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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour la messe des professionnels de la justice

Chers amis, d’année en année de messe de la saint Yves en messe de la Yves, toujours suivi d’un sympathique repas, nous avons appris à nous connaître. Ajoutez à cela les différentes rencontres que la providence nous offre, nous commençons à nous connaître et à nous apprécier, au-delà même des liens d’amitié qui nous unissent. Nous avons même vécu ensemble, autour de monseigneur Brincard, des moments forts durant lesquels il vous a exprimé toute sa bienveillante paternité. Nous prierons aussi spécialement pour lui pendant cette messe.

Pour toutes ces raisons qui nous rapprochent, j’ai envie de vous dire : « chers frères et sœurs » en essayant de dépasser la formule pour rejoindre la réalité de ce que ces termes expriment, en vous accueillant ici, au nom du Seigneur et bien sûr au nom de monseigneur Crepy. Je vous considère vraiment comme des frères et sœurs parce qu’au-delà des façons de penser et pourquoi pas des divergences de vue, il y a quelque chose de subtil et en même temps de très profond qui nous unis. Nous exerçons, chacun à notre niveau, bien pauvrement aussi, une prérogative divine.

Le Seigneur, dans l’Evangile nous dit : « ne jugez pas » et pourtant vous êtes là, mesdames les juges, messieurs les juges. Jésus nous dit dans l’Evangile que nous n’avons qu’un seul avocat, L’Esprit Saint, notre défenseur. Et pourtant vous êtes venus, mesdames et messieurs les avocats. Jésus dans l’Evangile nous aussi dit : ne vous faites pas donner le nom de père, parce que vous n’avez qu’un seul père, qu’un seul enseignement, qu’un seul maitre, chers maîtres, votre père qui est aux cieux. Et pourtant je suis là moi-aussi, moi qu’on appelle mon père, et qui en ce moment prêche comme si j’étais votre enseignant. Oui notre mission nous fait tenir la place Dieu. Cela peut paraitre impressionnant. C’est certes une lourde responsabilité mais c’est aussi un énorme soulagement, de savoir qu’au-dessus de nous, il y a un Dieu qui saura juger en toute vérité et en toute charité. Son amour et sa miséricorde sont promis à tous, ce qui ne nous empêche pas d’exercer la justice. 

C’est certes une lourde responsabilité mais c’est aussi un énorme soulagement, de savoir qu’au-dessus de nous, il y a un Dieu qui saura juger en toute vérité et en toute charité. Son amour et sa miséricorde sont promis à tous, ce qui ne nous empêche pas d’exercer la justice.

Au contraire la miséricorde est indissociable de la justice. Nous ne sommes pas Dieu, et tant mieux, parce que Dieu saura consoler si nous avons été trop sévères, Dieu saura pardonner, même si notre devoir est de faire appliquer la peine. D’ailleurs Dieu nous aime, nous aussi et il nous pardonne quand nous avons péché, et il exerce sur nous aussi sa miséricorde quand nous nous trompons. Dieu, en Jésus, est doux et humble de cœur, tendre et compatissant. Je vous dis cela parce qu’il nous arrive parfois de faire porter sur vous, professionnel de la justice, un lourd poids. Il nous arrive, dans l’Eglise, comme dans le reste de la société, de vous mettre la pression et de ne pas supporter que vous soyez faillibles, que vous soyez parfois indécis et tout simplement humains. 
  

Je voudrais vous parler comme à des frères pour que vous puissiez profiter de cette célébration pour confier au Seigneur vos difficultés et vos angoisses, vos soucis de famille et de travail, mais aussi votre vie personnelle, votre santé et finalement tout ce que vous êtes. Vous écoutez beaucoup, mais qui vous écoute ? Vous défendez beaucoup mais qui vous défend ?  Vous jugez de la façon la plus impartiale possible, et tout le monde vous juge de façon passionnelle. Notre amitié m’a fait comprendre combien le métier, ou plutôt la vocation qui est la vôtre est exigeante et dure. Mais même si les autres vous jugent, vous n’avez rien à craindre du seul juge, du juste juge qui vous aime comme il aime ses propres enfants. 
  

La célébration d’aujourd’hui est aussi pour vous l’occasion de renforcer votre unité. Vos professions vous mettent en opposition les uns contre les autres, et même si vous avez appris à gérer ces situations, il peut en rester des traces, des rancunes et des incompréhensions. Cette célébration est l’occasion, dans le silence et dans le secret des cœurs de chacun, de vous pardonner mutuellement et de manifester que ce qui vous unit est beaucoup plus fort et plus profond que ce qui vous oppose ponctuellement. 
  

Que saint Yves soit pour vous plus qu’un patron, qu’il soit lui aussi un ami, ami caché mais bienveillant qui porte sur chacun de vous un regard fraternel, le regard même de Dieu, un regard de tendresse et de compréhension profonde. Le Seigneur sait tout ce que vous avez à porter mais je vous promets que, même si vous vous sentez bien seuls,  vous n’êtes pas seuls à les porter. Jésus les porte avec vous comme il a promis de le faire. Vous serez d’autant plus maîtres que vous aurez invité dans vos cœurs et dans vos vies le Seigneur Dieu qui vous aidera ainsi à être maitres comme lui à être juges comme lui, à être avocats dans l’Esprit saint. Sachez vous reposez sur lui, il ne vous abandonnera pas. 

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