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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Jésus s'est il compromis au contact de ceux qui ne pensaient pas comme lui ?

homélie du père Emmanuel Gobilliard pour le 22ème dimanche du temps ordinaire

     

L'homélie n'est pas un commentaire de l'actualité mais de l'Evangile qui doit éclairer notre actualité de la lumière du Christ. Avec l'Evangile nous prenons de la hauteur en nous posant la question : "qu'aurais fait Jésus à ma place ?" Ici nous pouvons retenir de l'Evangile que Jésus n'a pas peur d'aller au contact, au contact des pharisiens pour leur dire qu'ils ne possèdent pas la vérité et pour les inviter, eux aussi à aller au contact, à ne pas rejeter l'autre différent. Avec les pharisiens, comme avec les publicains et les pécheurs, Jésus va au contact, il n'a pas peur de mettre ses mains dans le cambouis. Le cambouis, ici, c'est le péché, qui nous atteint tous. Au moment où Jésus leur parle, dans l’Evangile d’aujourd’hui, les pharisiens ont environ 150 ans d’existence. Il s’agit d’un groupe religieux juif né d’un désir de réforme, de conversion. Ils veulent, de façon tout à fait authentique, se rapprocher de Dieu et ils veulent le faire en réaffirmant le domaine de Dieu, en réaffirmant le sacré. Ils sont nés d’une réflexion du type : « tout fout le camp, on n’a plus le sens du sacré, il n’y a plus de respect… » Et l’une des réalités qu’ils veulent re-sacraliser, c’est celle du repas. Dans la tradition juive, le repas revêt une dimension sacrée. Il est rituel. Le repas du jeudi saint en ce sens respecte profondément la tradition juive du repas pascal. Pourquoi était-il nécessaire de réaffirmer la dimension sacrée du repas ? Parce que, de plus en plus, le repas, en perdant sa dimension sacrée perdait aussi sa dimension familiale, on mangeait n’importe comment, n’importe quoi, n’importe quand et n’importe où. Les pharisiens ne se lavaient pas les mains parce qu’elles étaient sales, mais pour signifier l’importance du repas familial. Vous voyez combien nous pouvons nous sentir, à juste titre, proches des pharisiens. J’espère que, dans vos familles, le repas a gardé quelque chose de sacré, où la télévision est éteinte, où on ne répond pas systématiquement au téléphone,  pour qu’on puisse partager, où le couvert est bien mis, où on attend que tout le monde soit servi, où chacun prend sa part dans le service, dans la préparation du repas, dans l’animation de la discussion familiale. De tel rendez-vous sont d’une importance capitale pour l’unité familiale.

Si vous avez ce souci du repas, pour qu’il soit un vrai moment de joie et de rencontre

Si vous avez ce souci du repas, pour qu'il soit un vrai moment de joie et de rencontre, alors vous faites de vos repas quelque chose de sacré, et vous avez bien raison, et donc vous ressemblez aux pharisiens. Le repas devient quelque chose de séparé (sacré signifie séparé) de la vie trépidante que nous menons, un temps de rupture. Alors pourquoi Jésus est-il si sévère avec des gens qui n’ont que des bonnes intentions ? Parce que ce comportement qui était bon est devenu exclusif, exclusif d’abord des autres qui n’ont pas le même comportement, puis exclusif, plus généralement, de ceux qui ne pensent pas comme moi. Chez les pharisiens, comme chez nous, un glissement s’opère. J’érige mon éducation en loi absolue, au point d’exclure les autres qui n’éduquent pas comme moi. J’érige ensuite mes pensées, mes opinions politiques en loi absolue au point de considérer que tous ceux qui ne pensent pas comme moi sont dans l’erreur. Je m’érige finalement moi-même comme le critère de la vérité. Tout ce que je fais, tout ce que je pense, voilà la vérité. Ce glissement est mis en lumière par Jésus dans la parabole du pharisien et du publicain. Le pharisien n’a rien à se reprocher, bien sûr, puisqu’il se considère lui-même comme le critère absolu. Ce glissement nous guette tous, et il guette en particulier la bonne société catholique qui vit un peu trop repliée sur elle-même lorsqu’elle considère que la religion  se définit principalement par un certain comportement moral. Très vite, au nom de notre foi, nous risquons d’exclure, par exemple les gens de gauche, les syndicalistes, les homosexuels, les divorcés, les drogués, les jeunes de banlieue, les musulmans, et nous faisons de la foi catholique un guide de comportement politico-social. Nous tombons dans un christianisme uniquement social, ou pire, mondain ! En disant cela, je ne dis pas que je suis, pour le mariage homosexuel, pour le divorce, que je considère que toutes les religions se valent. Non je ne suis pas tombé dans un syncrétisme  béat et mou. J’ai lu l’Evangile et j’y ai lu que le Seigneur Jésus s’invitait à la table des exclus, des pauvres et des pêcheurs, qu’il se laissait laver les pieds par une prostituée, qu’il n’avait pas peur de mettre en avant un bon maître, en même temps qu’un bon serviteur, en un mot qu’il était libre ! J’ai lu aussi dans l’Evangile, qu’à aucun moment Jésus ne promet le royaume de Dieu à ceux qui ne sont pas divorcés, à ceux qui ne se trompent pas, aux purs, mais bien à ceux qui servent leurs frères : « Venez les bénis de mon père, j’étais en prison et vous m’avez visité… »

« C’est à la charité que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaitra pour mes disciples. »

Les pharisiens, selon Jésus, ont une mauvaise compréhension de la pureté, et il le dit dans la suite de l’Evangile. La pureté ne peut se vivre par préservation. Je ne suis pas pur, d’abord parce que je me préserve de l’impureté, parce que je me préserve des personnes que je considère comme impures, mais parce que je me donne, parce que je me donne à elles en premier lieu. Le pur par excellence, c’est Jésus, et pourtant il se compromet avec les publicains et les pêcheurs, et pourtant…oups…il a oublié de se laver les mains, et finalement à la croix, sa pureté est éclatante et pourtant il est défiguré et sale…d’avoir tout donné. La pureté est trop souvent comprise comme une « non compromission ». Ces gens ne pensent pas comme moi, ne vivent pas comme moi, il n’est pas question que je me compromette avec eux. Et bien ce comportement est bien à l’opposé du comportement de Jésus qui ouvre les bras à tous. Et heureusement, sinon nous risquerions d’être les premiers qu’il n’accueillerait pas. « Je suis venu pour les pêcheurs ». La bonne attitude c’est de nous considérer comme des pêcheurs que nous sommes, c’est, comme le dit saint Paul, de considérer toujours les autres comme supérieurs à nous-mêmes. La sainteté, elle ne vient pas de nous, mais de Dieu, la pureté elle ne vient pas de nous mais de Dieu. Demander pardon, c’est demander que Dieu nous donne toujours plus pour que nous puissions enfin lui ressembler. Cela demande beaucoup d’humilité, beaucoup de charité. Vous serez peut être tentés de me dire : « pourtant, Jésus nous a dit : « soyez parfaits comme votre père céleste est parfait ». A ceux qui croient que la pureté, liée à la perfection, c’est d’être mieux que les autres, plus performants, plus grands, je dirai qu’ils se trompent de perfection. La perfection évangélique est bien différente d’une course à la performance.

Pour expliquer ce qu’est la vraie perfection, je reprendrai une conférence que le cardinal Barbarin a faite aux jeunes de la route chantante. Il leur a dit en substance que la perfection chrétienne, c’était l’action de Dieu en nous. Dieu nous a créé, bien plus il nous crée, il nous fait. Le péché originel nous défait, le baptême nous refait et nous sommes à nouveau défaits par le péché, par nos trahisons, par nos incapacités à aimer et à nous laisser aimer, alors le Dieu le père, par sa miséricorde, nous refait encore et encore au point de nous parfaire, d’achever en nous son œuvre. Voilà une façon nouvelle et bien plus évangélique de comprendre la perfection. Alors ne vous lasser pas d’aimer, d’accueillir, de pardonner, compromettez-vous, dans la charité avec ceux qui en ont le plus besoin. Apprenez leur que Dieu ne les abandonne pas, qu’il les poursuit de son amour comme le bon berger, ainsi vous serez par…faits par le Seigneur qui seul peut nous sanctifier, qui seul peut nous purifier. Amen 

 

Père Emmanuel Gobilliard 


 

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