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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Homélie du père Emmanuel Gobilliard le dimanche 4 octobre 2015, journée de la création

Jésus modèle pour l'écologie

Aujourd’hui, frères et sœurs, j’aimerais vraiment vous partager l’émerveillement qui me saisit lorsque je médite les textes que la liturgie nous propose. Commençons par le premier et arrêtons-nous au début du texte : «Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. »

Pour bien comprendre ne serait-ce que cette phrase, nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas ici dans du langage historique. La vérité de ce texte est si profonde et si puissante qu’elle dépasse la dimension historique, qui la réduit obligatoirement. Nous pouvons dire que ce texte est si vrai, qu’il est vrai de tout homme, de toute culture, de tout lieu et de tout temps. Ce texte me décrit et me permet de mieux me comprendre. Alors que me dit-il sur moi-même ? Que j’ai besoin de l’autre différent, que ma vie n’a pas de sens si je suis seul, si je fais tout tout seul, si je me crois autosuffisant. C’est la tentation à laquelle a succombé Satan, le diviseur, celui que refuse que nous ayons besoin les uns des autres, qui refuse la communion et la charité, qui préfère être malheureux seul que de s’abaisser à avoir besoin d’un autre. Non seulement ce texte m’aide à comprendre que j’ai besoin de l’autre mais en même temps il me fait comprendre aussi que je suis fait pour aimer, pour me donner et me donner réellement, jusque dans ma chair, dans mon corps. Le don implique un sacrifice ! C’est ce qui est exprimé symboliquement dans ce passage où Dieu prend une côte de l’homme pour façonner la femme. Pour bien comprendre le texte, il faudrait revenir à l’hébreu, parce que, ici, vous pensez probablement que, lorsque le texte désigne l’homme, il s’agit d’un être de sexe masculin. Pas du tout ! Il faudrait traduire le mot Adam par : "l’être humain tiré de la terre". Celui qui a les yeux fixé au sol, qui n’a pas d’espérance, de perspective, celui qui est tourné vers lui-même, replié sur lui-même. ce qui ne peut pas être autrement, puisqu'il est seul. Dieu va lui donner une espérance dans ce qu’on peut appeler la différence sexuelle. Alors il prend le cœur de cet être. En effet, l’hébreu pour désigner le cœur, aime dire la côte ou le côté. Cela nous permet de mieux comprendre d’ailleurs pourquoi c’est le côté de Jésus qui a été transpercé. Il est blessé d’amour. Il a le cœur transpercé.  Donc, Dieu prend le cœur de cet être et le sépare en deux. Alors apparaissent deux nouveaux mots Ish (l'homme masculin) et Isha (la femme) qui nous font comprendre que la différence sexuelle et l’amour humain sont créés par Dieu et que cet amour humain n’est pas seulement platonique, spirituel ou intellectuel, mais qu’il s’exprime dans le corps. L’amour se dit par le corps, par la parole, par le toucher et l’union sexuelle mais aussi par l’action, par la charité, par le don de moi-même dans mon travail et mon activité. Tout ce que je fais devient, pour moi, une possibilité d’aimer et de me donner. Oui l'être humain est fait pour le don !

Aujourd’hui s’ouvre la dernière session du synode pour la famille et en même temps nous célébrons la création. Cette coïncidence providentielle nous rappelle que la différence sexuelle, c'est-à-dire la création de l’homme et de la femme par l’amour, dans l’amour et pour l’amour, est le chef d’œuvre de la création toute entière et qu’on ne peut pas parler d’écologie sans mettre l’écologie humaine à la première place. Le pape le dit au numéro 155. Je vous le lit :

« L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond … L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. De cette manière, il est possible d’accepter joyeusement le don spécifique de l’autre, homme ou femme, œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir réciproquement. Par conséquent, l’attitude qui prétend «effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter», n’est pas saine ».

Ainsi capable de recevoir l’autre comme un don, l’homme va être capable de se recevoir comme un don et de recevoir la nature comme un don. Il aura même une très grande responsabilité vis-à-vis de cette nature. Grâce aux grandes capacités de son intelligence, il aura le devoir de la faire fructifier, de l’améliorer, d’en corriger les imperfections que sont les maladies par exemple. L’extraordinaire richesse de ce texte référence du pape, c’est aussi d’avoir mis en relation l’écologie et le social.

Il dit au numéro 49 : « Le manque de contact physique et de rencontre, parfois favorisé par la désintégration de nos villes, aide à tranquilliser la conscience et à occulter une partie de la réalité par des analyses biaisées. Ceci cohabite parfois avec un discours “ vert ”. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu’une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. »

Retenez bien le début de l’analyse du pape. Tout vient d’un manque de contact physique et de relation. Au point de départ de tout discours écologique, il y a la relation, c'est-à-dire l’amour, la charité, qui se vivent concrètement, par le corps. Si je suis seul, je suis stérile, voire destructeur. Or la solitude, ce n’est pas seulement la solitude des individus, c’est aussi la solitude de certains pays, dont le nôtre, qui se croient seuls au monde et, au nom de leurs intérêts mesquins et égoïstes, instrumentalisent, manipulent et, sous-couvert de générosité, attisent les haines en favorisant la pauvreté dans les pays qui ne partagent pas leurs valeurs, fondées trop souvent sur le profit. J’aimerais tellement continuer de commenter les textes d’aujourd’hui en m’appuyant sur tout ce que le pape en a dit dans Laudato Si mais je n’en ai pas le temps. Je vous invite donc à lire le texte du pape François dans sa totalité. Je pense même qu’il s’agit d’un grave devoir pour tout catholique et au-delà pour toute personne de bonne volonté. Alors je termine, puisque nous sommes le 4 octobre, en évoquant saint François d’Assise. Pourquoi croyez-vous qu’il était dans une merveilleuse symbiose avec la création, pourquoi croyez-vous qu’il était capable de parler aux oiseaux et d’apaiser le loup de Gubbio ? Parce que son cœur était brulant d’amour, parce qu’il ne pouvait pas voir un pauvre sans se précipiter pour l’aider, parce que, s’il lui arrivait de blesser quelqu’un, il s’empressait de lui demander pardon, parce qu’il cherchait, par toute sa vie, à ressembler, au point de partager ses stigmates,  à Celui qui est le modèle de l’amour, le modèle de la compassion, le modèle de la paix avec la création, Jésus, le Fils du Père "par qui et pour qui tout existe" (2ème lecture). Amen

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