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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Hommage au père Jean Louis Picard

 

Présentation par le père Emmanuel Gobilliard

Le père Jean Louis Picard est né le 11 février 1943. Il a 5 sœurs et 3 frères décédés. Après des études à Fribourg avec monseigneur Brincard, il est ordonné prêtre le 10 octobre 1971. Il a exercé son ministère comme vicaire à Provins où il a accompagné des sœurs passionnistes. Il a ensuite été chapelain à Montmartre et a accompagné les enfants adorateurs dont je faisais partie et les foyers adorateurs, dont mes parents. Avec le père Eybrart, au foyer de charité de Poissy il a formé des futurs prêtres et évêques à Notre Dame de la Sagesse. Avec sa sœur Anne-Marie, il a traduit divers écrits de sainte Gemma Galgani. Au Puy il assurait une présence de prière, d’accompagnement spirituel et de confession à l’ombre du sanctuaire. Il a accompagné des jeunes couples et des enfants dans leur préparation aux sacrements. Il avait particulièrement le souci des prêtres âgés et seuls qu’il allait visiter régulièrement, mais aussi des prisonniers et des plus pauvres, au sein de l’équipe solidarité de la cathédrale. Il célébrait souvent la messe de 11 heures puis de 10h30 où beaucoup, dont je faisais partie étaient édifiés par ses homélies à la fois profondes et croustillantes. Pendant cette période il a également eu un ministère actif de plusieurs foyers de charité, de plusieurs Carmels, et surtout auprès de nos sœurs passionnistes de Venteuge. Il a enseigné à l’école de la foi et au relais Notre Dame où ses conférences étaient très suivies. Il a fait un extraordinaire travail de recherche sur les écrits de saint Paul de la Croix. Ces dernières années, il a coopéré étroitement avec monseigneur Brincard dans une mission auprès des sœurs contemplatives de saint Jean que le Saint Père avait confié au père Henri qu’il a accompagné chaque jour dans sa maladie. Mais une biographie ne suffit pas à décrire Jean Louis parce qu’on ne pouvait pas l’enfermer dans un cadre. C’était un amoureux des cœurs de Jésus et Marie, un amoureux transit. Il considérait la Parole de Dieu comme une personne, la soignant de multiples délicatesses, ornant le livre lui-même pour qu’il soit beau. Cet original joyeux aimait la nature et particulièrement le monde animal qu’il prenait plaisir à observer. Tout l’étonnait et il n’était blasé de rien. Son naturel  le dépassait au point qu’il en devenait gaffeur sans jamais être méchant. Sa grande discrétion, qui frôlait la timidité le rendait atypique pour les uns, profondément humain pour les autres. Ce qui m’a le plus frappé chez lui c’est son humilité pudique. Sans ostentation il laissait apparaître au grand jour ses failles et ses blessures, comme pour nous dire : « il a bien fait de moi son prêtre, il saura faire de vous ses bien-aimés. Il a accueilli le pauvre que je suis, il n’aura pas peur de vos pauvretés ». C’est son côté fragile qui lui permettait d’être en contact avec tous les blessés de la terre, tous les originaux, tous ceux qui, avant de l’avoir rencontré, se croyaient indignes de Dieu. Si vous aviez peur de Dieu, vous n’aviez pas peur de Jean Louis qui savait vous rendre Dieu abordable et aimable. C’était l’homme des périphéries au point qu’il aimait parler du coran à des ouvriers musulmans en leur offrant le café, au point que même son facteur était au bord des larmes quand il a appris sa mort. C'est à ces témoignages qu'on reconnait ceux qui vivent vraiment selon l'Evangile. Il n’était indifférent à personne. Vous qui étiez loin de l’Eglise, loin des cadres ; vous qui ne faisiez pas partie ces gens que certains diraient « respectables », vous aviez en Jean Louis un ami et un père mais n’ayez pas peur, vous n’êtes pas orphelins, il y a toujours un pilote dans l’avion. Du haut du ciel, il continuera à vous dire inlassablement ce qu’il vous disait ici-bas : « c’est Jésus qui sauve ». Jésus je t’aime !

Homélie par le père Jean Claude Petiot

 

Passionniste de cœur, Jean-Louis Picard l’a été tout au long de son itinéraire spirituel et de son parcours sacerdotal.

Il a quitté cette vie dans la matinée du dimanche des Rameaux et nous l’entourons aujourd’hui, en ce vendredi-saint de notre prière dans sa pâque. Nous ne pouvons pas rester indifférents à la coïncidence entre son passage dans l’éternité et ce que l’Eglise entière proclame et célèbre ces jours-ci.

L’année jubilaire, à l’appel du pape François, nous exhorte à entrer dans la miséricorde ; elle nous entraine à accueillir et vivre toujours davantage l’Evangile de la miséricorde. Le jubilé de Notre-Dame du Puy nous en offre ici une concrétisation toute particulière. Et nous voilà, en ce moment, réunis pour confier notre frère à la miséricorde du Père, pour  l’accompagner dans son entrée dans la plénitude de sa Promesse.

Aujourd’hui, cependant, nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, le sacrement qui ne cesse d’actualiser en son Eglise, au long des jours, l’action de grâces, l’offrande et l’intercession du Christ sauveur. Et il faut bien le reconnaitre, nombre d’entre nous éprouvent cela comme une privation : une privation d’autant plus sensible qu’elle concerne un prêtre appeler à célébrer le mystère de la foi pour ses frères et avec eux – et ses sœurs contemplatives.

Serions-nous démunis de ce soutien en cette célébration ? Assurément non ! La Parole de Dieu vient de nous le dire avec force et clarté. Dans le récit que l’Evangile de Saint-Jean (19, 25-30) nous fait de la mort de Jésus ; et dans ce que sa 1ère lettre (1 Jn 3, 14,16-20) nous invite à retenir d’essentiel dans le testament du Seigneur : « A ceci nous avons reconnu l’amour - qui fait passer de la mort à la vie : lui Jésus a donné sa vie pour nous ».

Dns l’Eucharistie, chaque fois, « nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne », nous rappelait  saint Paul, hier soir dans la commémoration du Jeudi-saint. Aujourd’hui, c’est bien la même réalité du mystère de la foi qui nous est rendue présente, quand l’Eglise tout entière vit dans la mémoire unanime de la mort du Seigneur. Ce moment où lui-même nous le dit « Tout est accompli. ».

En la personne de Jésus, tout est en effet accompli de la miséricorde de Dieu pour notre humanité. Cet accomplissement, le centurion païen chargé d’exécuter la sentence l’a reconnu : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ». Le bandit condamné à ses côtés à être retranché de la société des hommes l’a imploré. A plus forte raison, le disciple en a reçu l’assurance comme Marie, et avec elle, dans la foi et l’espérance.

C’est bien vers cet accomplissement qu’à leur suite et en leur compagnie, dans la foi et l’espérance, nous conduisent les parcours de nos existences à chacun. Jean-Louis avait sa manière très personnelle de l’exprimer. Il lui arrivait bien souvent de s’exclamer : Jésus je t’aime ! Ces mots jaillissaient de sa bouche pas seulement face à des difficultés, mais aussi de façon apparemment impromptue, comme inopinément, lorsqu’il évoquait une situation surprenant e ou dérangeante. C’était alors comme un clin d’œil, non dénué d’humour. Mais, bien plus profondément, c’est sûr, on pouvait y reconnaitre un écho de son profond attachement à Celui qui nous a manifesté l’inépuisable miséricorde du Père en donnant sa vie par amour pour nous. Et qui a répandu sur chacun de ses frères en humanité l’Esprit qui nous fait passer de la mort à la vie. Jusqu’en plénitude.