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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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homélie du père Emmanuel Gobilliard 13 décembre 2015

Translation des reliques de saint Jean Paul II

Saint Jean-Paul II a confié un jour à son secrétaire, que s’il fallait ne retenir qu’un seul mot pour qualifier la totalité de son ministère pétrinien, il aurait choisi le mot miséricorde. Il a été l’instigateur de la fête de la miséricorde le dimanche après Pâques. Il a été l’apôtre de l’unité qu’il a développée dans son encyclique « ut unum sint ». Et c’est sur cette dimension de l’unité que je voudrais insister en évoquant la mémoire de ce grand saint du XXème siècle qui nous fait l’honneur, grâce à la bienveillance du cardinal Dziwicz, de marquer de sa présence notre belle cathédrale du Puy. Il a voulu l’unité pendant tout le temps de son ministère et il savait que l’unité ne pouvait se réaliser sans le recours permanent à la miséricorde. Cette unité il a voulu la réaliser dans l’Eglise à tous les niveaux. Au niveau individuel d’abord. Il n’y a pas d’unité dans l’Eglise, si nous ne sommes pas capables de faire l’unité en chacun de nous. C’est ce qu’on appelle l’unité intérieure qui ne peut se réaliser que par l’amour qui n’est pas un sentiment seulement mais un engagement de toute la personne. C’est ce qu’il appelé l’intégration de l’amour. Je ne peux être aimé, je ne peux aimer qu’en mobilisant tout ce qui fait la richesse de ma personne. Pour aimer en vérité, je dois faire l’unité de tout ce qui me caractérise : mon sexe d’abord. Je suis un homme masculin et ma façon d’agir ne peut être que celle d’un homme masculin, avec tout ce que cette caractéristique révèle de beau, de spécifique et de complémentaire avec la caractéristique féminine. J’aime aussi avec mon caractère, mon histoire, mes faiblesses et les péchés dans lesquels je suis tombé. C’est ce que dit si bien une belle prière : aime moi tel que tu es !

C’est là qu’intervient la miséricorde. La miséricorde est très bien définie dans le psaume 84 au verset 11 : « amour et vérité se rencontrent ». On a souvent édulcoré la notion de miséricorde en lui substituant systématiquement la notion d’amour ou de tendresse. Ainsi dans la traduction du magnificat ou du benedictus, nos traductions n’osent plus employer le mot miséricorde qui est systématiquement remplacé soit par le mot amour comme lorsque nous disons « son amour s’étend d’âge en âge » au lieu de dire « sa miséricorde s’étend d’âge en âge », soit par le mot tendresse. Non pas que l’amour ne soit pas un mot important, bien au contraire ; non pas que la tendresse ne soit pas aussi très importante. Mais, en raison d’une mauvaise conception qu’on a de l’amour, on croit trop vite que l’amour oublie, que l’amour est aveugle ou qu’il enjolive la réalité. Dieu nous voit tels que nous sommes. Il n’enjolive pas la réalité. Il fait beaucoup plus qu’oublier ; il pardonne, ce qui est beaucoup plus grand. Si nous sommes égoïstes, il ne dira jamais : ne t’inquiète, ce n’est pas grave, bien au contraire. Il ne nous passe rien, parce qu’en bon éducateur, il nous veut meilleurs. La miséricorde, c’est l’amour et la vérité qui se rencontrent, et c’est tellement mieux pour moi que Dieu me connaisse tel que je suis ; ainsi je suis sûr que c’est moi qu’il aime et qu’il m’aime tel que je suis, et qu’il n’en aime pas un autre en croyant m’aimer, et qu’il n’aime pas l’image que je veux donner de moi-même. C’est ainsi qu’il réalise mon unité. Par sa patience, par son amour, par son éducation, sa ténacité, son pardon et sa miséricorde il me révèle à moi-même, il me fait devenir ce que je suis, il me fait donner le meilleur de moi-même. Jean Paul II me rappelle aussi, à travers tout son enseignement, que cet amour par lequel je vais me révéler, il se vit dans l’action, dans le don concret de ma personne, à travers une vocation, à travers une contingence qui peut être parfois difficile à vivre, contraignante, handicapante, mais enfin c’est à travers cette pauvreté que Dieu veux que je sois heureux. Le don de moi-même, dans la liberté et la fidélité, est une condition de mon bonheur. Jean Paul II nous rappelle, par tout son enseignement que je ne peux me trouver que dans le don désintéressé, sincère, de moi-même, comme le dit le concile Vatican II(Gaudium et spes 24). Le péché et donc le malheur se trouve dans le repli sur soi, dans le mensonge aussi. Jean Paul II a été un ardent défenseur de l’amour conjugal et il a présenté la vocation au mariage comme la vocation par excellence. Dans ce cadre, il a même présenté la relation conjugale, le don des corps comme l’un des plus beaux cadeaux que Dieu nous ait fait dans le mystère de la création. Et c’est pour cela qu’il avait l’air à la fois si moderne, si novateur et si exigeant. Il voulait nous dire : Dieu vous a fait des cadeaux merveilleux et parmi ceux-ci celui de la sexualité. Ne le vivez pas de façon désordonnée, ne le détournez pas de la fidélité ; sinon ce magnifique cadeau, au lieu de vous épanouir, vous détruira à petit feu. Il est épanouissant quand il est tourné vers l’autre, quand il est le sommet d’un don véritable. Si je m’en sers pour mon plaisir, pour une satisfaction personnelle, il engendre souvent la tristesse. « Soyez toujours joyeux » nous demande saint Paul. Jean Paul II aussi nous invite à la joie, à la joie profonde du cœur qui s’épanouit en se donnant, concrètement dans un lieu donné, à un moment donné, en intégrant tous les déterminismes qui sont les miens et qui feront que mon don, à défaut d’être idéal ou héroïque, sera vrai, beau et simple. Jean Pau II a développé tout cela pendant plusieurs années lors de catéchèses qu’on a regroupées sous le nom de théologie du corps. On pourrait les appeler aussi théologie du don concret, incarné. Le visage de la théologie du corps aujourd’hui c’est le pape François, et nous aurions tort de les opposer alors qu’ils sont faits du même bois et que le pape actuel ne cesse de se référer à son saint prédécesseur. Son encyclique sur l’écologie est une autre façon de parler de théologie du corps, du respect de la personne humaine, et du don ineffable que le seigneur nous a fait en nous donnant un corps pour servir, pour aimer, pour louer, pour travailler aussi. Le premier nous offre le dimanche de la miséricorde, le second nous propose cette année jubilaire pour que nous découvrions toujours mieux combien Dieu nous aime en vérité, combien il veut que nous prenions le chemin du bonheur et de la joie véritable en nous laissant toucher par cette miséricorde et en devenant à notre tour des artisans de la miséricorde. L’unité dont j’ai parlé au début, elle commence avec l’unité intérieure, elle se poursuit avec l’unité dans nos familles et dans l’Eglise, elle s’achève avec l’unité de tout le genre humain. Pour que l’unité se réalise, nous avons besoin de chacun et recevoir chacun, aussi différent soit-il de moi, comme un cadeau personnel de Dieu. Si, dans chaque rencontre, je prends conscience qu’il y a un cadeau personnel de Dieu, alors je ferai de chaque rencontre, aussi surprenante soit elle, l’occasion d’aimer davantage, de me donner davantage ; l’occasion d’une vraie joie. Jean Paul II a vécu des expériences extraordinairement différentes les unes des autres. Il est tombé amoureux, il a été l’un des grands comédiens polonais de son époque, prêtre, évêque et pape, intellectuel et sportif, artiste et grand communiquant. Il a été surtout un chercheur, chercheur de Dieu, chercheur de l’homme blessé au point de serrer dans ses bras son agresseur. Il a été un grand voyageur, comme pour nous dire : sortez de vous-mêmes, allez à la rencontre des autres, vous y découvrirez…Dieu lui-même. Recevons ses reliques comme un cadeau qui nous invite à recevoir un autre cadeau : son enseignement lumineux, son témoignage motivant, son exemple de sainteté joyeuse. Rendons grâce au Seigneur pour le cadeau qu’a été ce saint Pape, demandons la grâce de savoir suivre le même chemin que lui, celui du don total de nous-mêmes, à Dieu et à nos frères, avec ce que nous sommes, ce que nous avons reçu, avec nos faiblesses transfigurées par la grâce, pour qu’à notre tour nous soyons des cadeaux pour nos frères. Le voilà le vrai cadeau de Noël : nos vies données par amour. Amen.