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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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homélie du père Roland Bresson 20 décembre 2015

Et la volonté de Dieu : c'est de venir se faire l'un de nous pour l'amour de nous

Dans quelques jours, la nuit de Noël va rassembler dans les églises beaucoup de monde.

Cette nuit-là, ceux qui passent habituellement devant les portes des églises comme devant quelque chose de lointain et d'étranger, qui ne les concerne pas, viendront pendant une heure comme « se replonger en Dieu » et prier avec les catholiques qui se rassemblent tous les dimanches. Et c'est vraiment beau ! Les lumières, l'encens, la musique, le regard des personnes qui parviennent encore à croire et, enfin, l'antique et mystérieux message de l'enfant né il y a si longtemps à Bethléem : « Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. et appelé le Rédempteur du monde »

L'Incarnation, la Rédemption, le Salut, voilà pourquoi Jésus est né. Comme cela peut paraître lointain.

Incarnation ? Rédemption ? Salut ?...

Ces dogmes chrétiens résonnent aux oreilles de beaucoup comme des mots provenant d'un monde depuis longtemps passé ; peut-être ce monde était-il beau, mais, en tout cas, ce n'est plus le nôtre !...

Pourtant la Parole qui demeure, l'Esprit saint qui a parlé par les prophètes et les écrivains sacrés de la Bible nous rapporte ce que Jésus dit au moment où il est conçu dans le ventre de Marie, à l'instant où il ouvre les yeux dans la pauvre étable de Bethléem :

« En entrant dans le monde, le Christ dit :Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande,mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté. »

Et la volonté de Dieu : c'est de venir se faire l'un de nous pour l'amour de nous : Incarnation.

Et le projet de Dieu : c'est de mourir comme nous pour l'amour de tous : Rédemption.

Et pourquoi ? pour nous Sauver... « pour nous les hommes et pour notre Salut ». Incarnation, Rédemption, Salut !

Regardez les nombreuses personnes qui viennent contempler la crèche dans la cathédrale :

Elles passent et croient voir une scène d'un autre âge – qui continue de les attirer pourtant. Et ensuite, de plus en plus désorientés, elles voient un temple en ruine, un dolmen, un rocher corneille sans ND de France, un rocher d'Aiguilhe sans chapelle... Une crèche anachronique : façon « IVe siècle »

Le IVe siècle est d'une part le siècle où naquit la fête de Noël (eh oui : on a attendu 300 ans après la Résurrection de Jésus avant de penser à fêter sa naissance) et d'autre part : le siècle où les premiers évangélisateurs arrivèrent dans le Velay (eh oui, il y a déjà 1700 ans !), siècle où ces évangélisateurs arrivèrent à Anicium, puisque notre Puy s'appelait encore ainsi.

Or, il se trouve que ce monde du quatrième siècle était dominé par un sentiment qui est très similaire au nôtre : c'était un monde où le « crépuscule des dieux », ce n'était pas de l'art lyrique wagnérien, mais un fait réel. Les anciens dieux étaient soudainement devenus irréels: ils n'existaient plus, les gens ne parvenaient plus à croire en ce qui, pendant des générations, avait donné sens et stabilité à la vie.

Mais l'homme ne peut pas vivre en étant privé de sens, il en a besoin comme du pain quotidien !

Comme le temple de ce mont Anis, en ce quatrième siècle, la religion traditionnelle des Romains s'écroulait doucement, même remise au goût du jour et des coutumes gauloises locales, la vieille religion sans cesse modernisée... s'écroulait doucement et la nouvelle religion de Jésus-Christ – lui qui est le même hier, aujourd'hui & demain – allait la remplacer très avantageusement.

Vous voyez ? On croit voir une scène pittoresque, des colonnes de pierre ou de polistyrène, artistement peintes ! Et c'est notre monde d'aujourd'hui dont il est question : car nos artifices contemporains pour adapter la religion au monde d'aujourd'hui, nos idées géniales pour faire une liturgie « sympa », les réflexions modernes pour créer une religion laïque, nos assurances médicales pour éviter d'avoir besoin de Rédemption, notre post-christianisme affranchi de Jésus-Christ... tout cela ne comble pas l'homme qui cherche le sens des choses, qui a besoin de Dieu comme du pain quotidien.

Ah ! Il y aurait bien la solution de faire une crèche façon Star Wars (120 milions de recette avant-hier, en un seul jour ! Ça au moins c'est sérieux n'est-ce pas ?). Mais plutôt que de faire la guerre des étoiles, suivons l'Etoile amie !

Ah ! Il y aurait bien la solution de faire une crèche façon Star Wars (120 milions de recette avant-hier,
en un seul jour ! Ça au moins c'est sérieux n'est-ce pas ?).
Mais plutôt que de faire la guerre des étoiles, suivons l'Etoile amie !

Peut-être que ces ruines du monde extérieur ne sont que le reflet de notre univers intérieur en incertitude...

Où est le bonheur ? Où est la vraie religion ? Serais-je libre en suivant Jésus et en pratiquant son Evangile ? Où est la foi simple de mon enfance ? Qu'est-ce que Noël va bien pouvoir m'apporter cette année ? Est-ce que je vais changer ? Me convertir ? Le Jubilé de Notre-Dame du Puy va-t-il m'aider à faire un pas décisif dans ma foi ? L'année de la Miséricorde va-t-elle enfin ancrer en moi la confiance en Dieu ? Dieu va-t-il enfin faire quelque chose pour moi ? Son Esprit va-t-il faire renaître ce monde qui meurt ?

N'ayons pas peur ! Crions avec David, le psalmiste, qui osait chanter par nos voix tout-à l'heure : Berger d’Israël, écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver. Dieu de l’univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois.

Sur les ruines de notre monde, sur nos incertitudes intérieures, voici « le réveil de la force » de la vraie force ! Où donc ? Dans le lieu le plus universel où nous avons tous vécu, en même temps que dans le temple le plus sacré de la vie : l'utérus d'une femme : le ventre de Marie d'abord : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. »

Quelle force divine ! Celui qui a annoncé ce mystère de la Vierge qui conçoit s'appelait « Force de Dieu » c'est à dire : Gabriel. Pourtant quelle discrétion divine dans l'Incarnation : « le fruit de tes entrailles est béni ».

Mais quelle gratuité divine ! « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

F. & S., ce grand mystère va se renouveler pour nous dans cette messe : toutes les prières propres à ce jour qui étaient autrefois les prières de la messe du 25 mars, nous le disent, nous le font proclamer. Tout à l'heure, au début de la messe : « Tu nous a fait connaître l'Incarnation de ton Fils Bien Aimé, conduis-nous par sa passion jusqu'à la gloire de la résurrection » (quel beau résumé du Jubilé de ND du Puy !).

Et puis la prière qui va être dite sur les offrandes à la fin de l'Offertoire : admirable prière ! « Que ton Esprit dont la puissance a fécondé le sein de la Vierge Marie, consacre les offrandes posées sur cet autel ». C'est à dire que ce qui va se passer sur l'autel dans quelques minutes est du même ordre que ce qui s'est passé dans le ventre de Marie ! Vraiment nous pouvons dire avec la prière après la communion : « Que Dieu nous accorde une ferveur qui grandisse à l'approche de Noël ». Amen. Viens Seigneur Jésus ! 

Viens Seigneur Jésus !