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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Jésus s'adapte à notre pauvre amour. Amoris Laetitia, joie de l'amour !

Homélie du père Emmanuel Gobilliard 3ème dimanche de Pâques

C’est très difficile de rendre en Français cet extraordinaire Evangile, parce que nous n’avons qu’un seul mot pour dire aimer. En grec il y en a trois, dont deux sont utilisés ici. Jésus invite Pierre à l’aimer (agapeo) de tout son être, à la manière de Dieu, mais Pierre a encore en tête son reniement et ne peut pas lui promettre qu’il l’aimera comme Jésus l’aime. Il sait aussi comme chacun d’entre nous, que son amour connaîtra encore des défaillances et des chutes, c’est l’expérience que nous vivons nous aussi quand nous allons nous confesser et que nous récitons pieusement notre acte de contrition : « je prends la ferme résolution de ne plus vous offenser ». Mon œil ! Pourrait répondre un esprit avisé. C’est ce que répond Pierre. Toi comme moi, nous savons que je suis incapable de t’aimer d’un amour d’agapè, d’un amour divin et sans retour, et sans faille. Alors Pierre emploie le mot Phileo : il s’agit d’un amour humain, imparfait mais sincère. Comment interpréter ce retournement de situation ? Pierre refuse-t-il d’aimer vraiment Jésus, refuse-t-il d’être parfait comme notre Père céleste est parfait, refuse-t-il l’exigence, la radicalité évangélique ? Il n’a pas le temps de refuser, c’est Jésus qui s’adapte, c’est Jésus qui va lui dire en substance : « Je prends ce que tu me donnes. J’accueille, j’accepte ton pauvre amour et j’en ferai quelque chose de plus grand que toi ! » Voici ce que disait le pape Benoit XVI à propos de cet évangile : «Simon comprend alors que son pauvre amour suffit à Jésus, l’unique dont il est capable… On pourrait dire que Jésus s’est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus ! C’est précisément cette adaptation divine qui donne de l’espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l’infidélité. C’est de là que naît la confiance qui le rendra capable de suivre le Christ jusqu’à la fin. » Le mauvais pharisien, c’est celui qui se croit capable de tout, de tout donner et de tout faire, qui refuse de s’abaisser, de limiter ses exigences, de reconnaître son péché, sa faiblesse et sa pauvreté. Il est dans le mensonge et donc Jésus ne peut rien faire pour lui. Le publicain et le pécheur, en lesquels Pierre se reconnait désormais, attirent, par leur sincérité et la vérité de leur attitude, l’amour de Jésus lui-même. Comme le dirait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la petitesse de Pierre attire la bonté de Jésus. Pierre est passé du « je te suivrais partout », du « je refuse que tu me laves les pieds », au « prends en pitié le pécheur que je suis ». Lui qui ne voulais pas se faire laver les pieds, il n’hésite plus à plonger dans le lac. Les yeux fixés sur Jésus il s’immerge totalement dans un baptême nouveau où ce n’est plus lui qui essaye tant bien que mal d’atteindre une perfection impossible, mais c’est Dieu lui-même qui l’immerge dans sa miséricorde, qui l’inonde de son pardon et lui redonne l’espérance.

Le péché, c’est d’être replié sur soi-même, sur ses intérêts, comme l’a été Pierre le vendredi saint au moment du reniement. Il a regardé les conséquences que pourraient avoir sur lui et sa famille, son amitié pour Jésus au moment où ce dernier était condamné comme un criminel. Il a calculé ! Et s’est, par le fait même enfermé, dans le péché. Aujourd’hui, il ne regarde plus sa pauvre personne, ses intérêts, mais il regarde seulement Jésus, comme si son repentir et le don total de Jésus sur la croix lui avait appris enfin à aimer. Aimer, c’est regarder l’autre ! Aimer c’est vouloir le bien de l’autre sans aucun calcul ; On n’aime pas pour recevoir, pour être heureux, pour éprouver du plaisir, on aime pour aimer, on aime pour que l’autre soit heureux, et c’est ce qui fait notre bonheur. C’est dans cette perspective que je voudrais faire un rapide commentaire de l’exhortation apostolique du pape François, Amoris Laetitia, la joie de l’amour dans laquelle il nous réapprend à aimer, et donc à trouver dans l’amour véritable, une joie nouvelle. On pourrait résumer cette exhortation en disant que l’essentiel de l’amour, c’est d’accueillir le regard de Jésus sur nous avec une immense joie et une profonde reconnaissance, comme l’a finalement fait Pierre ; Oui Jésus nous aime d’un amour inconditionnel, quels que soient nos faiblesses, nos péchés, nos trahisons. Le modèle de tout chrétien, dans le domaine de l’amour, c’est Jésus. Son amour nous précède toujours, et c’est pour cela que dans cette scène évangélique, il a déjà préparé le poisson. Certes il demande aux apôtres : « avez-vous du poisson ? », pour les inviter à participer à son œuvre, mais quoi qu’il arrive, il nous précède toujours. C’est lui qui nous a aimé le premier, et il nous aime quoi qu’il arrive, que nous soyons dans les règles ou en dehors, que nous ayons une vocation bien établie, ou que nous nous cherchions sans cesse, que nous ayons de nombreuses réussites ou de douloureux échecs. Que nous soyons mariés, divorcés, divorcés remariés, célibataires, homosexuels, ou que sais-je encore, Dieu nous aime d’un amour infini. Et même si nous sommes des pécheurs, ce que nous sommes tous, et surtout si nous sommes des pécheurs, parce qu’il est venu pour les malades et les pécheurs. Alors cessons de dire que certains auraient droit à la grâce de Dieu et pas d’autres. Personne n’y a droit ! Mais elle est donnée à tous par un amour qui nous dépasse infiniment, qui nous accueille et nous enveloppe, qui nous précède et nous accompagne dans nos vies, quels qu’en soient les méandres. Pour aimer en vérité, il nous suffit de sortir de nous-mêmes et de regarder Jésus, la source de tout amour, comme l’a fait saint Pierre qui s’est jeté à l’eau, qui a oublié jusqu’à son propre péché pour fixer son regard devant lui, sur Jésus, et sortir de l’emprisonnement de ses pauvres perspectives. Nous ne méritons rien, le pape François nous le rappelle au numéro 297 de son exhortation : « On doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! » Cette exhortation, comme l’Evangile, libère, parce qu’elle nous invite à laisser tomber tout ce qui nous entrave, pour aimer en vérité, pour fixer notre regard sur Jésus. Si nous nous laissons aimer par lui, et si nous lui offrons notre pauvre amour imparfait, notre philia, alors Jésus nous sanctifiera. Notre amour est pauvre, quoi qu’il arrive, et nous serons infidèles à son amour, alors aimons le, même d’un amour imparfait. Si nous l’aimons d’un amour philia, c’est lui qui transformera cet amour en agapè. Oui la sanctification n’est pas un mérite de l’homme mais une action de Dieu qui nous accueille là où nous sommes, pour nous faire aller là où, parfois, nous ne voulons pas, aller, où nous n’osons pas aller : au-delà de nous-mêmes, dans les bras de Dieu ! Vous voulez régler les problèmes de l’humanité, dépasser les conflits, les jugements, les jalousies : laisser faire Jésus. Soyez saints en vous laissant envahir par lui, par son amour, par sa miséricorde, et tout sera réglé ! L’Evangile ne dit rien d’autre, le Jubilé de la miséricorde, comme le Jubilé du Puy, comme l’exhortation du pape, ne disent rien d’autre que l’Evangile qui une libération et une vraie bonne nouvelle.