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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Homélie du père Gobilliard pour le premier dimanche de l'avent

Redressez vous et relevez la tête...Vous aurez la force de vous tenir debout

Deux semaines après les événements qui ont profondément bouleversé la France, qui ont plongé des familles dans la détresse et qui ont ébranlé les français dans leur mode de vie, laissons nous toucher par la parole de Dieu, laissons nous encourager et réconforter par notre Dieu qui nous indique les vraies raisons d’espérer. Ecoutons d’abord la parole du Prophète qui nous dit : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda. » Depuis toujours, Dieu nous fait cette promesse de bonheur qui ne concerne pas seulement la vie éternelle, par opposition à la vie d’ici-bas ; elle concerne bien notre vie quotidienne d’aujourd’hui. Depuis que Dieu nous a fait cette promesse, depuis Abraham en passant par Moïse, David et Isaïe, il a envoyé son Fils qui nous a fait cette même promesse à de multiples reprises dans l’Evangile : « bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, bienheureux les doux, ils recevront la terre en héritage, bienheureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde, bienheureux les artisans de paix, bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice. » Dans le contexte actuel, ces paroles ne sont pas faciles à entendre. Mais il y a pire ! Ailleurs Jésus a dit : « n’ayez pas peur » ou « lorsqu’on vous frappe sur une joue tendez l’autre joue ». Il a été encore plus loin en pardonnant à ses propres bourreaux alors qu’il était en train de subir le supplice de la croix. Dieu nous promet le bonheur, mais des hommes et des femmes meurent assassinés, des enfants deviennent orphelins, et je ne me sens pas la force de leur dire : « bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui sont persécuté pour la justice ». Pourtant, si je ne me sens pas cette force de le dire, certains ont la force de le vivre. Cela me plonge dans une grande admiration et me redonne l’espérance. Ainsi cet homme qui a écrit ce beau texte : « Vous n’aurez pas ma haine », en passant par ceux qui ont vécu la compassion, la charité et parfois même le pardon. Ils sont la lumière du monde et le sel de la terre. Le bonheur ce n'est pas une vie confortable et sans souffrance. Le bonheur, c'est qu'au coeur de la vie, avec ses souffrances et ses drames, j'ai encore la force d'aimer et de rester debout, digne ! Oui la voilà la radicalité de l’Evangile. Je n’ai pas toujours la force de la proclamer, mais certains ont la force de la vivre. Peut être aurais-je aussi cette force, si l’occasion se présentait, avec la grâce de Dieu. L’Espérance, c’est qu’au cœur du malheur, l’amour de Dieu soit encore annoncé et vécu concrètement, comme à l’époque du prophète Jérémie. Nous sommes, en effet, exactement dans le contexte de la première lecture. Le prophète a eu le courage de rappeler la promesse de bonheur du Seigneur dans un contexte dramatique : celui de la déportation à Babylone. La ville avait été asservie, le peuple décimé, les prisonniers déportés, le Temple détruit et avec lui tous les espoirs d’Israël. Et le prophète de proclamer en substance : « réjouissez-vous ! Il viendra sans tarder le prince de la paix !" Mais David est venu et la paix n’est pas là, et Jésus, le Fils, est venu et la paix n’est pas là ! Le rôle du prophète qui nous semble un peu provocateur quand il se met toujours en contradiction avec ce que vit le peuple, c’est de nous inviter à réfléchir et à avoir l’attitude juste, à donner un sens à ce que nous faisons, à orienter nos réactions pour qu’elles contribuent au bien, à notre bonheur, pour que nous n’ajoutions pas du malheur au drame que nous vivons.

Ces temps-ci, dans une méditation que j’ai faite à partir d’un passage de la Genèse, celui de la tentation par le serpent, j’ai été saisi par cette phrase par laquelle Adam et Eve ont été tentés : « vous serez comme des dieux » ! Ce petit mot « comme » m’a renvoyé aussitôt à ce même mot employé par Jésus quand il nous dit : « Aimez vous les uns les autres, comme je vous ai aimé » ou « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! » D’un côté le démon nous propose d’être comme des dieux, de l’autre Jésus nous invite à agir comme Dieu. La voilà la grande différence. D’un côté il y a ceux qui se prennent pour Dieu, qui veulent se mettre à la place de Dieu, qui agissent au nom de Dieu, et qui osent dire ce que Dieu pense et ce qu’il veut ; d’un autre côté il y a ceux qui nous invitent à agir comme Dieu. Ces derniers sont des croyants humbles et fidèles qui ont choisi la voie de l’obéissance du cœur. Les autres ont succombé à la méta-tentation, à la tentation démoniaque, celle de se prendre pour des dieux. Cette tentation, à laquelle les terroristes n’ont pas pu résister, elle peut être aussi la nôtre : tentation de certains croyants un peu trop zélés et mal éclairés qui croient savoir avec un aplomb déconcertant où se trouve la volonté de Dieu et refusent, souvent par peur, de s’affronter à la complexité du réel. Tout devient simple voir simpliste et il suffit d’appliquer le manuel du bon croyant. Nous voyons à quel point cette tentation existe. Il est tellement plus facile d’appliquer sans réfléchir, c'est-à-dire en éteignant la conscience, des règles qui semblent venir d’en-haut alors qu’elles ne sont que des tentations de toute puissance. C’est à partir de ce refus d’appréhender la complexité du réel qu’ont germées les grandes idéologies liberticides puis les dictatures du XXème siècle. Cette même tentation peut pourtant avoir des expressions bien différentes. Il est tout aussi dangereux de vouloir refuser Dieu, parce qu’automatiquement on fait de soi-même un Dieu. D’un côté la tentation autoritariste génère des comportements grégaires, de l’autre la tentation d’une liberté mal comprise sombre dans un individualisme tout aussi mortifère. Dire, comme on l’entend souvent actuellement dans nos médias : « laissez moi faire ce que je veux, comme je veux, où je veux, avec qui je veux » provoque des drames, et aussi des morts en masse. Mais ceux là semblent plus doux parce qu’ils sont plus lointains. Cet individualisme érigé en bien absolu par nos sociétés de surconsommation provoque des drames écologiques et sociaux de très grandes ampleur à cause desquels, par exemple 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim dans le monde. Le voilà l'enjeu véritable de la COP21. Le pape nous alerte avec force, dans sa dernière encyclique contre les deux comportements et renvoie les autoritaires et les individualistes à leurs contradictions. Dans l’Evangile, Jésus nous invite à veillez, c'est-à-dire à réfléchir, à être attentifs aux autres, à prier et à nous donner. Quand vous verrez ces signes, nous dit-il, ces signes terribles d’un monde qui s’écroule, ne baissez pas la tête comme ceux qui ont peur mais levez la tête et regardez Jésus, le prince de la paix. Il vous indique, encore et toujours la clé du bonheur. Pour être heureux, ne cédez jamais à la tentation du repli sur vous-mêmes, repli identitaire ou repli égoïste. Je suis triste de voir que certains prônent comme réaction au terrorisme : « surtout ne changez rien ! » Sous entendu : « surtout continuez de vivre de façon égoïste, consommez, mangez, buvez, faites la fête ! » Je reprends ici, à peu de chose près, les paroles de Jésus dans l’Evangile quand il nous dit : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie ! » Je n’ai rien contre le fait d’aller au concert ou au restaurant. Vendredi soir je suis allé au concert, la semaine dernière je suis aussi allé au restaurant et j’y ai même bu du vin. J’ajoute que j’aime le foot. Mais là n’est pas le but de ma vie ! Si ces petits plaisirs de la vie sont importants et contribuent parfois à me rendre joyeux, ce ne sont pas eux qui me rendent heureux. L’ivresse dont parle Jésus est celle qui me fait fuir la réalité, qui me replie sur moi et me rend violent. Jésus nous veux veilleur. Or un veilleur est une personne qui sait entendre les signes des temps, et qui pour cela est à l’écoute de la société, de ses difficultés et de ses combats ; c’est une personne qui est libre, d’abord par rapport à elle-même, à ses passions désordonnées et à ses tendances égoïstes ; c’est une personne qui, enfin, sait relever la tête et voir au dessus d’elle la présence d’un Dieu qui lui évite de se prendre pour Dieu et surtout qui l’aime et lui fait confiance. Mon bonheur, ce n’est pas de jouir de la vie, c’est d’être aimé infiniment par un Dieu qui a donné sa vie pour moi et qui m’invite à donner la mienne pour mes frères. Au milieu du malheur, de telles personnes ont éclairé le monde par leur témoignage héroïque. Oui l’espérance existe ! Elle se trouve dans le cœur de ces hommes et ces femmes qui savent relever la tête. C’est ce à quoi nous invite ce temps de l’avent. Sachons répondre simplement et avec courage à Jésus qui nous invite à la seule réaction qui soit digne du chrétien : la sainteté ! Amen