques instants, revenons sur toutes ces occasions de joie. Selon les paroles du message du Pape François, elles font retentir en nous une invitation « à puiser l’élan pour marcher avec Marie, d’un pas résolu vers Jésus … et annoncer que sa grâce est offerte à tous ! ».

 

Les paroles de l’évangile de Jean sont claires et sûres : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître » (Jn 1,18). Avec Jésus, et l’envoi qu’il fait de l’Esprit à la Pentecôte, le mystère de Dieu est entièrement dévoilé : un Dieu unique en trois personnes : Père, Fils et Saint-Esprit.  En parcourant les Ecritures, nous découvrons que ce Dieu d’amour, de communion, de miséricorde ne cesse de se donner, de se communique pour le salut de l’homme. Tout vient du Père, tout arrive par le Fils et tout s’achève dans l’Esprit. Dans la bulle annonçant le Jubilé extraordinaire, le Pape François écrit ceci : « Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité ». Nous tous chrétiens, par le baptême, nous avons été plongés dans cette communion d’amour du Dieu Trinité, en effet nous avons été marqués au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi, Dieu nous a introduit dans sa propre vie de communion d’amour. C’est pourquoi St Léon le Grand, un pape du 5° siècle dans une homélie restée célèbre a déclaré : « Chrétien, prends conscience de ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine » (Premier sermon sur la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ).

 

Cet homme nouveau, participant à la nature divine est appelé à vivre de l’amour de Dieu envers tous, il est appelé à vivre « miséricordieux comme le Père est miséricordieux ». Mais nous connaissons notre faiblesse, notre péché comme le décrit si bien l’apôtre Paul : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7,19). Dans l’usage mal compris de notre liberté, à l’image de l’enfant prodigue de l’évangile, nous nous détournons et nous éloignons de l’amour de Dieu et de nos frères et sœurs en humanité.  A cet homme égaré par le mal et le péché, s’il revient vers son Dieu,  Dieu ouvre ses bras et le serre contre son cœur. Il se réjouit comme le père de la parabole et peut s’exclamer : mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé” (Lc 15,23-24) ou encore : « C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7).

 

Frères et sœurs chrétiens nous sommes invités à vivre de la miséricorde de Dieu parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. Jésus, le Fils de Dieu est allé jusqu’au bout de l’amour. Sur la croix, il nous a donné sa vie et a intercédé pour nous obtenir le pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,19). Ce pardon nous l’expérimentons dans le sacrement de la réconciliation. Au prêtre, ministre de l’Eglise, nous confessons notre péché, mais nous confessons tout autant l’amour de Dieu qui nous sauve et nous relève.

 

Le Jubilé de la Miséricorde, l’Année Sainte, c’est ce temps favorable offert par le Seigneur pour contempler sa miséricorde, pour se convertir davantage à son amour et porter témoignage devant le monde de la bonté et de l’amour de Dieu.

 

Le Jubilé de la Miséricorde par une heureuse disposition de la Providence rejoint au Puy-en-Velay, le grand Jubilé de Notre-Dame. Celui-ci est l’un des plus anciens de l’histoire de l’Eglise. Il est décrété par le Pape, lorsque le 25 mars, jour de l’Annonciation du Seigneur, de sa conception selon l’Esprit Saint coïncide avec le Vendredi Saint, sa mort sur la Croix. Le précédent Jubilé a eu lieu en 2005, et nous étions présents en avril avec la 60° Maintenance.  Le prochain jubilé du Puy se déroulera en 2157. J’imagine que dans 141 ans, nos successeurs Pénitents auront à cœur de tenir ici une nouvelle Maintenance.

 

Ces deux jubilés nous incitent à prendre notre foi chrétienne au sérieux, à nous convertir, à recevoir le pardon de Dieu pour vivre en ce monde la bonté, la miséricorde de Dieu. Le monde dans lequel nous nous trouvons est capable de réaliser de grandes choses, de vivre de belles réalités de solidarité mais il est rongé par la peur, la violence, l’agressivité sociale, le mépris des petits et des pauvres, la détérioration de l’environnement, les crises du mariage et de la famille, les menaces de guerres.   L’Eglise a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu. Nos Confréries de Pénitents reçoivent cette mission de témoigner de la tendresse de Dieu. Nous le faisons par nos paroles mais aussi avec nos actes. L’Apôtre Jacques dans sa lettre nous met en garde : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? … la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. (Jc 2,14 et 17). En nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu, nous découvrons les œuvres de miséricorde corporelles proposées par Jésus dans l’évangile : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Il y a également les œuvres de miséricorde spirituelle : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts. Ces œuvres de miséricorde sont pratiquées depuis des temps immémoriaux dans nos Confréries, mais avec le temps, avec la routine, nous en avons perdu le goût. Comme je l’ai écrit dans le Labarum de cette année, je souhaite que cette Année Sainte amène nos Confréries à s’interroger sur leur manière de vivre et de réaliser ces œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, car aimer et pardonner sont les signes visibles que la foi a transformé nos vies. L’Année Sainte permettra à nos Confréries de devenir davantage des foyers d’amour. Aussi fuyons la médisance et les commérages, ils sèment la division. Fuyons la tentation de posséder le pouvoir, cherchons plutôt à renforcer notre esprit de communion, de charité et de service. Ils construisent la paix et rayonnent la foi et cette espérance qui a été répandue en nos cœurs par l’Esprit (cf Rm 5,5).

 

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Notre pèlerinage ici au Puy-en-Velay sera complet et nous permettra d’obtenir l’indulgence jubilaire si nous visitons la cathédrale,  recevons les sacrements de réconciliation et d’eucharistie, si nous prions aux intentions du Pape. Prenons la décision de mener une vie plus évangélique, une vie plus consciente de notre dignité de baptisés. La Vierge Marie, Notre-Dame-de-l'Annonciation, la Vierge noire du Puy, Notre-Dame de la Miséricorde que nous aimons invoquer ici et dans nos Confréries, nous accompagnera de sa tendresse maternelle.