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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le 3ème dimanche du temps ordinaire

La Parole de Dieu

En cette semaine où nous prions pour l’unité des chrétiens, laissons nous interpeler par la connaissance que nos frères protestants ont de la parole de Dieu, par la façon dont nos frères orthodoxes la proclament, laissons nous toucher par la première lecture où cette parole est redécouverte et célébrée par le peuple d’Israël. L’Evangile nous dit qu’elle s’accomplit aujourd’hui en Jésus alors je vais vous parler…de la Parole de Dieu.

On parle couramment des trois religions du livre. Il me semble que concernant le christianisme et probablement aussi le judaïsme, on ne peut pas parler de religion du livre mais bien plutôt de religion de la parole. Dans l’Islam, c’est différent. Le rapport au texte lui-même est très important. Dans l’Islam, il n’y a pas d’intermédiaire. Dieu, par l’ange Gabriel, dicte le coran au prophète qui s’attache à reproduire exactement ce qu’il reçoit. A aucun moment il ne peut interpréter. On doit lire le Coran dans la langue avec laquelle Il a été dicté. L’exégèse sur le texte est souvent refusée, les changements qu’il aurait subi aussi, de même que son influence. La question de l’herméneutique ne se pose pas. Il est presqu’impossible de soumettre le Coran à des études historico-critiques. C’est vraiment une religion du livre ou l’interprétation est très difficile, en tout cas rigoureusement encadrée. Nous sommes une religion de la Parole. Quelle est la différence ? Pour le chrétien, l’important n’est pas que la parole soit lue ou entendue, mais qu’elle soit accueillie et vécue. La parole devient vivante à partir du moment où elle vit en moi. C’est pour cette raison que dans l’Eglise orthodoxe on entend cette exhortation du diacre avant la proclamation de l’Evangile : « soyez attentifs ! »

Si vous ne recevez pas la parole, si vous ne l’accueillez pas, elle n’existe pas vraiment, elle est une parole en l’air et elle n’a rien de divin ! Il serait hypocrite de mettre une Bible bien en valeur dans son salon sans l’ouvrir régulièrement. En rentrant chez vous, je vous invite à vérifier si votre Bible est poussiéreuse. Si c’est le cas, allez vite en lire un passage. Mieux ! Priez la parole, partagez-la, transmettez-la. Elle n’en sera que plus vivante. Le concile Vatican II nous dit que la Bible est à la fois parole humaine et parole de Dieu. La richesse du christianisme, c’est que l’humanité ne vient pas dévaloriser la richesse de Dieu. S’il y a une dimension humaine dans la parole de Dieu, c’est plutôt mieux. Cela signifie que Dieu nous fait confiance, qu’il ne considère pas l’intervention de l’homme comme une altération de son message. Donc, pour mieux comprendre ce que Dieu veut nous dire, il est important que nous comprenions le contexte dans lequel cette parole a été écrite. Ici le contexte du livre de Néhémie, est un contexte de souffrance. Le peuple a beaucoup souffert et il goute la parole de Dieu comme on apprécie la présence d’un ami, d’un Dieu qui n’est pas indifférent à ce que nous vivons, qui nous soutient et nous accompagne, qui nous donne sa grâce et sa miséricorde. La parole nous dit que Dieu est au milieu de nous. Etudier la parole de Dieu, en comprendre la langue d’origine, mais aussi connaître celui qui l’a écrite, son histoire, ses défauts et ses qualités, c’est mieux comprendre ce que Dieu me dit. Dieu se dit par une écriture humaine. Parce que, peut être ne le saviez vous pas, mais celui qui a écrit la Parole de Dieu, ce n’est pas Dieu, ce n’est pas l’Esprit Saint non plus ; c’est un pauvre bougre qui a été inspiré. L’image la plus simple que je voudrais vous partager pour vous faire comprendre ce qu’est la parole de Dieu, c’est l’image d’un homme qui écrit un poème en pensant à sa bien-aimée. Son cœur est tellement rempli d’amour pour sa bien-aimée, que tout le texte parle d’elle, la décrit. On croit la connaître et on la connait vraiment quand on lit ce qu’écrit cet homme, inspiré par l’amour. N’ayons donc pas peur des exégètes, n’ayons pas peur des violences et des anthropomorphismes que nous trouvons dans la Bible.

Vous y trouverez des descriptions terribles, des histoires de meurtres, d’adultères, de vols en tous genres. Vous y trouverez même des paroles contre Dieu. La Bible, c’est l’homme qui dit Dieu dans la vérité et dans l’amour. Il dit sa souffrance et ses révoltes, ses joies, ses espérances et ses combats. Il dit aussi sa faiblesse et son péché. Et tout cela, Dieu l’assume. Il le met dans son cœur et cela devient la parole de Dieu. Dieu fait sien ce que nous sommes. Il prend à son compte ce que nous disons, ce que nous vivons, pour nous libérer du mal quand celui ci nous submerge, pour nous encourager et nous donner sa force quand nous en avons besoin, pour nous prouver surtout qu'il nous écoute et qu'il nous aime. Puisque la parole de Dieu a été façonnée, pensée, écrite dans une culture donnée, il est normal que nous y trouvions des genres littéraires différents. Il y a par exemple le genre apocalyptique, qui est le plus surprenant et le plus déroutant, le genre poétique comme dans le cantique des cantiques, le genre historique qu'on trouve dans le livre des rois par exemple, même si l'historicité est parfois légèrement embellie, comme nous le faisons régulièrement en société lorsque nous racontons nos exploits et que nous amplifions légèrement la réalité. Ce n'est pas parce que c'est la parole de Dieu que nous n'y trouvons pas quelques erreurs, puisque, comme je l'ai dit, Dieu y assume notre faiblesse. Il y a aussi le genre juridique comme dans le Lévitique ou le genre parabolique qu'on trouve souvent dans la bouche de Jésus. Il y a aussi le genre "imagé" comme dans le livre de la Genèse. Je veux revenir sur ce genre qui est mal compris dans nos sociétés où, à cause de l'invasion de l'information, seul le langage factuel est considéré comme vrai. Mais qu'est ce qui est le plus vrai, le cours de la bourse, qui a chuté de 10 points la semaine dernière ou l'amour du bien aimé du cantique des cantiques qui dit a sa bien-aimée : "ma bien aimée, tes yeux sont des colombes"! Je vous assure qu'au moment où le bien aimé lui fait une telle déclaration, la bien-aimée se fiche complètement du cours de la bourse, qu'il n'y a rien de plus important pour elle que ces paroles d'amour. Pourtant, dans notre langage qui réduit tout et surtout la notion de vérité, la déclaration du bien aimé est fausse. Les yeux de son amoureuse ne sont pas des colombes sinon elle ne pourrait rien voir. C'est du langage imagé qu'on trouve beaucoup dans la Genèse. Vous vous doutez bien que ce n'est pas un reptile qui a été la cause du premier péché, mais bien Satan, le menteur dont la sournoise tentation s'introduit discrètement, rampant dans l'ombre à travers les méandres de nos pensées. Ce langage imagé de la Bible est beaucoup plus vrai que tout ce que nous entendons dans les journaux télévisés. Il nous parle de nous, de l'homme et de la femme en général. Il prend de la hauteur et utilise pour ce faire un langage qui est tellement vrai qu'il s'inscrit moins que les autres dans une culture, dans une histoire, dans une expérience donnée. Il est tellement vrai qu'il est vrai de tout homme et de toute femme, de tout temps, de toute culture et de tout lieu. Il nous dit quelque chose de notre humanité, de sa grandeur et de ses faiblesses. Il nous dit comment aimer cette humanité que Dieu nous a donnée et comment l'éduquer pour qu'elle se détourne de ce qui la détruit et qu'elle se tourne vers Celui qui est sa source et son accomplissement : le créateur qui est amoureux de cette humanité fragile au point de s'en revêtir, au point de la porter, de l'assumer, jusque dans ses faiblesses. La grandeur de Dieu ne se situe pas tant dans son omniscience que dans son abaissement. Ce qui fait aussi la grandeur de Dieu, c'est qu'il m'aime, qu'il me sauve, qu'il me rejoint, pour mieux m'aimer et mieux me sauver, qu'il me rejoint jusque dans mon langage, sa Parole toute puissante et efficace qui s'accomplit aujourd'hui. Jésus est vraiment homme, il a souffert, il a dormi, il a mangé, il a parlé l'araméen et il a adopté les codes de la culture de son époque. Pourtant, habite en lui la plénitude de la divinité. Il est vraiment Dieu.

Pour la parole, de manière un peu différente cependant, il y a quelque chose d'analogue : par le langage pauvre, faible et limité qui est le notre, dans une culture, par la faiblesse d'un écrivain sacré, Dieu nous livre sa parole. Et ce n'est pas n'importe laquelle, c'est celle qui est contenue dans ce gros livre, que dis-je, dans tous ces livres qui forment une unité et qu'on appelle la Bible. Rendons grâce au Seigneur pour ce don ineffable de sa parole qu'il nous offre pour notre salut, et fréquentons-la assidument, amoureusement, parce que notre Dieu se communique par elle.