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Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
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Le carême, ce temps béni où Dieu nous ajuste à Lui

Messe au désert

Homélie du père Gobilliard pour le 1er dimanche de Carême

"Mon père était un araméen nomade. " par cette phrase de la première lecture, le Seigneur nous invite à ne pas nous reposer sur nos lauriers, à nous renouveler, à nous "bouger". C'est providentiel que notre sanctuaire accueille aujourd'hui la communauté des gens du voyage qui nous rappelle, pour reprendre une expression chère aux scouts, que "nous n'avons pas ici bas de demeure permanente", que notre demeure se trouve dans les cieux. Le carême nous aide justement à ne pas trop nous installer dans nos habitudes. Vous allez peut-être me trouver bizarre mais j’aime beaucoup le carême. C’est le temps, en effet, où Dieu nous ajuste, nous unifie, nous rend plus vrais. J’ai un peu de mal avec le temps de Noël. Je ne suis probablement pas assez pauvre pour comprendre ce mystère qui me dépasse, celui de l’infiniment grand qui se fait tout petit, du tout-puissant qui se fait vulnérable, du Verbe de Dieu qui se fait muet. J’y crois, mais je ne comprends pas tout ! Le temps de Pâques est aussi un temps que je n’arrive pas à vivre pleinement. Par sa mort le Seigneur nous délivre de la mort, mais je crains que la mort ne me fasse toujours un peu peur ; il guérit toutes nos blessures et toutes nos souffrances, mais il reste encore beaucoup de souffrance dans le monde. Il nous sauve enfin du péché, mais quand je me regarde, je m’aperçois que mon péché reste tenace. Le mystère Pascal remplit mon cœur de joie parce que je sais que je suis déjà sauvé et libéré de la mort, mais c’est en espérance. Tout cela n’est pas encore pleinement réalisé. La joie, je n’arrive donc pas encore à la vivre pleinement ! Pour le temps de Noël, je manque un peu de foi, pour le temps de Pâques je manque un peu d’espérance. Le carême, temps de la charité qui se donne du mal,  me semble plus vrai, plus adapté à notre condition de pauvres pécheurs, qui souffrent, qui transpirent, qui travaillent et qui se trompent souvent, et qui se relèvent avec la grâce de Dieu. Je suis inconstant, mais la charité de Dieu s’adapte, m’attends, me conseille et me corrige. Dans le temps de Noël, comme dans le temps de Pâques, il faut que je m’adapte à Dieu, il faut que je croie beaucoup, que j’espère beaucoup, en peu en aveugle, et c’est à moi de rejoindre la perfection de Dieu qui se manifeste de façon éclatante dans le mystère de l’Incarnation et dans le mystère de la Rédemption. Dieu n’a pas besoin d’espérance, il EST notre Espérance.  Il n’a pas besoin d’avoir la foi non plus puisqu’il est l’objet de notre foi. Dans le temps du carême, c’est Dieu qui s’adapte à ma faiblesse. Il déploie sa charité. C’est lui qui vient à la rencontre de mon imperfection, c’est sa puissance qui vient à la rencontre de ma faiblesse, et je sais que si je tombe, si je pèche à nouveau, si je suis infidèle et même si je n’accomplis pas comme je l’avais prévu, mon effort de carême, il me poursuivra toujours de son amour, il ne se lassera jamais, il ne me laissera jamais tomber. Le carême, contrairement aux apparences, c’est le temps où Dieu agit en profondeur. Le carême, c'est le temps des soldes de Dieu : un petit effort et quatre fois plus de grâce. Certes, il nous invite à participer, un tout petit peu, comme pour rétablir notre dignité blessée, comme un père qui invite son enfant à participer à son œuvre, mais c’est lui qui fait tout le travail. Oui le temps du carême me semble plus adapté à ma condition vacillante. Le carême intègre mieux également mes difficultés, mes combats, mes chutes. Plus que cela, il m’offre la grâce du Christ pour me relever, et son exemple, que l’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle. C’est lui, nous dit l’Evangile d’aujourd’hui, qui est vainqueur en nous de l’orgueil, de la concupiscence et de la volonté de puissance.

 

Dans ce temps liturgique du carême, Jésus s’approche de nous en prenant sur lui notre condition humaine, jusque dans la tentation. Il se fait proche ! C’est la deuxième lecture qui nous le rappelle en citant le deutéronome : « Elle est tout proche de toi, la Parole ». C’est comme si Jésus, la parole de Dieu, le Verbe était juste derrière nous, nous attendant patiemment. C’est lui qui fait tout le travail. Je n’ai qu’une chose à faire : me retourner ! C'est-à-dire me convertir. Alors il pourra me communiquer sa grâce, sa puissance, son pardon, tout ce qu’il est. La première lecture ne nous dit pas autre chose : « Nous avons crié vers le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression », alors il nous poursuit, pour nous sauver.  Oui crions vers Jésus comme l’aveugle de Jéricho : « Seigneur ai pitié de moi ! » Seigneur, viens me guérir du péché qui m’oppresse, de la volonté de puissance qui m’aveugle, viens combattre en moi les tentations du pouvoir, du plaisir, de la gloriole et du paraître. J’ai entendu hier un écrivain, Guillaume Erner qui décrivait notre société expliquant pourquoi nous assistions à l’émergence de nouveaux héros, les « people ». Il disait par exemple : « avant, dans une société religieuse, l’idéal de vie était la sainteté. Aujourd’hui, dans une société médiatique, l’idéal de vie, c’est la célébrité. » Quelle tristesse ! Mais comment notre monde peut-il préférer ressembler à Nabila plutôt qu'à saint François d'Assise ???  Montrons à notre société que la sainteté n’est pas un idéal du passé, que Jésus nous veut heureux. Souvent, ce qui caractérise la vedette des médias c’est qu’il n’a rien fait de sa vie. Il est célèbre pour n’avoir rien construit. Le hasard ou une opportunité lui a permis d’être connu et riche, et souvent ensuite dépressif, caractériel et triste, parce qu’il sait que sa célébrité ne repose que sur du vent et qu’elle va passer aussi vite qu’elle est arrivée. Jésus sait pourquoi nous devons combattre en nous la tentation du succès facile et de la glorification du moi. Parce que tout cela rend tristes et nous détruit, parce que, livrés à nous-mêmes nous ne savons pas combattre la tentation du démon qui est trop malin pour nous. Alors il mène le combat pour nous mais pas sans nous. Jésus nous veut heureux ! Il veut que nous nous donnions en vérité, que nous soyons généreux et humbles et surtout aimants. Alors nous serons heureux et fiers en aimant tant et donc en aimantant autour de nous ceux qui ont besoin aussi de foi et d’espérance.  Pour cela, retournons-nous, faisons lui face. Laissons nous aimer par lui et écoutons ses bons conseils. N’ayons pas peur d’être des saints ! Nous serons alors connus, en vérité, intimement, mais par Dieu qui nous offre ce carême pour nous ajuster à lui, par la charité qu’il répand dans nos cœurs et dont le monde a tant besoin.

Père Emmanuel Gobilliard